A toute faim utile

Publié le par Guy Le Flécher

Ce n’est pas un hasard si les fêtes de fin d’année coïncident avec le début de l’hiver. C’est précisément à cette période que les volailles nées au printemps, élevées au pâturage estival et engraissées à l’automne, débarquent au supermarché, prêtes à nous régaler dès que carillonne la Saint-Nicolas. Calendrier et religion ont beau nous prétexter d’autres phénomènes, nous savons bien, nous les gens du Nord, que c’est la dinde de Licques (Pas de Calais) que nous fêtons à l’hivernal solstice. Que les plumeuses agapes soient ensuite justifiées par des mythes célestes ou par l’ellipse terrestre, relève du détail folklorique, la seule rotation qui nous intéresse ici, est celle de la broche dans la rôtissoire. Ah ! chairs dodues et succulentes cuisant dans le four avant découpage à table. Invariable rituel aux invariables volatiles.

Notre amie La Dinde donc, née de Licques, a de la noblesse. Princesse généreuse et goûteuse, elle ouvre la marche des canards et colverts de passage et, au festival de canes, mérite de grimper sur le podium des volailles festives, entre notre mère l’oie et la fille poularde, Ursula en Bresse et l’affaire Chapon. Elle est la gloire de notre patrimoine avicole régional qui nous offre par ailleurs une jolie collection d’oiseaux rares, mais qui ne se mangent pas. Mademoiselle de Licques tient le chapon bas et nous régale de sa chair bien dodue, onctueuse et ferme. Une exquise texture et une finesse de goût l’indiquent tout à fait pour un repas de réveillon.

Vous n’y aviez pas pensé ? Amies lectrices, amis lecteurs, je ne vous sens pas dans votre assiette ce matin. Insouciants ou versatiles, vous allez encore vous y prendre à la dernière minute pour faire vos achats. Ou alors, blasés ou usés par l’annuelle routine et croyant  avoir aboli l’événement festif, vous y succombez in extremis, tiraillés par une fringale imprévue ou un soupçon de remords. C’est maintenant que le piège se referme, vous allez vous précipiter sur le premier rayon venu pour acheter, souvent trop cher pour ce que c’est, n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment. Bonjour l’angoisse du pousseur de chariot à Euralille un 24 décembre !

Agnostiques reconvertis et retardataires lunatiques, n’ayez crainte : en matière d’agapes, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Nul besoin de se lancer dans de longues et complexes préparations culinaires, ni de forcer sur la quantité. Un simple assortiment de produits fins, bruts ou nature suffisent à réaliser le plus exquis des festins. Pour réveillonner à l’iode et aux embruns, quelques très bonnes huîtres, charnues et croquantes, vous rappelant votre marraine d’Oléron  (voir l’écailler du cinéma qui saura vous embobiner) et une jolie tranche d’excellent foie gras donneront toujours plus de plaisir qu’une grosse bouffe.

Qu’il soit dit ici, une fois pour toutes, que mieux vaut encore se passer de saumon que de se contenter d’une tranche rosâtre tirée d’un poisson élevé à la farine industrielle et placée sous plastique après congélation. Futile ou solennel, l’instant de table est une affaire trop précieuse pour s’offrir le luxe de la bâcler. Devinette de dînette : de quoi les Saint-Jacques se composent-elles ?

Avec tous mes vœux de joyeuses fêtes.
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