Sentir bon

Publié le par Guy Le Flécher

Le hasard de ses pas le mène à la parfumerie. D’abord la lumière crue, violente, comme un stade de foot un soir de finale, à rendre le visiteur encore plus blême. Ensuite cette jeune vendeuse maquillée comme un camion d’occasion, et ce mélange entêtant de senteurs innommables qui la précédent et donnent déjà le tournis. D’un coup d’œil elle croit avoir repéré en moi le bon client et m’ouvre le rayon des nouveautés. Sur le poignet droit, côté paume, elle me dépose une touche de parfum. « Une saveur boisée », assure-t-elle. Boisée d’érable, de chêne ou de pin libanais ? Saura-t-on jamais de quel bois on se parfume ? Soucis au boulot, gamelle amoureuse, entame d’une nouvelle décennie ou vague besoin de passer à autre chose (barrer la ou les mentions inutiles), le visiteur avait décidé de changer d’odeur, de laisser d’autres traces dans l’ascenseur. Et le voilà paralysé de perplexité, au milieu de cette parfumerie ayant pignon mauve et rose sur rue. Poignet gauche cette fois. Côté paume, toujours ; « Ambré, non ? » Sûrement, mais un peu sombre, il faut faire celui qui s’y connaît. Troisième essai, poignet droit, côté main. « Si frais, si printaniers ». Dehors, une pluie froide, le visiteur subit un redoutable décalage horaire. Dernière tentative, un rien exaspérée, dernier poignet (gauche, dessus), « la quintessence du masculin », dit la vendeuse. Incontestablement, trop lourd à porter. Il réfléchit, il reviendra, il s’enfuit au bord de la nausée. Vite se débarrasser de ce collier d’odeurs mélangées. Finalement, son vieux parfum lui va comme une seconde peau, on ne change pas une équipe qui gagne. Personne ne sait d’où remonte ce besoin animal de « sentir bon. » Mais on peut se passer de parfum. Une huile ou un savon suffisent parfois à se séduire soi-même. C’est déjà le début d’une rencontre.

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