Technico,coco, commercial
Il a une cravate et les cheveux courts. Une concession qu’il doit à ses clients et qui ravit ses parents. Sur la carte de visite (en couleurs) qu’il glisse en fin de rendez-vous, deux mots le décrivent : « technico-commercial ». Ce pourrait être
« ingénieur commercial » ou « animateur de ventes » : il a de nombreuses façons de définir son métier. Lui sait seulement qu’il est indispensable.
Tous les media et son patron le lui répètent : il est « un éclaireur sur le front du marché », un « samouraï » qui « défend les linéaires », un « soldat de la relance ». Doit-il porter le casque ?
Son boulot, il l’a trouvé par annonce. Une société leader cherchait un être humain « heureux de se lever chaque matin pour gagner. » Super. Mais la dialectique du bonheur s’accompagnait de quelques précisions : notre homme devait être opiniâtre, responsable, méthodique, accrocheur, rigoureux, convivial, combatif, consciencieux, diplomate, exigeant, ambitieux. Et totalement motivé. On lui demandait – aussi – de maîtriser parfaitement l’allemand. Idéalement l’anglais. la connaissance de l’espagnol et du turc était souhaitée. (et s’il sautait 2, 12 m en hauteur, ce serait bien vu…)
De lui, on attendait de ces choses : le charisme, le tempérament défricheur, la réelle capacité de séduire, le flair, la jeunesse, l’expérience (« réussie »), le goût du challenge, le sens de la conclusion. Et la rage de convaincre. (On a piqué des dobermans pour moins que ça…) Une voix off complétait l’annonce : « Vous serez notre Pionnier, notre Contact, notre Ambassadeur » ; « votre présentation sera irréprochable. » Bref, le profil d’un sanctifiable. Ou du mari idéal. La perle, Madame, ne le loupez pas, celui-là. Encore que. Une indication ternissait l’offre d’emploi : « véhicule fourni. » Ce qui voulait dire : cinq jours par semaine sur les routes.
Le sixième, au siège… Ici, il se pince. Lui, le « partenaire intégré à la stratégie marketing », on lui promet des
« incentives » s’il réalise de « bons deals » sans « one shot ». Et s’il « capitalise ses talents », s’il affirme son
« leadership », il peut « envisager un futur évolutif .» Là, il a du mal à ne pas éclater de rire. Il repense au métier dont son père était si fier.
Un métier où la chaleur humaine et la sobriété de langage faisaient merveille : papa était vendeur.
« ingénieur commercial » ou « animateur de ventes » : il a de nombreuses façons de définir son métier. Lui sait seulement qu’il est indispensable.
Tous les media et son patron le lui répètent : il est « un éclaireur sur le front du marché », un « samouraï » qui « défend les linéaires », un « soldat de la relance ». Doit-il porter le casque ?
Son boulot, il l’a trouvé par annonce. Une société leader cherchait un être humain « heureux de se lever chaque matin pour gagner. » Super. Mais la dialectique du bonheur s’accompagnait de quelques précisions : notre homme devait être opiniâtre, responsable, méthodique, accrocheur, rigoureux, convivial, combatif, consciencieux, diplomate, exigeant, ambitieux. Et totalement motivé. On lui demandait – aussi – de maîtriser parfaitement l’allemand. Idéalement l’anglais. la connaissance de l’espagnol et du turc était souhaitée. (et s’il sautait 2, 12 m en hauteur, ce serait bien vu…)
De lui, on attendait de ces choses : le charisme, le tempérament défricheur, la réelle capacité de séduire, le flair, la jeunesse, l’expérience (« réussie »), le goût du challenge, le sens de la conclusion. Et la rage de convaincre. (On a piqué des dobermans pour moins que ça…) Une voix off complétait l’annonce : « Vous serez notre Pionnier, notre Contact, notre Ambassadeur » ; « votre présentation sera irréprochable. » Bref, le profil d’un sanctifiable. Ou du mari idéal. La perle, Madame, ne le loupez pas, celui-là. Encore que. Une indication ternissait l’offre d’emploi : « véhicule fourni. » Ce qui voulait dire : cinq jours par semaine sur les routes.
Le sixième, au siège… Ici, il se pince. Lui, le « partenaire intégré à la stratégie marketing », on lui promet des
« incentives » s’il réalise de « bons deals » sans « one shot ». Et s’il « capitalise ses talents », s’il affirme son
« leadership », il peut « envisager un futur évolutif .» Là, il a du mal à ne pas éclater de rire. Il repense au métier dont son père était si fier.
Un métier où la chaleur humaine et la sobriété de langage faisaient merveille : papa était vendeur.
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