Pizza lutte
La différence entre la pizza Venezia made in France et la roue du scooter tient au caoutchouc du pneu. Seul le diamètre est semblable : 18 inches et 2/3. Et les rayons : 8 parts prédécoupées. La pizza est chaude. Elle doit toujours être chaude. Arriver chaude. Entre trente et quarante minutes après la commande, dans son mini container climatisé. Thermostatique et vélocité. C’est pourquoi le livreur de pizzas est essoufflé après cinq étages grimpés quatre à quatre et porte un casque qu’il n’ôte pas devant les dames. Pas par impolitesse : ce garçon (qui a déjà vu une livreuse de pizzas ?) lutte contre la montre. C’est pizza lutte. Préparez l’argent ou remplissez le chèque avant son arrivée, filez-lui un pourboire, un sourire, un merci. Ce livreur n’est pas un commissionnaire, un rien du tout qui apporte la quatre-fromages ou la tomate-jambon-champignons, non, ce garçon est un corps physique qui se bat contre le temps perdu. Un météore spatio-temporel oublié par Einstein. Un type qu’il serait de mauvais goût de retarder.
Il est très sympathique. Il a déjà multiplié les petits boulots après un doctorat à l’université ou quelques mois de prison. Sans rancune contre la société, puisqu’il apporte leur en-cas à des nantis trop feignants pour faire le marché. Un héros de notre époque bousculée. Un chevalier du futur. Il connaît par cœur les halls d’entrée de tous les appartements de la métropole. Ce garçon sur deux roues avec micro-ondes incorporé connaît mieux la ville qu’un employé de la voirie. Couloirs de bus pris à rebrousse-poil, pistes cyclables à contre sens, contre-allées en slalom, trottoirs interdits mais empruntés, il doit passer. Embouteillage ou pas, il passe. Comme l’aéropostale de Mermoz. Lui, il risque sa peau sur son scooter. Aux âmes bien nées, la vitesse n’attend pas le nombre de cylindrées. Nouveau Rodrigue, il va, court, vole, et nous, on mange.
Il est très sympathique. Il a déjà multiplié les petits boulots après un doctorat à l’université ou quelques mois de prison. Sans rancune contre la société, puisqu’il apporte leur en-cas à des nantis trop feignants pour faire le marché. Un héros de notre époque bousculée. Un chevalier du futur. Il connaît par cœur les halls d’entrée de tous les appartements de la métropole. Ce garçon sur deux roues avec micro-ondes incorporé connaît mieux la ville qu’un employé de la voirie. Couloirs de bus pris à rebrousse-poil, pistes cyclables à contre sens, contre-allées en slalom, trottoirs interdits mais empruntés, il doit passer. Embouteillage ou pas, il passe. Comme l’aéropostale de Mermoz. Lui, il risque sa peau sur son scooter. Aux âmes bien nées, la vitesse n’attend pas le nombre de cylindrées. Nouveau Rodrigue, il va, court, vole, et nous, on mange.
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