Berthe Morisot, "la belle peintre"

Publié le par Guy Le Flécher


Au printemps 2002, le Palais des Beaux-arts de Lille a rendu hommage à l’un des plus importants peintres de l’impressionnisme, Berthe Morisot.

A travers une centaine d’œuvres (peintures, aquarelles, pastels) provenant des plus grandes collections publiques et privées, cette rétrospective, la première en France depuis 1961, retraçait l’ensemble de la carrière de l’artiste. Certaines œuvres n’avaient pas été présentées en France depuis la fin du XIXe siècle.
Berthe Morisot fut une figure majeure de l’impressionnisme : à partir de 1874, elle participe à toutes les expositions du groupe jusqu’en 1886, à l’exception de celle de 1879. Son art fut salué comme une des manifestations les plus pures de l’impressionnisme.
“ Fixer quelque chose de ce qui passe ”, telle fut l’ambition de Berthe Morisot. Enfants jouant dans des jardins fleuris, portraits de jeunes filles rêveuses, haltes à la campagne ou sur une plage : les protagonistes de cet univers étaient ses proches, sa famille, son époux Eugène Manet (frère du peintre Edouard Manet), et surtout sa fille, Julie.
Mais le peintre des jardins radieux était aussi une artiste tourmentée et exigeante. Pour Edouard Manet, qui lui consacra une fascinante série de portraits entre 1868 et 1874, elle fut à la fois un modèle et une inspiration. Le dépôt du portrait de Berthe Morisot par Edouard Manet consenti par l’Etat en avril 2000 au musée de Lille est à l’origine de cette rétrospective qui présentera également la quasi-totalité des admirables portraits qu’Edouard Manet réalisa de sa belle-sœur.

De sa main gauche, nue et repliée

Elle porte encore le deuil de son père. Une fine dentelle lui couvre les épaules et les bras, un trait de velours lui souligne le cou. Le ruban, la mantille, l’éventail, la chevelure sombre, la profondeur des noirs (1), mais aussi l’éclat de la lumière dorée sur la peau évoquent l’Espagne, un pays dont Manet est tombé amoureux. La belle jeune femme n’est pourtant pas espagnole. Elle s’appelle Berthe Morisot (1841-1895). Elle est elle-même peintre, participe régulièrement aux salons et à la première exposition impressionniste de 1874, mais ses oeuvres sont peu remarquées. Depuis 1868, année où elle pose pour « Le Balcon » (Paris, musée d’Orsay), la jeune femme est l’un des modèles de prédilection de Manet. Le maître qui jouit d’une réputation de scandale après les coups d’éclat du « Déjeuner sur l’herbe » (1863) et d’ »Olympia » (1865), peindra dix portraits de Berthe Morisot, entre 1869 et 1874.  Celui « à l’éventail » (huile sur toile O,61 x O,50, signé en bas à droite du monogramme : M.) que présentait le musée de Lille est le dernier. 

Comme appelée vers l’extérieur

Cette fois, Berthe Morisot semble surprise par quelque chose qui se passe dans la pièce, un intérieur bourgeois, couleur lie de vin, avec canapé capitonné et plantes vertes. Ou alors, est-elle  attentive à quelqu’un qui lui parle. Elle ne regarde plus, comme dans les tableaux précédents, celui qui la peint, à la fois par petites touches fines et larges coups de brosse dynamiques. Elle s’en détourne comme appelée vers l’extérieur. Etrange attitude. Il est vrai qu’un événement vient de bouleverser sa vie et marque un irrémédiable éloignement entre le modèle et Edouard Manet. Peut-être un adieu. Elle vient d’épouser Eugène, le frère de l’artiste. De sa main gauche, nue et repliée, où l’alliance apparaît bien visible, elle a saisi les branches d’un éventail, déployé dans un geste presque défensif. Une main qui prend une force particulière, comme si elle vivait seule indépendamment du modèle...
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