Au bonheur des autres

Publié le par Guy Le Flécher

107 ans après son acte de naissance officiel, l’association ne s’est jamais aussi bien portée. Conçue comme un maillon essentiel de la démocratie, elle s’est aussi révélée comme un formidable outil de développement culturel, sportif, social et économique. Cela, les rédacteurs de la loi du 1er juillet 1901 ne l’avaient pas imaginé. Dans sa simplicité, la loi sur les associations a ainsi traversé le siècle sans que, finalement, on trouve meilleure définition de ce que peut être une liberté publique.

Serions-nous ainsi faits ? Quand on ne s’accouple pas, le reste du temps, on s’associe comme des bêtes. On dépose sa « décla » à la préfecture. Après quoi, on rameute sa bande dans une brasserie qui fait des prix. C’est alors le début de la « vie associative », toute une existence vouée au plaisir en groupe. Les spécialistes prétendent que les associations seraient fécondées par des mâles dominants et des femelles dynamiques. Ils savent distinguer le Militant Laïc, le Catholique Pratiquant, la Femme au Foyer, l’Ami des Arts. Sans oublier le Retraité Qui n’a Rien de Mieux à Faire.

On s’associe pour encourager la crémation des corps et l’animation en milieu rural, gérer les structures de rock et les salles de rap, défendre les arrêts de bus et les classes menacées de fermeture. On s’associe pour célébrer le genièvre ou la race boulonnaise, pour défendre son voisin ou préserver son vis-à-vis. Pour danser au son de l’accordéon ou « réfléchir aux défis posés par le troisième millénaire ». On s’associe parce qu’on est chauve ou parce qu’on est barbu. Afin de préserver la camaraderie chez les anciens de St-Luc. En vue d’un idéal ou dans l’idée d’être vu. Dans le but de restaurer des églises ou des gens qui ont faim. On s’associe pour louer des grands hommes ou louer des autobus… Nul domaine n’est interdit aux Gens Réunis, lesquels s’associent également pour le goût de s’associer : la sexualité de type 1901 a toujours revendiqué le droit au plaisir.

Un plaisir solidaire. Quand tout fout le camp, qu’est-ce qui reste ? Nous, et les autres. Si ce n’est l’humanité entière, au moins quelques-uns de ses (plus beaux) spécimens. Pragmatiques ou militantes, mais plus que jamais en quête de sens, les associations cultivent l’engagement civique hédoniste. Et, tant qu’à faire, s’ingénient à conjuguer leurs propres passions et compétences au profit des autres. Les registres ne manquent pas, les assoc’ non plus. Y a autant de fun que de boulot !
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