Ecran de fumée

Publié le par Guy Le Flécher

Au commencement du cinéma était la fumée : celle dégagée par la vapeur d’un fameux train entrant en gare de La Ciotat. Mais aussi la fumée que trace dans les salles obscures le rayon des projecteurs, cette horizontale qui se dessinait entre la cabine et l’écran et qui trouait l’espace de sa lumière.
La fumée a enlacé le film dès ses origines, le tabac a pénétré les images et les écrans, les volutes de cigares, pipes et cigarettes ont longtemps imprégné la pellicule. Aujourd’hui, filmeurs et fumeurs se séparent, en raison des lois anti tabac, des autocensures du politiquement correct et, sans doute, de la marche triomphante de l’humanité vers une mort en parfaite santé.
Au tableau des hautes figures de la passion tabagique : Groucho Marx, Humphrey Bogard, Lauren Bacall, James Dean, Rita Hayworth, Carette, Gabin, Delon, Deneuve, Belmondo… Et leurs cigarettes, accessoires comiques, érotiques ou inquiétants, signe de mort ou de vie (la dernière cigarette), rituel ou cliché.
L’herbe à Nicot a accompagné l’histoire du cinéma depuis ses origines. Mais le tabac à l’écran n’a pour nous aucune odeur ni saveur. Il est une image, un instant, une allure. Fresque évanescente et immatérielle…
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