Du chaudron du Palace au frigo de la techno

Publié le par Guy Le Flécher

Grace Jones, alors épouse de Jean-Paul Goude, y a lancé sa version de la « Vie en rose » et Amanda Lear, son « Follow me » : quand Fabrice Emaer, un temps lillois au comptoir du tabac de la rue Lepelletier, ouvre à la fête et à l’excès son Palace parisien de la rue du Faubourg Montmartre, en 1978, la grande vague du disco a déjà fait des ravages outre-atlantique. A New-York s’était ouvert le Studio 54, temple de la danse festive, gay et poudreuse, qui fut aussi le tremplin de la house américaine.
Paris attrape le virus à la fin des années 70, tandis qu’à Lille s’ouvrent le Beau Bouquet et le Bel Ouvrage. Tandis qu’on y dansait le ska dans la bière éventée, à la télé, la playmate de Stéphane Collaro faisait son strip-tease avant le journal de 20 heures, les écoliers se passionnaient pour une série d’animation futuriste « Ulysse 31 » et les Forbans se hissaient en haut des hit-parades, avec des paroles on ne peut plus simplettes, « Chante, chante, chante et mets tes baskets ».
A 18 heures tapantes, Radio Lille 80, encore interdite, lançait ses émissions. A peine l’émetteur, toujours mal réglé, brouillait-il l’écoute de la légale Fréquence Nord, au son d’Antisocial du groupe Téléphone, que déjà la police pointait son nez au coin de la rue Gosselet pour une nouvelle perquisition de la MNE (Maison de la nature et de l’environnement), qui accueillait en son dernier étage, les joyeux lillois pirates des ondes.

Dans des atmosphères interlopes, où se promenaient jusqu’au petit matin des célébrités, des destins brûlés, des gloires éphémères et fragiles, une culture parallèle annonçait les années branchées, marquées par l’arrivée de la gauche au pouvoir en France. Le magazine Actuel découvre la scène rennaise et notamment le groupe Marquis de Sade, mais aussi que « les jeunes gens modernes aiment leur maman ».
L’épopée Palace va s’affaiblir avec la mort de Fabrice en 1983, après cinq ans de fête absolue, sur fond d’apparition du sida et de hausse de chômage. On s’y rendait régulièrement comme d’autres, ensuite, iront danser « C’est ecsta » au Boccaccio de Gand. Le Palace ne  fermera définitivement ses portes qu’en 1996 après quelques tentatives de redressement.
Très vite, tout a changé. Loin, et si proches des nuits sans tabou du Palace, les jeunes gens des années 80, petite cravate fine et posture dandy, sont gagnés par la technologie, la froideur des machines, les synthétiques Kraftwerk. Les musiques froides et électroniques ont le triomphe facile. Pas vraiment un changement de siècle. Tout au plus, un passage de génération…
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