Le célibataire est énervant
Le célibataire est énervant : il a vu tous les films. S’il ne les a pas vus, il aurait pu, il a le temps. Parfois même, il les a vécus. En tout cas, il aurait pu. Il a le droit. Il aurait pu partir au bras d’une inconnue, rencontrée un soir d’été à une terrasse de café. Il aurait pu s’envoler pour Dinard, un jour de cafard, pour broyer du noir. Il aurait pu claquer sa paie en un dîner, se coucher à l’heure du thé, s’offrir des vacances à Bombay pour frimer, traîner chez lui mal embouché, se mettre les doigts dans le nez devant la télé et lire « Entrevue » peinard devant une assiette d’épinards. S’il avait eu un bout d’ambition, il aurait pu tout lâcher et s’en aller faire sa vie à Tahiti, Honolulu ou Tombouctou. Il a le temps. Il a le droit. Et, d’ailleurs, qui cela gênerait-il ?
« Qui ça gênerait, hein ? » hulule le célibataire, les nuits de blues, enfoui au fond du lit, entre les miettes de sa pizza décongelée et les canettes de bière. Et personne ne répond. C’est dur, mais c’est si bon.
Quand le célibataire rentre chez lui le soir, harassé, nul ne vient le sommer de mettre le couvert, changer bébé, courir chercher le pain ou balancer quelques compliments bien sentis : « Très jolie, ta nouvelle robe ! – (Soupir.) Cela fait six mois que je la traîne ! » Le célibataire n’a pas ces problèmes avec ses petites fiancées. Il en change comme de chemise. En tout cas, il pourrait. S’il voulait.
D’accord, souvent elles partent avant qu’il ait eu le temps de les larguer. Il a ses petites manies, et toujours une ex, deux ex, une maman, des filleuls, et beaucoup de copains, même des voisins. Tous le considèrent comme leur exclusive propriété. Le célibataire est un être si parfaitement romanesque. Contemporain. Cultivé. Citadin. Libre. Porteur de toutes les potentialités. Bref, un aventurier. La pub l’a pris pour héros. Le marché, pour cible. Il fait gamberger son percepteur, rêver les célibataire de l’autre sexe, pleurer grand’mère et fantasmer les gens qui, les jours de crise, échangeraient bien leur destin contre son avenir. Lorsqu’il entend la scène de ménage, de l’autre côté de la cloison, le célibataire réalise sombrement qu’il appartient à une espèce en voie de prolifération galopante. Lorsqu’il entend la scène de réconciliation, il se serre contre son chat : « Dis donc, Doudou, si on se casait ? »
« Qui ça gênerait, hein ? » hulule le célibataire, les nuits de blues, enfoui au fond du lit, entre les miettes de sa pizza décongelée et les canettes de bière. Et personne ne répond. C’est dur, mais c’est si bon.
Quand le célibataire rentre chez lui le soir, harassé, nul ne vient le sommer de mettre le couvert, changer bébé, courir chercher le pain ou balancer quelques compliments bien sentis : « Très jolie, ta nouvelle robe ! – (Soupir.) Cela fait six mois que je la traîne ! » Le célibataire n’a pas ces problèmes avec ses petites fiancées. Il en change comme de chemise. En tout cas, il pourrait. S’il voulait.
D’accord, souvent elles partent avant qu’il ait eu le temps de les larguer. Il a ses petites manies, et toujours une ex, deux ex, une maman, des filleuls, et beaucoup de copains, même des voisins. Tous le considèrent comme leur exclusive propriété. Le célibataire est un être si parfaitement romanesque. Contemporain. Cultivé. Citadin. Libre. Porteur de toutes les potentialités. Bref, un aventurier. La pub l’a pris pour héros. Le marché, pour cible. Il fait gamberger son percepteur, rêver les célibataire de l’autre sexe, pleurer grand’mère et fantasmer les gens qui, les jours de crise, échangeraient bien leur destin contre son avenir. Lorsqu’il entend la scène de ménage, de l’autre côté de la cloison, le célibataire réalise sombrement qu’il appartient à une espèce en voie de prolifération galopante. Lorsqu’il entend la scène de réconciliation, il se serre contre son chat : « Dis donc, Doudou, si on se casait ? »
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