Un bal, des beaux, des belles
Depuis longtemps, la capitale des Flandres a aussi un faible pour les notes latines. Et le dimanche après-midi, il n’est pas rare de voir des couples se décoincer les articulations en dansant le tango sous les arcades de la Vieille-Bourse. La danse à deux fait un come-back remarqué. On aime virevolter avec sa moitié (ou une autre). A pas glissés, visages fermés. Appliqués. Pénétrés.
Tango ! Certains l’aiment chaud. Un pas en avant, deux en arrière, je chaloupe et tu bascules, jambe tendue, reins cambrés. Un bal, des beaux et des belles. Les corps se balancent, se frôlent et se séparent au rythme de l’orchestre. Certains en profiteront pour exhumer leurs habits de fête. D’autres, pas gênés, s’y essayeront en jeans et baskets, tant pis pour les puristes. Mon tango à moi ? Des œillades charbonneuses de beautés métisses, des danseurs au corps à corps, de jeunes fauves au débardeur trempé, des ravageuses à la peau couleur rhum, des gominés tirés à quatre épingles.
Un, on regarde. Deux, on apprend. Trois, on pratique. C’est simple, non ? D’abord, il y a les orteils qui gigotent dans la chaussure. Puis le pied s’énerve sans raison, le pouls se calque sur le tempo et la tête scande en silence un oui rythmé et insistant. Oui à la musique, oui à la danse, crieront les fous guinchants. Oublié le lumbago des années de crise. On se frotte ardemment aux hanches chaloupées des tangueros. Reviens, poupoule, reviens ! Le buste bien haut, on se laisse envahir par la musique avant même d’esquisser le premier pas. Un imperceptible dandinement, d’un pied sur l’autre. C’est le signe qu’on va s’élancer. Le cavalier doit conduire sa partenaire avec douceur et fermeté. Yeux dans les yeux. Résonnez musettes. L’heure est à la guinche à mille temps. Baloche géant pour gens heureux. La danse, seul grand art de masse ?
Pas besoin d’être un de ces mauvais garçons qui hantent, dit-on, les bouges de Buenos-Aires, ni une femme fatale pour se fondre dans le tango, pour danser et s’étourdir toute la nuit. Frissons garantis. Communion œcuménique, fraternelle, juste pour de merveilleux instants : ravers, bobos et pépés gambillant sur un même rythme, cela va si bien à Lille. Une sacrée dérouillée. Pas une tranche d’âge ne fera tapisserie. Renversant, non ?
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