Une histoire de couple

Publié le par Guy Le Flécher

Cinq ans. Ca faisait cinq ans qu’ils vivaient ensemble. Un pari ? Une nécessité ? Ou simplement de cette tendresse qui dure… On va fêter ça, insistaient les copains. Pour qui les prenaient-ils ? Pour un jeune ménage dans le coup ou pour un vieux couple de tantes échevelées… Pas de fête. Pas de cadeau. Rien.
Les anniversaires de mariages, c’est comme les divorces, ça fait hétéro… De toutes façons, ni l’un ni l’autre n’avaient jamais réussi à se rappeler la date exacte. Ce petit matin, sur un quai… Comment tu t’appelles ? Tu veux qu’on se téléphone ? Pourquoi s’étaient-ils revus, une semaine ou deux après ? Il y avait eu entre-temps d’autres prénoms, d’autres regards échangés, d’autres numéros de téléphone enregistrés. Le sexe, le cœur… Ni l’un, ni l’autre n’avaient vraiment su pourquoi ils décidèrent de se retrouver chaque soir. C’était comme ça.
Et, après six mois, ils avaient renoncé aux capotes et aux appartements séparés. Ce n’était pas la peur du sida qui les avait convaincus de « se ranger », c’était celle de l’amour, tout simple, tout vrai, tout ridicule, qui les en avait auparavant empêchés. A moins de 30 ans, des ambitions plein la tête, entre virées au rayon bricolage, et installation difficile d’étagères suédoises, ils n’avaient certainement pas l’impression de vivre comme leurs parents, chambres à part et chiens de faïence.
La fidélité, essentielle, n’était plus contrainte pour ces deux hommes d’aujourd’hui, un temps – d’une liberté désormais révolue – arpenteurs de cois sombres, guetteurs de jean’s… Avaient-ils tort ? Fallait-il profiter de la vie, jouer de cette moite roulette russe si excitante, comme le surinait leur « vieille copine », autruche amateur de backrooms, la tête dans le sable et le cul en l’air ? Caractère de pièce boulevardière et démodée pour un couple sorti de hautes études, costumes bien taillés et belles-familles compréhensives.. Bien sûr, à deux, il est plus difficile de nier ce que d’autres dissimulent. Même si « ça » ne se voit pas. Plus difficile de vivre aussi. Ce que u es maniaque… Je n’aime pas ces assiettes vertes… Et parfois, il y a le métro, la rue et ces salles de gym pour la forme, et les formes… Tentations. Est-ce qu’il a déjà craqué ? … Pas de fête. Pas de cadeau.
Pourquoi pas Venise, après tout ? « Si tu veux… » Il le serra dans ses bras. « Je t’aime, tu sais… »
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article