Sartre, encore

Publié le par Guy Le Flécher



En avril 1980, des funérailles nationales ont voulu nous faire croire que c'en était fini de Sartre. Enterré le philosophe, momifié, encensé par ceux qui pensaient ainsi mieux le tenir à distance. Vingt ans que le siècle fait semblant de se «désartriser» peu à peu. Mais, pour ceux qui l'aimaient, Sartre était depuis longtemps désacralisé. L'après-Sartre a commencé durant Sartre. Quand le petit homme amplifiait nos colères, quand il montrait la voie de la vigilance, quand il balisait le seul mandat éthique qui vaille: celui de la lucidité. Quand il dévoilait les impostures, y compris l'imposture du maître à penser. Certains nous appellent à nous battre ou à nous enrôler. Lui nous a appris à désobéir. Voilà qui reste d'actualité. C'est pourquoi nous, on ne commémore pas. Pas plus que l'on n'a porté le deuil de Sartre. Même s'il faut bien admettre que sa mort a été sa plus grande «erreur».
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