Lézards de terrasses

Publié le par Guy Le Flécher

Deux races de consommateurs. Il y a ceux qui pratiquent tout au long de l’année, le coude à coude au zinc, dans cette fiction d’entente avec le patron ou le barman retrouvé chaque jour, histoire de ne pas rester en rade. Et puis il y a les lézards de terrasses, adeptes du farniente ou de la bronzette. Des intermittents qui savent tenir le siège. Ceux-ci n’apparaissent qu’à certaines époques de l’année, quand le soleil leur fixe rendez-vous. Dès 11 heures, ils peuvent répondre présent et d’installer côté pair de la place Rihour, adresse de saison, haut-lieu de villégiature pour terrasseurs. Leurs quartiers généraux s’appellent alors Café de Foy, Bistro Romain ou Métropole. Mouillage idéal à l’écart des coups de vent, de klaxon et de gueule. Ceux qui ne trouvent pas place à ces terrases prises d’assaut rejoignent les amateurs d’ombre au Leffe ou au Khédive. Au milieu de l’après-midi, tout change. Le soleil chauffe côté impair, et selon ses goûts, on traverse ou non. Entre-temps, à midi pétante, courir squatter une table pour manger sur la Grand-place, dans le virage de la Voûte. Ou se replier sur le Vieux-Lille, lieu de retrouvailles de refaiseurs de monde, de rebelles sans cause mais sans pause, de rombières encore adolescentes, de lolita déjà usées, de bananes flambeuses et de maquillages diaboliques.

Voir et se faire voir. Traîner au soleil, un verre à la main, l’air absent, seul ou en compagnie. Prévoir de rester plus longtemps que prévu. Se plonger dans la lecture d’un journal. Décrypter les conversations d’à côté. Porter son regard sur ceux qui passent. Suivre des yeux les jolies filles en robe légère, courte coquinement transparente et les jeunes hommes en t-shirt soulignant pectoraux et biceps. Une foultitude affairée ou désoeuvrée. Qui traîne, qui freine. Qui passe et repasse. On fait halte en terrasse pour se retrouver soi-même, retrouver les autres. Et le garçon prend les commandes, encaisse au fur et à mesure, passe en coup de vent, fait du vent, bise fraîche et réconfortante. Sous le soleil exactement.
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