De lille2004 à l'Europe XXL

Publié le par Guy Le Flécher



Tout au long de l’année 2004, une sacrée fièvre a agité Lille. Elle portait un nom, en forme de label : Capitale Européenne de la Culture, un titre avec majuscules s’il vous plait, qui lui est décerné ad vitam aeternam, comme  une Légion d’Honneur. Une reconnaissance, un challenge, une chance pour Lille, qui renforce son image de ville généreuse et intensément festive. Un projet défendu, porté à bout de bras, concrétisé avec succès par Martine Aubry, maire depuis 2001. A ses côtés, des Lillois par milliers.

Car les Lillois ne perdent jamais une occasion de se réjouir ensemble. Peut-être pour oublier la rudesse de la vie, le banal du travail. Peut-être parce qu’ils ont hérité de leurs ancêtres le goût du collectif. Aucun événement social, politique, culturel ou sportif n’échappe à la participation de tous. Le petit peuple de Lille a fait de sa cité une ville chaleureuse, gaie, animée, qui aime mener joyeuse vie. Entends-tu les musiques de Jamaïque, l’accordéon de Wazemmes ? 1000 et une danse. Tango pour tous. C’est ainsi : la fête est un besoin naturel. Cela met du liant dans les rapports, du rose aux bonnes grosses joues du quotidien. Elle n’est jamais superflue et la frivolité est parfois une forme de politesse. Lille vaut bien un peu de joie, un rien d’ivresse. Adieu grisaille, I love Lille.

Quand pointe l’heure du crépuscule, différente selon les saisons, la foule a tout envahi. Voici le moment des vertiges nocturnes, de la renaissance. Ouverture sur la nuit, basculement des passions. Alors, les boulevards et les rues ordinaires tanguent comme une barque au mouillage, mêlant toutes les musiques, tous les spectacles. Scène éclatée. Cacophonie de sons, de langues. Charivari de gens. Carnaval en grande pompe et dans la tradition flamande. Fanfares nocturnes, farandoles géantes, défilés cosmopolites : jolie démonstration de vitalité pour une industrielle qui a bien tourné.

2200 événements, 170 villes partenaires. 70% de la programmation est conçue avec les structures culturelles locales : Lille 2004 a poussé les artistes à proposer des projets communs et a inclus des créations internationales. Un tel panachage a permis de réveiller des envies et de créer un appel d’air nécessaire à une vie culturelle de très bon niveau mais pas à l’abri du ronronnement. La culture est une façon particulière de comprendre le social en changeant les mentalités.

De ce point de vue, ce qui s’est passé d’exemplaire à Lille intéresse l’Europe entière. C’est comme si la fermentation culturelle lilloise qui est réelle et ancienne, avait cherché un catalyseur, un moment de métissage entre l’ancien et le nouveau : elle l’a trouvé. Lille 2004 restera un événément populaire spectaculaire, le départ de la réappropriation culturelle de la ville par les Lillois. Nouvelle fierté, nouvelle dignité. Il en ressort une ville méconnaissable et des Lillois métamorphosés eux-aussi, légitimement orgueilleux d’un patrimoine collectif.

Lille 2004 ? Une avalanche de propositions. Beaucoup de plaisirs et d’émotions, de belles rencontres, de vraies passions. Et de multiples occasions d’ajouter, au sortir d’une salle ou d’une fête, de nouveaux souvenirs de bonheur à tous ceux qui, échappant à l’infernale logique du calendrier, ne nous quitteront jamais et dont chacun de nous est l’unique dépositaire. Tout au long de ces douze mois, les Lillois ont montré qu’ils avaient aussi besoin d’air, besoin de s’étourdir. 2004 a confirmé cette propension à l’évasion, ce goût collectif pour les voyages dans des mondes parallèles, cette quête d’absolu où l’innocence a raison du machiavélisme et le bien du mal.

On gardera longtemps en mémoire ces rencontres brûlantes. Charme, beauté, intelligence, émotion : rien n’a manqué. Une programmation à la fois phare, à la fois reflet, qui s’est placée aux avant-postes de ce qui se fait de mieux, avec ces formes inclassables qui mêlent tout : théâtre, danse, vidéo, arts plastiques, musique. Ce qui s’est construit pierre par pierre depuis le 6 décembre 2003, c’est bien ce nouvel art de vivre que Martine Aubry appelle de ses vœux et convoque sous les cieux nordistes. Il faut maintenant garder, maintenir, conforter toutes ces envies. Ne pas laisser retomber le soufflet, maintenir la pression, attiser encore et encore le feu. Tel est l’objectif de l’aventure baptisée Lille3000 – car Lille voit loin ! -, qui dans l’esprit de Lille 2004 a mis Lille à l’heure indienne à l’automne 2006, avant de l’ouvrir à l’Europe de l’Est (et plus) au printemps 2009 : ce sera Europe XXL !
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