Sûre Logan, ne voiture rien venir ?

Publié le par Guy Le Flécher

Quand j’étais enfant, les parcs automobiles fleurissaient de berlines aux noms de baptême royaux et évocateurs : Vendôme, Beaulieu, Vedette, Chambord. Une « Onze légère » qui démarrait sur les chapeaux de roue ravivait la mémoire de la bande à Bonnot. Le tableau de bord de la 4 CV était spartiate. La Dauphine atteignait les 116 km/h sur l’anneau de Montlhéry. La 2 CV Citroën se passait de joint de culasse et de distribution d’allumage. Je ne sais pourquoi ces images me sont revenues à l’esprit, lorsque l’autre jour, j’ai passé une matinée au volant de la Logan, la voiture cheap de Renault fabriquée en Roumanie par des ouvriers trop peu payés et qui ont raison de faire la grève pour être augmentés. La Logan, c’est un peu la voiture des riches des pays pauvres qui cartonne chez les pauvres de notre  pays riche.

 « Sûre Logan, ne vois-tu rien venir. Ne voiture rien venir ? », n’ai-je cessé de me répéter en boucle, dès ma ceinture bouclée. Sur les pavés saillants, j’ai donc essayé la seyante auto. Un moment aussi fort en suspense que la traversée du canyon surplombé d’Indiens dans les westerns de John Ford. 123 km entre Douaisis, Cambrésis et Denaisis. Par endroits, la route semble avoir été bouleversée par un tremblement de terre : fractures, ravinements, ornières. Un parcours d’obstacles et d’embûches, concocté par les responsables de chez Renault, avec des pleins et des déliés, des virages à tout crin. Un parcours comme tiré d’une diabolique pelote de laine commandée par internet à la VPC de Roubaix.

L’enfer du Nord est pavé de mauvaises trépidations. Les roues claquent à chaque pierre bossue, moussue et pointue. Un tronçon de quelques kilomètres, source de souffrance pour les amortisseurs, qui vous donne l’idée de ce qu’éprouve le lingot d’acier dans un laminoir. Tord-boyaux et coupe-gorge. Secouant rodéo en auto. La direction est un peu flottante, d’autant qu’elle est non assistée. Les mains bien accrochées au volant se mettent à trembler. Chaque vibration envoie un message aux muscles, répété caillou après caillou, afin que la leçon soit bien comprise et l’essai, concluant. On embraye, on débraye, on freine, on accélère : des images de pédale comme il en est d’Epinal. On tente les 80 km à l’heure. On passe. Avalés les nids-de-poule, les arêtes vives et les affaissements de la chaussée causés par l’existence souterraine de galeries minières. La Logan passe. Fièrement et en souplesse, en hommage à deux siècles de charbon. On se sent gladiateur terrassant les fauves. Issu d’une cuisse de Jupiter, sinon des deux.  On est passé. On retrouve le goudron. On regrette de ne pas avoir embarqué ses potes de bureau sur la banquette arrière où peuvent prendre place trois adultes d’1,90 m.

Habitable (un coffre de 510 litres !), robuste et fiable, la Logan roule à l’économie. Alors que depuis des années, les constructeurs font de nos quatre roues des petites bombes électroniques bourrées de gadgets improbables, d’informatique à tous les étages, de clim’ pour toutes les saisons, d’airbags latéraux et collatéraux, la Logan roule sur le marché français, résolument à contresens. Ou plutôt dans le bons sens, celui qui veut qu’une bagnole, cela serve avant tout à se déplacer. De quoi séduire tous ceux qui ont un rapport rationnel à l’automobile et pour lesquels le prix est un facteur clé :  à tous les coûts, Logan !
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