Marchands de presse
Deux sortes de marchands de journaux.
1) Le kiosquier : condamné par une antique malédiction à être enfermé dans une boîte, à ne pas avoir toujours de monnaie et à indiquer où se trouve la Grand Place, ce qu’il fait vaguement, comme si le quartier était plongé dans le brouillard.
2) Le maître de maison, dite « de la presse » : condamné à indiquer où se trouvent « l’Echo des truites » ou « La Pensée slovène », « Plâtres et ciments magazine », quand ce ne sont pas « Cuisiner » ou « Cuisinons » (en général placés non loin de « Je cuisine » et « Nous cuisinons »).
Ces deux sortes de marchands croulent sous les avalanches de magazines spécialisés. D’un côté, cent magazines traitent du même sujet, de l’autre, cent sujets sont traités par deux ou trois. Tous produisent ces pauvres choses ficelées qu’on appelle des invendus. Un explorateur de rayons peut faire d’intéressantes découvertes : « Planète 4 ch », « Les cahiers du coquillage », « Passion doberman », « Voyages de noces », « Aaahh ! ! ! » (presse adulte), « Ouiii ! ! ! (idem), « la Passion des couteaux », etc. C’est comme les insectes, on n’en connaît pas la moitié !
Des titres de plus en plus spécialisés sont ainsi apparus au fil des années, suite à l’avènement du « jeune cadre et de ses hobbies » : la mer, la montagne, etc. Puis de l’irruption du « jeune fan et de ses bons plans » : 75 façons d’utiliser la mer, 62 la montagne, etc. On remarquera que les Français ne cessent de faire des mots croisés que pour s’intéresser à l’informatique qui, loin de menacer l’écrit, ne cesse d’en produire. Le nombre des distractions jeunes et sympas n’arrêtant pas d’augmenter par division cellulaire (le surf engendre le skateboard, le snowboard etc.), de nouveaux titres apparaissent.
A partir de là, toute flânerie chez un marchand, devenue discipline ethnographique, permet d’affiner notre connaissance des peuplades, tribus et sous-tribus, sujets d’autant d’organes nouveaux. Les éditeurs de journaux, résolus à transformer la société en hachis, l’émincent après l’avoir découpée. S’étant aperçus que, jeunes et vieux, c’est vite dit, ils vous proposent des titres destinés aux quadras, quinquas, sexas, et n’ayant en commun que d’afficher en couverture une trenta. Agisme qui peut se décliner en de nombreux magazines : « Only 20 », « 23 ans et coquine », « Trentaine », « 40 ans et plus », « 45-50 Ladies », « Gentleman 60 », etc…
A affiner la « cible », il arrivera peut-être un jour, qu’on édite plutôt que 30.000 exemplaires à 3 euros, 1 seul exemplaire à 90.000 euros, destiné à vous seul et flattant tous vos goûts. Offre qui peut être alléchante, assortie du cadeau d’un radioréveil et d’une remise de 10.000 % pour six mois d’abonnement. En attendant ce premier journal intime, appelé « Toi ! », « Que Toi ! » ou « Oui toi ! » (j’ai déposé ces trois titres), restent des niches à explorer. « Jeunes Skaters sarkozystes », par exemple ou « Grossir et rester gros ».
1) Le kiosquier : condamné par une antique malédiction à être enfermé dans une boîte, à ne pas avoir toujours de monnaie et à indiquer où se trouve la Grand Place, ce qu’il fait vaguement, comme si le quartier était plongé dans le brouillard.
2) Le maître de maison, dite « de la presse » : condamné à indiquer où se trouvent « l’Echo des truites » ou « La Pensée slovène », « Plâtres et ciments magazine », quand ce ne sont pas « Cuisiner » ou « Cuisinons » (en général placés non loin de « Je cuisine » et « Nous cuisinons »).
Ces deux sortes de marchands croulent sous les avalanches de magazines spécialisés. D’un côté, cent magazines traitent du même sujet, de l’autre, cent sujets sont traités par deux ou trois. Tous produisent ces pauvres choses ficelées qu’on appelle des invendus. Un explorateur de rayons peut faire d’intéressantes découvertes : « Planète 4 ch », « Les cahiers du coquillage », « Passion doberman », « Voyages de noces », « Aaahh ! ! ! » (presse adulte), « Ouiii ! ! ! (idem), « la Passion des couteaux », etc. C’est comme les insectes, on n’en connaît pas la moitié !
Des titres de plus en plus spécialisés sont ainsi apparus au fil des années, suite à l’avènement du « jeune cadre et de ses hobbies » : la mer, la montagne, etc. Puis de l’irruption du « jeune fan et de ses bons plans » : 75 façons d’utiliser la mer, 62 la montagne, etc. On remarquera que les Français ne cessent de faire des mots croisés que pour s’intéresser à l’informatique qui, loin de menacer l’écrit, ne cesse d’en produire. Le nombre des distractions jeunes et sympas n’arrêtant pas d’augmenter par division cellulaire (le surf engendre le skateboard, le snowboard etc.), de nouveaux titres apparaissent.
A partir de là, toute flânerie chez un marchand, devenue discipline ethnographique, permet d’affiner notre connaissance des peuplades, tribus et sous-tribus, sujets d’autant d’organes nouveaux. Les éditeurs de journaux, résolus à transformer la société en hachis, l’émincent après l’avoir découpée. S’étant aperçus que, jeunes et vieux, c’est vite dit, ils vous proposent des titres destinés aux quadras, quinquas, sexas, et n’ayant en commun que d’afficher en couverture une trenta. Agisme qui peut se décliner en de nombreux magazines : « Only 20 », « 23 ans et coquine », « Trentaine », « 40 ans et plus », « 45-50 Ladies », « Gentleman 60 », etc…
A affiner la « cible », il arrivera peut-être un jour, qu’on édite plutôt que 30.000 exemplaires à 3 euros, 1 seul exemplaire à 90.000 euros, destiné à vous seul et flattant tous vos goûts. Offre qui peut être alléchante, assortie du cadeau d’un radioréveil et d’une remise de 10.000 % pour six mois d’abonnement. En attendant ce premier journal intime, appelé « Toi ! », « Que Toi ! » ou « Oui toi ! » (j’ai déposé ces trois titres), restent des niches à explorer. « Jeunes Skaters sarkozystes », par exemple ou « Grossir et rester gros ».
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