Fiction de télé-réalité

Publié le par Guy Le Flécher


Aurélie attendait son chéri sur ce parking de Lille, avec plein d’autres personnes qui, comme elle, avaient participé au casting d’une fameuse émission de télé-réalité. Autour d’elle, il y avait plein de filles qui pleuraient dans leur portable, et qui disaient que le jury était dégueulasse,  que c’était des vrais cons. A elle, l’un des membres lui avait même dit : « allez, vas-y, casse-toi ! »

 Aurélie avait prévenu son chéri qu’elle ne l’appellerait pas pour lui dire le résultat, qu’il saurait quand il viendrait la chercher, et puis de toute façon, elle avait épuisé son forfait. Elle avait les boules, Aurélie, parce que ça faisait quand même deux fois qu’elle passait l’épreuve de sélection, et on l’avait recalée à chaque fois pour des raisons pourries, genre la première fois, elle manquait de personnalité, et la deuxième, eh ben elle en faisait trop.

Ce qui l’ennuyait le plus, c’est qu’au lycée on allait encore se foutre d’elle. La dernière fois, deux mecs de sa classe lui avaient dit que c’était pas la peine de s’entraîner à avoir une super voix quand on avait un gros cul comme ça, et qu’elle avait plus de chance de passer dans une émission télé sur la pêche, si des fois ils parlaient des thons qui chantent, ah ah ah !

 Ils avaient dit ça tout haut devant tout le monde avant un cours de maths, et elle avait pleuré pendant une heure, Aurélie, avec Madame Darmon, la prof, qui lui disait que c’était pas la peine de se mettre dans des états comme ça, que de toute façon elle ferait mieux de travailler à l’école, si elle ne voulait pas finir en CAP vu comme c’était parti.

Alors, elle a pensé, Aurélie,  à son retour au lycée, le lendemain matin. Et quand soudain, elle a vu arriver la voiture de son chéri, elle s’est mise à courir à toute vitesse et elle s’est jetée la tête la première contre le capot. Son chéri n’a pas eu le temps de la reconnaître ni de freiner.
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