"Mary Stuart " par Stuart Seide au Théâtre du Nord

Publié le par Guy Le Flécher

Une reine à bout de souffle après 20 ans d’emprisonnement ; des domestiques cupides qui se disputent ses derniers bijoux… C’est que leur maîtresse n’a, jamais, non plus, été tendre. Capricieuse princesse d’Ecosse, la très catholique Mary Stuart (1542-1587), éphémère épouse de François II et souveraine de France, lutta sa brève vie durant pour retrouver et conserver son pouvoir sur la terre de ses ancêtres ; et, pourquoi pas, aussi, sur celle de sa cousine Elizabeth, bâtarde d’Henry VIII, sévère et protestante reine d’Angleterre, chahutée par le destin, déchirée par le pouvoir.

 Laquelle Elizabeth, magnifiquement rendue par Cécilia Garcia Fogel,  finit par condamner à mort son intriguante parente, une des femmes les plus romanesques, les plus cultivées de son siècle. Mary Stuart a brûlé sa vie. Avant de se sauver in extremis, de se libérer enfin, par une mort offerte à Dieu, vibrante de mysticisme, prenant soudain l’allure royale qui la fait entrer dans la légende. Comme dans une arène, Mary (Océane Mozas), hagarde et frémissante, promène une détresse obsédée de sainteté. Elle va en direct, sans artifice, devant nous, au bout du chemin. Elle s’offre, se donne. Et son jeu colle admirablement au personnage.

Loin de toute reconstitution historique, Stuart Seide a conçu son spectacle comme une fable universelle qui met à nu les mécanismes du pouvoir comme servitude et le conflit entre l’intime et le public : il était une fois une reine qui emprisonnait une autre reine… L’une, redoutée et autoritaire, a renoncé à sa vie de femme pour gouverner aussi librement qu’un homme. L’autre suscite passions et fascination.

A partir de cette guerre impitoyable que se livrent deux femmes qui ont chacune du sang sur les mains, Friedrich Schiller (1759-1805) écrit, en 1800, une épopée haletante et place l’humain au cœur des enjeux politiques. Surtout, il imagine à l’acte III « la » rencontre-confrontation des deux lionnes qui ne s’est jamais produite dans l’Histoire, mais qui se fait sur la scène du Théâtre du Nord, envahie de vraie terre. Presque un ring où s’enchaînent, se déchaînent et se fracassent rivalité amoureuse, jalousie et haine réciproques. Sous les yeux d’amants, d’amis et de conseillers comploteurs ou traîtres : neuf beaux rôles troubles, sournois, machiavéliques parfois, parfaitement interprétés et mis en scène.

En retraduisant le texte allemand, Stuart Seide a opté pour un mélange des deux premiers actes où, chez Schiller, les reines se présentent successivement. Ce montage alterné de textes  fait ressortir la symétrie des enfermements respectifs de ces femmes qui, finalement, ne font que subir : l’une dans la geôle austère de l’humiliation, l’autre dans la cage dorée de son palais, toutes deux dans le même sombre et minimaliste décor. Un texte magnifique et violent, du théâtre trépidant et captivant.

. Mary Stuart de Friedrich Schiller, mise en scène de Stuart Seide. Jusqu’au 31 janvier, www.theatredunord.fr

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