Des lumbagos à l'âme
Elle a une petite moue dubitative où frise, imperceptible, une certaine ironie. Elle est à mi-chemin de la légèreté et de la gravité, elle a de temps en temps un petit rire qui, comme un discret signal d’alarme, relativise ses propos, les désamorce de toute arrière-pensée. Elle a le regard bleu, clair, net. Elle regarde la vie sans ciller et espère finir par l’obliger à baisser les yeux. Sa silhouette élancée et mince, si mince, s’habille de col roulé et de pantalon sans façon. Et pour cette belle indépendante qui n’en fait qu’à sa tête, des cheveux sans chichi, noués en queue de cheval.
« Etre torturée, c’est se poser des questions », confie-t-elle. Elle, en apparence si simple, si saine, somatise beaucoup, mais n’a jamais fréquenté le divan. « Une contrariété, un stress et j’ai le dos bloqué. J’ai des lumbagos à l’âme », sourit-elle. Et malgré la maturité, elle reste toujours aussi pudique, introvertie, mais quand même pas vierge effarouchée ! Un animal fragile, incompris, déclassé, paradoxal, tenaillé, déchiré, prisonnier du monde réel qu’elle déteste, pressentant que la vraie vie est tout autant dans le rêve, mais ne sachant alors s’il faut la vivre ou la rêver.
La vie est une glace à deux boules : parfum Groseille, garanti sans déodorant et parfum Le Quesnoy. Chez les bourgeois, on a la bouche en cul-de-poule, Madame est dépressive, Monsieur pelote la bonne, vieux clichés. Côté peuple, on pue, on pète, on rote, on n’a pas beaucoup de culture, mais on a de la nature, on sait s’amuser, quoi ! Avec son quart-monde d’origine, famille nombreuse, alcool, promiscuité, et sa vie enceinte jusqu’au cou, avec le cordon de la fatalité qui étrangle et qui serre, surtout ceux qui essaient de s’en défaire, elle ne respire que quand elle dépense, à crédit, n’importe comment, ou quand elle danse, rivale de ses filles, dans les bals où dérivent les perdants. I
l y a en chaque femme une danseuse endormie. Il suffit qu’on lui en donne l’occasion pour que la belle se réveille.
« Etre torturée, c’est se poser des questions », confie-t-elle. Elle, en apparence si simple, si saine, somatise beaucoup, mais n’a jamais fréquenté le divan. « Une contrariété, un stress et j’ai le dos bloqué. J’ai des lumbagos à l’âme », sourit-elle. Et malgré la maturité, elle reste toujours aussi pudique, introvertie, mais quand même pas vierge effarouchée ! Un animal fragile, incompris, déclassé, paradoxal, tenaillé, déchiré, prisonnier du monde réel qu’elle déteste, pressentant que la vraie vie est tout autant dans le rêve, mais ne sachant alors s’il faut la vivre ou la rêver.
La vie est une glace à deux boules : parfum Groseille, garanti sans déodorant et parfum Le Quesnoy. Chez les bourgeois, on a la bouche en cul-de-poule, Madame est dépressive, Monsieur pelote la bonne, vieux clichés. Côté peuple, on pue, on pète, on rote, on n’a pas beaucoup de culture, mais on a de la nature, on sait s’amuser, quoi ! Avec son quart-monde d’origine, famille nombreuse, alcool, promiscuité, et sa vie enceinte jusqu’au cou, avec le cordon de la fatalité qui étrangle et qui serre, surtout ceux qui essaient de s’en défaire, elle ne respire que quand elle dépense, à crédit, n’importe comment, ou quand elle danse, rivale de ses filles, dans les bals où dérivent les perdants. I
l y a en chaque femme une danseuse endormie. Il suffit qu’on lui en donne l’occasion pour que la belle se réveille.
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