Passez par la maison-Folie !
Longtemps les habitants du quartier de Moulins ont souhaité que l’on préserve de la dégradation lente et menaçante, cette ancienne brasserie des Trois Moulins, dont le pignon en pas de moineau la distinguait de la rue d’Arras. Et ils ont obtenu davantage qu’un sauvetage puisque la brasserie a été transformée en maison-Folie, un lieu polyvalent pour accueillir toutes les cultures et tous les projets des habitants du quartier.
La création de douze maisons-Folie, dont deux à Lille (à Moulins et Wazemmes), a été un chantier ambitieux et emblématique de l'esprit collectif et novateur de Lille 2004.
Si les Mondes parallèles ont été la colonne vertébrale de la Capitale Culturelle, les maisons Folie en sont les murs porteurs. Avec un triple pari politique, social et culturel. Garder d’abord la mémoire de lieux patrimoniaux, après le travail de deuil nécessaire à la digestion d’une désindustrialisation cruelle. Insérer ensuite dans l’histoire de la reconversion de la métropole, des quartiers fortement touchés par la crise, mais riches d’un passé ouvrier et cosmopolite. Fédérer enfin toutes sortes d’échanges artistiques et festifs et accueillir des expériences inventives, celles qui font bouger les arts, des écritures qui bousculent, qui font feu de tout bois. Avec l’espoir que dans ces maisons Folies se rebâtissent les décors d’aventures miraculeuses.
On peut y recevoir comédiens, musiciens, plasticiens et autres artistes en résidence. Quoi de plus convivial qu’une brasserie ? S’y succédent aussi bien performances, spectacles et expositions en tout genre. Passé le porche, moderne bien que discret sur la rue d’Arras et le bâtiment de gauche habillé de métal, la cour pourrait être celle d’une ferme. L’ambiance tient plus de la campagne que de la ville. Idéal pour l’accueil de « petites formes ». Autour de la « grande cuve », rappel du passé brassicole, des salles de dimensions différentes et dans le fond une bulle-cuisine-salle-à-manger. Le brassage est toujours de mise : brassage des activités, des associations, des cultures, des habitants et des artistes.
A lieux rénovés, idées novatrices. Maisons Folie, nouvelles cours des petits miracles. De la cavalerie légère face aux lourdes et tentaculaires institutions culturelles. Dans ces espaces un peu chimériques, places aux idées et aux rêves. Des choses pour voir, des labos pour essayer, des éprouvettes pour mélanger les sensibilités. Avec, on l’espère, une volonté farouche de toujours briser les lignes droites, de mélanger les disciplines dans un fourre-tout expérimental, plutôt joyeux, décloisonnant, fouineur et insolent.
Zone de confluences donc que ces petites unités de production, là où la création est encore en chantier et se laisse mieux entrevoir. Où se retrouve tout un monde cocasse, étrange, drôlissime, fouillis, farfelu, incongru, potache et formidablement érudit. Où l’on peut vivre au quotidien le travail en cours : tâtonnements et errances compris, cela dévoile la fragilité émouvante des premières fois. Il faut suivre de près ces lieux de recherches, d’expériences, de résistances - pourquoi pas ? - qui ont à grandir face aux vents et marées de l’académisme.
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