Une tasse d'été ?
C’est l’été. Votre paupière s’affaisse, votre menton choit, vous souffrez des premiers symptômes d’une de ces redoutables épidémies saisonnières qui frappe souvent, dès le début d’après-midi : la contre-attaque de la chipolata et du petit rosé.
C’est l’été. Claquant au vent du grand large, votre esprit ne peut se concentrer sur rien de ce que vous faites, il vogue déjà vers ces horizons lointains qui vous font rêver, ô voyageur de l’intrépide : Malo-les-Bains ! Bray-Dunes ! Le Touquet ! Surtout, n’oubliez pas Médor ni Mémé qui dort. Et vous voilà déjà dans le break filant vers Berck, avec les enfants qui n’y tiennent plus : « Allez, maman, on a faim ! », et vous, très énervée, la gifle au bout des doigts,
« Attendez que votre père s’arrête ! ».
C’est l’été. Oui, partez ! Sautez dans votre treillis léopard et vos rangers de compétition en peau de zébu. N’emportez que votre brosse à dents solaire, l’intégrale de Charles Trenet de 1942 à 1958 et deux valises sous les yeux. Rasez-vous avec un coupe-choux de secours dans le pousse-pousse qui vous mène à tombeau ouvert à l’aéroport de Lille Lesquin. Et là, aggrippez en plein décollage la portière vermoulue d’un charter surbooké où vous attend un confortable demi-strapontin tout juste à côté des toilettes. A vous l’Aventure, avec un grand A !
Cette année, fini les parties de boules avec votre beau-frère derrière le bungalow de Stella-Plage. Pas de trekking d’enfer dans les hautes montagnes de Cassel ou de Kemmel. Pas d’ascension à Lille Fives du Mont-de-Terre par la face nord. Cette année, vous avez le choix. Traverser la mer Rouge sur des échasses avec Moïse Tour Operator, chasser l’ornithorinque les yeux bandés dans le delta du Mékong, chercher de l’or sur les bords du Niagara avec une cuvette, un tamis et une paire de sandalettes en plastique, faire un stage de poterie chez les Pygmées d’Afrique australe ou un séminaire de perception sensorielle avec les réducteurs de tête, et encore, pratiquer le surf sur les coulées de lave en fusion du Stromboli. C’est maintenant qu’il faut choisir. Plus d’excuses.
Ou alors, ne bougez pas. Restez chez vous. Ne vous promenez pas en voiture, ça pue le gaz d’échappement, le siège en skaï et la mort. Ne prenez pas les bus des circuits organisés : la moitié des passagers vomit son quatre-heures et l’autre beugle des chansons paillardes. Ne sortez pas en vélo, la chaîne saute, on se fout de la graisse plein le bas du pantalon, et le garde-boue arrière frotte contre la roue avec un petit bruit stupide et irritant. Canicule, comment veux-tu, comment veux-tu que je circule ? Restez chez vous.
C’est l’été. En fait, vous êtes fatigué. Le problème quand on est fatigué, c’est qu’on ne le répète jamais assez. Les mots, pourtant, ne manquent pas. On est crevé, vanné, esquinté, cassé, carbonisé, fusillé, bousillé, liquidé, lessivé, atomisé, déglingué, laminé, pompé, brisé, rincé, usé, explosé, vidé, déchiré, exterminé, démonté, flagada, flapi, anéanti, détruit, mortibus, à l’agonie, à plat ventre, en morceaux, au bout du rouleau, à ramasser à la petite cuillère. On en a ras le bol, ras la casquette, ras le c…
C’est l’été. Hurlez votre fatigue, ça donne de l’épaisseur à ce que vous avez fait et à ce que vous ne faites pas toujours. Votre fatigue, ne la justifiez pas. Jamais. Son autoproclamation suffit amplement.
C’est l’été. Allez, reposez-vous bien !
C’est l’été. Claquant au vent du grand large, votre esprit ne peut se concentrer sur rien de ce que vous faites, il vogue déjà vers ces horizons lointains qui vous font rêver, ô voyageur de l’intrépide : Malo-les-Bains ! Bray-Dunes ! Le Touquet ! Surtout, n’oubliez pas Médor ni Mémé qui dort. Et vous voilà déjà dans le break filant vers Berck, avec les enfants qui n’y tiennent plus : « Allez, maman, on a faim ! », et vous, très énervée, la gifle au bout des doigts,
« Attendez que votre père s’arrête ! ».
C’est l’été. Oui, partez ! Sautez dans votre treillis léopard et vos rangers de compétition en peau de zébu. N’emportez que votre brosse à dents solaire, l’intégrale de Charles Trenet de 1942 à 1958 et deux valises sous les yeux. Rasez-vous avec un coupe-choux de secours dans le pousse-pousse qui vous mène à tombeau ouvert à l’aéroport de Lille Lesquin. Et là, aggrippez en plein décollage la portière vermoulue d’un charter surbooké où vous attend un confortable demi-strapontin tout juste à côté des toilettes. A vous l’Aventure, avec un grand A !
Cette année, fini les parties de boules avec votre beau-frère derrière le bungalow de Stella-Plage. Pas de trekking d’enfer dans les hautes montagnes de Cassel ou de Kemmel. Pas d’ascension à Lille Fives du Mont-de-Terre par la face nord. Cette année, vous avez le choix. Traverser la mer Rouge sur des échasses avec Moïse Tour Operator, chasser l’ornithorinque les yeux bandés dans le delta du Mékong, chercher de l’or sur les bords du Niagara avec une cuvette, un tamis et une paire de sandalettes en plastique, faire un stage de poterie chez les Pygmées d’Afrique australe ou un séminaire de perception sensorielle avec les réducteurs de tête, et encore, pratiquer le surf sur les coulées de lave en fusion du Stromboli. C’est maintenant qu’il faut choisir. Plus d’excuses.
Ou alors, ne bougez pas. Restez chez vous. Ne vous promenez pas en voiture, ça pue le gaz d’échappement, le siège en skaï et la mort. Ne prenez pas les bus des circuits organisés : la moitié des passagers vomit son quatre-heures et l’autre beugle des chansons paillardes. Ne sortez pas en vélo, la chaîne saute, on se fout de la graisse plein le bas du pantalon, et le garde-boue arrière frotte contre la roue avec un petit bruit stupide et irritant. Canicule, comment veux-tu, comment veux-tu que je circule ? Restez chez vous.
C’est l’été. En fait, vous êtes fatigué. Le problème quand on est fatigué, c’est qu’on ne le répète jamais assez. Les mots, pourtant, ne manquent pas. On est crevé, vanné, esquinté, cassé, carbonisé, fusillé, bousillé, liquidé, lessivé, atomisé, déglingué, laminé, pompé, brisé, rincé, usé, explosé, vidé, déchiré, exterminé, démonté, flagada, flapi, anéanti, détruit, mortibus, à l’agonie, à plat ventre, en morceaux, au bout du rouleau, à ramasser à la petite cuillère. On en a ras le bol, ras la casquette, ras le c…
C’est l’été. Hurlez votre fatigue, ça donne de l’épaisseur à ce que vous avez fait et à ce que vous ne faites pas toujours. Votre fatigue, ne la justifiez pas. Jamais. Son autoproclamation suffit amplement.
C’est l’été. Allez, reposez-vous bien !
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