Banquier, mon ami
Tout est dans la porte de son bureau. Jadis – au temps où j’ai ouvert mon premier compte bancaire avec ma première paie – elle était en bois. Pas du toc. Du chêne. Massif. Mais surtout, elle était fermée. Une plaque en cuivre, aux lettres un peu noircies, indiquait : « M. Le Directeur ». Avec des majuscules pleins la bouche. Et les employés de la banque, comme les clients, ne regardaient jamais dans cette direction sans respect ou sans crainte.
Aujourd’hui, la porte est ouverte. Ou bien en verre dépoli. Ou fumé. Peu importe. Parce qu’il faut être vu, ou en donner l’impression. Terminé le mystère. La banque, bon enfant et démocrate, vous offre désormais les fauteuils en cuir réservés hier aux bons clients. Le sphinx, lui, s’est fait homme. Il a abandonné le gilet et les couleurs sombres. Il a appris les vertus dynamiques de la chemisette blanche à manches courtes du manager. Il est de son siècle, résolument, dans un cadre moderne, « paysager » - moquettes pastel, acier, panneaux stratifiés, lithos et affiches de promo pour produits financiers. Il vit sous le regard obscur des ordinateurs qui, au jour le jour, lui fournissent le relevé météo de vos finances.
Des rentrées impromptues ? Un mois exemplaire par la sagesse de vos dépenses ? L’imprimante vous étiquette nabab. Tout est à vous, assure le directeur. L’agence, lui-même, ses employés, ses sicav, son PEP, son PEA, son LDD, tous ces sigles gracieux créés spécialement pour vous et votre argent – qui dort « honteusement ».Mais votre compte est-il plus à sec que le Turkestan chinois, finies les gâteries ! L’heure est aux lettres angoissées, aux appels téléphoniques de plus en plus affolés (au domicile, puis au bureau), aux formules sibériennes, du « il faut qu’on se voie rapidement » au
« comment comptez-vous vous en sortir ?», en passant par le délicieux « c’est certainement une erreur ». L’escalade. La voix se fait plus sèche. L’index inquisiteur effleure le bouton de l’apocalypse : la dénonciation à la Banque de France. Va-t-il appuyer ?
Pas sûr. Au bout d’une heure de chaise électrique, de sermons, de promesses, de suées, de calculs d’intérêts dévastateurs, d’échéances improbables, de plan Marshall, le regard s’adoucit : « C’est bien, Monsieur Le Flécher, on va être raisonnable. » Saint Matthieu, patron des banquiers, priez pour nous…
Aujourd’hui, la porte est ouverte. Ou bien en verre dépoli. Ou fumé. Peu importe. Parce qu’il faut être vu, ou en donner l’impression. Terminé le mystère. La banque, bon enfant et démocrate, vous offre désormais les fauteuils en cuir réservés hier aux bons clients. Le sphinx, lui, s’est fait homme. Il a abandonné le gilet et les couleurs sombres. Il a appris les vertus dynamiques de la chemisette blanche à manches courtes du manager. Il est de son siècle, résolument, dans un cadre moderne, « paysager » - moquettes pastel, acier, panneaux stratifiés, lithos et affiches de promo pour produits financiers. Il vit sous le regard obscur des ordinateurs qui, au jour le jour, lui fournissent le relevé météo de vos finances.
Des rentrées impromptues ? Un mois exemplaire par la sagesse de vos dépenses ? L’imprimante vous étiquette nabab. Tout est à vous, assure le directeur. L’agence, lui-même, ses employés, ses sicav, son PEP, son PEA, son LDD, tous ces sigles gracieux créés spécialement pour vous et votre argent – qui dort « honteusement ».Mais votre compte est-il plus à sec que le Turkestan chinois, finies les gâteries ! L’heure est aux lettres angoissées, aux appels téléphoniques de plus en plus affolés (au domicile, puis au bureau), aux formules sibériennes, du « il faut qu’on se voie rapidement » au
« comment comptez-vous vous en sortir ?», en passant par le délicieux « c’est certainement une erreur ». L’escalade. La voix se fait plus sèche. L’index inquisiteur effleure le bouton de l’apocalypse : la dénonciation à la Banque de France. Va-t-il appuyer ?
Pas sûr. Au bout d’une heure de chaise électrique, de sermons, de promesses, de suées, de calculs d’intérêts dévastateurs, d’échéances improbables, de plan Marshall, le regard s’adoucit : « C’est bien, Monsieur Le Flécher, on va être raisonnable. » Saint Matthieu, patron des banquiers, priez pour nous…
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