Le grand échiquier

Publié le par Guy Le Flécher


Les échecs ne sont pas qu’une distraction d’intellectuels promenant en toute nonchalance des pièces de buis sur un carré de bois noir et blanc comme les touches d’un piano. Un sport, donc ? Si l’on ne retient que la dépense due à l’effort physique, on est bien loin du vélo. Mais on est au même niveau que le tir à l’arc ou à la carabine, sports olympiques. Pour ce qui est de la concentration et de l’agressivité, les échecs n’ont rien à envier à bien des sports de combat. Se retrouver avec une dame de moins peut s’apparenter à disputer un combat de boxe avec une jambe en moins et un bras dans le dos. Quand on affronte un adversaire, on veut lui écrabouiller son ego. Cérébral certes, mais sport tout de même. Eprouvant quand on songe que certaines parties peuvent durer des heures. Les coups s’enchaînent, le temps se concentre et s’allonge à la fois, trente, quarante, cinquante minutes, une heure, davantage encore.
A la Vieille Bourse, ils sont plusieurs dizaines à venir en découdre autour des fameuses 64 cases. Celui-là doit avoir un peu le trac, il utilise son ouverture fétiche, celle de la partie espagnole comme disent les spécialistes. Je regarde. Cette partie espagnole semble être un mélange de flamenco et de corrida. C’est dansant et agressif. Les figures sortent vite et on roque tout de suite. Ça me plaît, bien ces menaces accumulées, cette haine silencieuse, ces meurtres tapis. Aux échecs, on voit le jeu de l’adversaire, et en même temps, on ne le voit pas. On doit cacher ce qu’on fait mais pas avec les mains. Avec quoi ? Mystère. Et impossible de mentir ! Je veux dire de bluffer. C’est toujours ça d’esprit
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