Les régimes me gonflent

Publié le par Guy Le Flécher

« Récapitulons : plus de cacahouètes, de poivrons, de fromages fermentés, de choux-fleurs, d’eau gazeuse, de plats en sauce, de pâte à tarte, de salsifis, de tranches de pain, d’alcools blancs… » Vous êtes déjà à l’agonie. Il accélère : « Plus de lentilles, de pois chiches, de sauces, de raisins secs, d’avocats, de charcuterie… » Là, ce n’est plus une ordonnance, c’est une condamnation de cour d’assises. Vous vous levez : « Pas la rillette, quand même ! » Mais oui. Mais si. « C’est de la charcuterie travaillée. Et les charcuteries travaillées, c’est pas pour vous. »

Merci beaucoup. Merci au dixième sorcier, diplômé ou pas – nutritionniste, obésologue, endocrinologue, diététicien, mésothérapeute, psychiatre option « boulimie » - que vous êtes allé consulter sur le conseil d’une bonne âme : « Je te le jure, mon petit Guy, cette fois tu ne ressembleras plus jamais à une femme enceinte. Il est super-affûté sur les ballonnements et les aigreurs. » Peut-être. Mais il a dit sensiblement le contraire de ce qu’avait dit le dernier en date.

Celui-là, la rillette, il était pour. Justement à cause des acides gras qui « équilibrent l’organisme ». Allez comprendre ! Allez choisir : jamais la même sentence, et toujours le même interrogatoire où, fatalement, on a tout faux. L’expert : « Je suppose que vous mangez au lance-pierre ? » Vous : « Assez vite, il est vrai. » Lui : « C’est regrettable… »

Comme il est regrettable de se coucher à des heures irrégulières, de se ronger au boulot, de marcher moins de cinq minutes par jour et –faute lourde – de dîner au champagne. Vous n’êtes pas convaincu des effets sur le tube digestif ? Peu importe sa carte de visite, le gourou de l’estomac, le prince des « graisses-cellulite » sort son arme fétiche : la métaphore automobile. Agréable : vous rentrez dans son cabinet en cadre constipé, vous en sortez au mieux en Mégane diesel, au pire en Twingo pourrie. « Le corps, explique le mandarin, c’est à la fois un moteur et un châssis. Le tout est qu’ils soient en adéquation, et qu’ils reçoivent le meilleur carburant. » Pour le diagnostic,  y a plus qu’à lever le capot : « Vous vous êtes pris pour une Ferrari, monsieur, et comme beaucoup d’autres vous avez coulé une bielle. »

La solution du jour : le brocoli. « Poussez sur le brocoli… »

En attendant la énième contre-expertise.
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