A tout senior, tout honneur

Publié le par Guy Le Flécher

Il s’agit d’un boulot à plein temps. Sous prétexte que « l’on ne vit que deux fois », le retraité nouvelle manière aborde sa seconde mi-temps en surmultipliée. Vous le croyez abattu de se voir de plus en plus tôt remisé au rayon des inutilités ? Allons, allons. Le néoretraité est un revanchard qui explose de santé.
D’ailleurs, si le terme « troisième âge » moisit aux oubliettes, celui de « retraité » se porte désormais sans gêne. Ce qui chiffonne le reste de la famille, surtout les plus jeunes, qui aiment que chaque chose soit à sa place. « Ne passe surtout pas mardi après-midi, je serai soit à la gym, soit au bridge. » Avez-vous déjà essayé d’attraper un courant d’air ? C’est ce que la famille des néoretraités s’épuise à faire. Ceux qui espéraient déposer les gamins chez papy à l’improviste, laisser les clefs de l’appart’ à maman, qui guettera l’arrivée improbable du plombier, ceux qui croyaient diriger la vie d’ancêtres corvéables à merci se cassent le nez.
Car il y a le jogging de l’aube, le cours d’aquarelle du matin, le thé de l’après-midi. Sans compter l’université du soir. Et des vacances à tire-larigot : stage de trappeurs dans le Vercors, virée de groupe « au pays du soleil souriant ». Le tout à des prix hors saison défiant toute concurrence. La pub elle-même les a rajeunis. Images vitaminées de néos qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à leurs ex-collègues de bureau. En plus jeunes . Le néo y est baptisé « Senior » et se déplace en couple : sourire complice au-dessus de la marmite fumante. Décontraction au volant d’une décapotable. Retour de shopping les bras chargés de cadeaux.
Enfin, puisque retraite ne signifie plus vacances, quelques conseils dans la presse pour que Senior se dorlote et bloque une journée rien que pour lui. Bon, il arrive qu’au détour d’une page d’un journal ou d’un écran publicitaire, il soit confronté à quelques images évoquant rhumatismes et corrections auditives, mais rien qui entache sa réputation. Car les néos font partie d’un vaste ensemble, nouveau lui aussi, et au nom trompetant, la « génération inoxydable ».
Le retraité est épatant : il fait des jaloux.
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