Je suis là pour défiler

Publié le par Guy Le Flécher



Moi, monsieur,  je ne me défile pas. Je défile comme tout le monde, avec tout le monde. En fait, je suis plutôt manif, comme genre. J’en fais au minimum trois ou quatre par an. C’est bon pour le moral. Et, accessoirement, pour les mollets. A condition de ne pas trop piétiner. Le surplace, ça tue. Les muscles se refroidissent. Hop, ça repart. On a à peine le temps de refaire marcher la machine que ça s’arrête. c’est antisportif au possible. Le problème, c’est que plus une manif est réussie, plus on fait du surplace, rapport à l’écoulement du trafic. C’est mathématique. Cruel dilemme. Parce qu’il y a une chose que le manifestant a besoin, c’est de savoir que la manif est réussie. Une manif qui s’effiloche, pleine de trous, ça lui casse le moral. Il est là pour faire nombre. Pour qu’il entende le soir à la télé : plus d’un million de manifestants !

L’autre chose, c’est la météo. Rien de plus triste qu’une manif sous la pluie. Manif mouillée, manif ratée. On est tous là sous nos parapluies, à faire la tronche, à nous tremper les chaussures, à nous cogner les baleines les uns dans les autres. C’est pitoyable. Une bonne manif, côté météo, c’est :  pas trop chaud, pas trop froid, pas trop de vent. Et pas de pluie. Idéal pour marcher.

Cela dit, une manif pose deux problèmes logistiques. Premièrement : retrouver les copains. C’est quand même plus sympa de défiler avec des copains plutôt que seul, noyé dans la masse. Même si, bien entendu, on est tous là entre camarades, c’est la lutte finale, etc. Mais, bon : les camarades, c’est bien. Les copains, c’est mieux.

Reste le deuxième problème : où se mettre entre copains dans la manif ? Avec qui ? On peut choisir sa niche, sous la banderole de son parti ou de son syndicat, si on en a un. Tous ensemble, ouais. Mais, on peut aussi se faire le défilé en libre service, en zappant d’une organisation à une autre. On peut. Mais c’est fatiguant. Il faut sans cesse accélérer, décrocher, remonter, doubler…

L’autre truc, c’est les tracts. C’est incroyable le nombre de gens qui veulent vous refiler leurs tracts. La moindre tendance d’un sous-groupe d’un groupuscule vous flanque un tract dans les mains. Si on se laisse faire, on finit les poches bourrées de tracts. C’est mauvais pour la marche. Et pour les poches. En même temps, on ne peut pas dire non à tout le monde. Sinon, on se fait mal voir. Alors, j’en prends un de temps en temps. Pour montrer ma bonne volonté. Après, le soir, je les lis.

Tout ça pour dire que j’adore les manifs, et tout le boucan que ça fait. Sirènes, trompettes, pétards, fumigènes, tambours, sono d’enfer, slogans, chants : impossible d’entendre quoi que soit au portable, et c’est tant mieux. J’ai aussi la satisfaction d’exercer un droit fondamental du citoyen, qui est de marcher pour protester.

J’aime bien pouvoir me dire que j’y étais, que j’en étais.

L’autre jour, grâce à moi, on a tout juste dépasser le million. On était exactement 1 000 001. Merci qui ?
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