Cimetières

Publié le par Guy Le Flécher

Les cimetières, ces lieux d’outre-monde. Ces tombes de conceptions multiples qui se laissent envahir par la végétation et l’érosion, agissant sur la pierre et les mots. C’est beau et silencieux comme le mystère des instants précieux.
 Enfant, j’aimais suivre les enterrements qui, inévitablement – sauf imprévu, mais cela ne m’est jamais arrivé – mènent au cimetière. J’étais impressionné par l’alliance du minéral et du végétal.
Un certain minéral. Car ces tombes, ces vasques, ces chapelles ardentes s’apparentaient à une architecture particulière.
Un certain végétal, car ces fleurs trop bien engraissées ne ressemblaient pas à celles que je cueillais dans le jardin. En ce temps-là, les femmes portaient des crépes en voile noir, des jupes noires, des bas noirs , et les hommes des costumes sombres et des cravates itou.
Je pleurais un inconnu. Je me tenais, alors, en haute estime, puisque j’étais capable de m’apitoyer sur un étranger. On nous demandait de jeter une pelletée de terre. Je suivais le mouvement. Je faisais en sorte d’effleurer avec délicatesse le cercueil. Quand il pleuvait, un peu de glaise s’agglutinait à la pelle et j’en éprouvais du mécontentement.
Le cortège disparaissait et je restais parfois, seul à veiller le mort, jusqu’à ce qu’une sonnerie m’avertîsse qu’on
« allait fermer ».
J’étais fier de me conduire en sentinelle du néant, d’avoir le courage de ne pas quitter mon poste tandis que la nuit tombait et que les morts se réveillaient peu à peu de leur sommeil.












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