Le 6 décembre 2003, l'avénement de Lille
Déjà au petit matin du 6 décembre 2003, la ville s’était réveillée un peu bizarre. Pas comme d’habitude. Des tulipes immenses avaient poussé à Euralille, toutes sortes de fleurs avaient pris le pouvoir dans les musées et au palais Rameau, des arches avaient envahi la rue Faidherbe, des géants s’habillaient en public place des Buisses ; des journalistes venus de partout déboulaient tout essoufflés des TGV ; des gens de télé, caméra au poing, tournaient en tout sens ; d’étranges robots saluaient Martine Aubry et ses invités, déjà sur le pied de guerre, dès 8 h 30. Et la gare était rose, dites donc ! Oui, la grande verrière de Lille Flandre s’était drapée de rose, baignant les voyageurs d’un halo pourpre. A moins de cinquante mètres, la rue Faidherbe était devenue une piste d’envol vers les étoiles. Des petits robots protéiformes, des voitures incroyables avaient élu domicile dans un ancien tri postal, tandis que d’étranges manifestations, Satellite des sens, Estaminet-dînette, Microfolies, Lumières d’artistes, étaient signalées un peu partout dans la ville. Identification du syndrome : Capitale Européenne de la Culture, les majuscules à chaque mot s’imposent. Nom de code : Lille 2004. Objet : créer un nouvel art de vivre par le partage d’émotions. Et en finir avec un Nord triste, grisâtre et recroquevillé. Programme : plus de 2000 événements en 200 lieux différents, à Lille, dans toute la région et même en Belgique, au rythme de trois saisons. Un petit grain de folie dans les paysages, les habitudes. Un peu de rêve. Histoire de renouveler notre perception du quotidien, de la ville, de nos relations aux autres. Un petit bonhomme aux pieds bottés va nous faire entrer dans des mondes parallèles, en sautant les anneaux de vitesse. Faudra le suivre. Il va nous entraîner dans une folle sarabande. On y va ? Fêtes donc !
La ville est en émoi. L’éclosion des tulipes est éphémère. Sauf à Lille. Tulipomania, folle passion qui durera en 2005 et plus longtemps encore. D’autres sculpteurs de lumière ont été invités à faire de l’ombre aux étoiles : ainsi a-t-on rhabillé la porte de Roubaix et installé un anneau de couleurs à l’ilôt Comtesse. Pendant un an, Lille n’aura de cesse de se déguiser, de se scénographier, et surtout de se transformer durablement. Avec cette furieuse envie de casser joyeusement la grisaille qui colle toujours aux pavés du Nord. Non, de mémoire de Lillois, on n’avait encore jamais vu cela. Et l’on n’était pas au bout de nos surprises.
Voyez aussi les centaines de bannières, d’étendards, flammes et oriflammes, aux couleurs de Lille 2004, accrochés à des mâts plantés dans les villes. Hymne coloré au textile du Nord, rambla du vent, forêt de toiles. Promenade urbaine, rembla, nouvelles « lignes de ville », lieux de circulation, d’animation, de vitalité. Les plus grands voyages ne sont pas forcément les plus lointains, les utopies peuplent la planète 2004. Le merveilleux habite la ville.
Cela faisait déjà quelques mois que Lille avait choisi de sacrifier un peu de confort, de circulation notamment, sur l’autel de la beauté. Se faire plus belle pour aller danser à la Saint Nicolas. Pendant que les pierres des monuments, la rue Faidherbe et le quai du Wault faisaient leur toilette, les cerveaux bouillonnaient dans l’équipe de Didier Fusillier. Maintenant, tout était prêt. A disposition. Lille 2004 donne les ingrédients mais à chacun de prendre. Après les années d’efforts qui ont vu la renaissance du Vieux-Lille et la création d’Euralille, laissez-passer pour ce nouveau siècle, la capitale des Flandres va s’offrir enfin le temps d’une pause pour la contemplation et le plaisir. Alors, allons-y, il faut y aller, il est temps. Personne ne sait ce que nous réserve le temps. Pour l’heure, l’attention monte. Il faut descendre dans la rue, nez au vent, juste pour voir. Voir la ville autrement. Etre soudainement plongé dans une autre ville, une autre ambiance, par la magie de la métamorphose et des décors. Les arches en ce moment, les enseignes chinoises bientôt, la forêt suspendue et les bambous plus tard, pour une relecture festive des rues, des places et des parcs à travers de grandes architectures toujours plus surprenantes.
Fille aux sangs mêlés, qui fut bourguignonne, espagnole et française depuis 1667, Lille ne cache rien de ses origines, ni de ses métissages. Au premier rayon de soleil ou au moindre prétexte, la ville descend dans la rue. Aurait-elle la fibre méridionale ? Déjà ce rendez-vous dominical aux marchés du Concert ou de Wazemmes. Et puis, comme un flot continu, cette foule qui arpente le centre et le vieux Lille, lèche les vitrines et se pose aux terrasses de Rihour. Enfin, la fameuse Braderie de septembre qui donne à la ville la fièvre acheteuse et comme un air de souk. C’est ainsi : la culture lilloise est collective. Aucun événement social, politique, culturel ou sportif n’échappe à la participation de tous. Cela a été le cas pour Lille 2004. Le petit peuple de Lille, dont la situation sociale dans le passé, n’a pas toujours été facile, a fait de sa cité une ville chaleureuse, qui aime les beaux-arts. Tous. Ceux de ses pierres, de ses bâtiments, ceux de la table et de la vie, la musique, le théâtre, la danse. Gaie et animée, Lille aime mener joyeuse vie. Elle ne s’est pas privée en 2004. Un an avant le fameux 6 décembre des bals blancs, on s’est mobilisé dans la ville pour préparer l’événement, on s’est projeté dans l’avenir. L’équipe de Lille 2004 a multiplié les réunions d’informations dans les quartiers. A Wazemmes et à Moulins, des ateliers urbains de proximité réunissant les habitants ont préparé l’ouverture des maisons Folie. Les associations débordaient d’imagination. L’alchimie s’est accomplie et le rêve s’est installé progressivement dans les esprits. Oui, les Lillois, les Nordistes vont étonner le monde entier !
En fin d’après-midi, aux premiers signes de l’obscurité naissante, la foule a déjà tout envahi. Voici le moment des vertiges nocturnes, de la naissance de Lille 2004. Ouverture sur la nuit, basculement des passions. Alors, la place de la gare, la Grand Place, les rues et les boulevards se sont mis à tanguer comme une barque au mouillage, mêlant toutes les musiques, tous les spectacles. Scène éclatée. Cacophonie de sons, de langues. Charivari de gens. Carnaval en grande pompe et dans la tradition flamande. Fanfares nocturnes, farandoles géantes, défilés cosmopolites : jolie démonstration de vitalité.
Une journée tellement particulière. Et puis cette inoubliable nuit. Une déferlante de sons, de feu et de lumière a bousculé Lille. L’a transfiguré. L’a fécondé. La grande parade et les bals blancs ont rassemblé le 6 décembre, près d’un demi million de personnes dans les rues de Lille pour le lancement de la nouvelle capitale européenne de la culture. Ce qui est grand se fait à plusieurs, et même à beaucoup. Les cathédrales, les films, les pays, les révolutions. Et la fête, alors !
La baguette ouverte, Jean-Claude Casadesus à la tête de 1035 musiciens et choristes, a tiré le premier, face à la gare. Lille Flandre, symbole des départs et des arrivées en terre d’accueil et de travail, des brassages de populations. Hommage à celles et ceux qui ont traversé le hall, transité par les quais pour des mobilisations, des retours, des retrouvailles et des séparations. Lille Flandre, centre du monde ? Le Nord-Pas-de-Calais, ancienne région de mineurs, aujourd’hui terre d’illu-mineurs !
On avait voulu un lancement musical. Il fut magistral. La braderie puissance 6 ! La ville s’est lâchée. Une explosion dans la ville, l’éclosion d’une vraie grande fête. Lille, une scène gigantesque où chaque spectateur interprétait son propre rôle, au milieu de façades à transformations qui prenaient tout à tour de nouvelles figures.
Ils étaient des dizaines de milliers. Une foule compacte, mouvante, agglutinée, grossie sans cesse par ceux qui arrivaient. Il y avait des sourires sur les visages, des enfants, des pardessus, des moumouttes, des casquettes relevées sur les fronts, des gens riants, des gamins sur des épaules. Il faisait grand froid. Ils étaient maintenant des centaines de milliers, une foule d’hiver. C’est un homme que la cohue emporte. Il est prisonnier de la foule. Il est jeté au milieu d’elle. Il est cerné en son cœur. Elle lui fait cortège. Il est poussé. Il pousse. La foule pousse. Elle se referme. Il est happé.
Des participants venus de tous les horizons ont rejoint les Lilloises et les Lillois pour faire de Lille un centre de création débridée, de plaisirs et d’émotions partagés où s’esquisse la ville de demain. Les artistes sont là aussi. Ils sont le sel de la différence, ils tourbillonnent dans la diversité, transbahutent les cultures, inventent l’incroyable, mettent des bonnets multicolores à nos dictionnaires encravatés.
Une marée humaine ultraconcentrée. Tout a commencé en bleuté. Dans le bleu de la nuit. Ce soir-là, il n’était pas difficile de mettre le feu à la ville. Malgré le froid piquant, les Lillois sont venus massivement faire la fête, pour la plupart habillés de blanc. En habit blanc. Parfois un simple drap avec un trou pour passer la tête, des tenues de ski et des survêtements. Des fantômes et des lutins en bande, des fées, des robes de mariée, des bonshommes de neige, des tenues de cuisiniers et d’infirmiers… Ou les simples ponchos ou K-way Lille 2004. Lille l’allumée ! Un véritable ballet de sons, d’ambiances urbaines et d’innovations techniques. Lille la blanche, noire de monde pour une nuit à nulle autre pareille. Ce soir-là, partout en France et à l’étranger, on a parlé de Lille !
600.000 participants, au bas mot. Le chiffre n’est pas gonflé. Lille ne goûte guère cette tendance méditerranéenne et accablante à l’exagération. Ce soir, les Lillois se sont lâchés. Ils ont jeté aux orties leurs vieux complexes. Fièrement, ils se sont réapproprié « leur » ville. Et chaque Lilloise, chaque Lillois a voulu participer au réenchantement de sa ville. Cela n’avait que trop duré : la morosité, les désastres industriels. Depuis une génération pourtant, la chronique de l’extinction annoncée des richesses était démentie par de vigoureux sursauts, prélude à la véritable renaissance en cours. Retoquée sur la dernière ligne droite dans sa course aux Jeux Olympiques à laquelle toute la ville, toute la région s’était livrée à corps perdu dès 1995, Lille a décidé qu’avec le titre de capitale européenne, peut-être obtenu en lot de consolation, peu importe, ce nouveau rebond serait le bon !
Blanc. Immaculé, le blanc est d’ordinaire la couleur du vide, du silence (un « blanc » dans la conversation), c’est une absence de couleur, une page qui appelle l’encre. Pourtant, le blanc est le contraire de ce qu’il a l’air. Il n’y a pas plus métissé que le blanc, puisqu’il naît de la somme de toutes les couleurs. Tel est son paradoxe. Le blanc est exception : qui a vu le loup blanc peut se vanter d’avoir surpris l’inconcevable et, Moby Dick la terrible baleine fascinait par sa couleur d’écume. La Dame Blanche, visiteuse de nos nuits blanches, n’est-elle pas la poésie ? Peut-être est-ce pour l’invoquer que jadis vint l’habitude de brandir un drapeau blanc pour arrêter le fracas des batailles ?
20 h 15, la tour du Crédit lyonnais s’est embrasée et la parade a démarré en direction du quai du Wault et de l’Esplanade, où les pyrotechniciens du Groupe F ont signé un feu d’artifice grandiose. Sur le parcours balisé par les arches futuristes de Jean-Claude Mézières et les images projetées sur l’Opéra et la rue Nationale, des chars de feu, des géants, des animaux marins, des Gilles précédaient une foule compacte, aspergée de neige par huit canons installés sur la Grand-Place.
A l’épicentre de la fête : la rue Faidherbe, devenue promenade entre gare et citadelle. Quand ses artères s’enfièvrent, la ville toute entière vibre, s’ébroue, chauffe jusqu’à ébullition. Une pointe de démesure, de folie baroque et le goût du tourbillon jusque dans l’excès.
La Grand Place a résonné des compositions de Pierre Henry, le grand-père de la techno ! En 1958, il avait déjà son home studio et passait d’un microsillon à l’autre. Pionnier de l’électro, il reste l’un des plus grands bidouilleurs de sons. Depuis plus de 50 ans, il classe ses sons comme d’autres leurs scarabées. Bestiaire ! Fréquences improbables, sons venus d’un autre monde : sa musique électro-acoustique nous fait voyager en soucoupe volante. Une gueule à la Victor Hugo, à l’Orson Welles ou à l’Arrabal, Pierre Henry est un petit homme étrange qui vit dans un univers digne du celui du Facteur Cheval. « Messe pour le temps présent » (1967), œuvre-phare. Premier au hit-parade classique pendant deux ans.
Entends-tu maintenant les musiques du Brésil, l’accordéon de Wazemmes ? 1000 et une danse. Tango pour tous. C’est ainsi : la fête est un besoin naturel. Cela met du liant dans les rapports, du rose aux bonnes grosses joues du quotidien. Elle n’est jamais superflue et la frivolité est parfois une forme de politesse. 2004 vaut bien un peu de joie, un rien d’ivresse.
Et vous, en étiez-vous ? Où étiez-vous le 6 décembre 2003 ? A Lille, bien sûr, discothèque à ciel ouvert. En joyeuse compagnie de toutes les Cendrillon, de tous les princes charmants dansant l’éveil de 2004. La rue Nationale avait pris un air de rave party. Techno et disco. La nique à la nuit et au froid. Par intermittence, le quai du Wault crachait des gerbes de feu. Lille, toutes flammes dehors !
22 h 42. Repeindre le ciel. Jolis orages de couleurs qui éclatent au-dessus des têtes, les feux d’artifices ne font pas que les beaux soirs de l’été. Escarbilles blanches ou de couleurs, averses d’étoiles, fulgurantes comètes, un festival de surprises. Mille paillettes virevoltantes éclairaient la nuit. La tête vers le ciel, on attendait la suite qui doit toujours être plus belle, plus étonnante. Yeux qui plissaient, mains qui applaudissaient.
Feu-folie, élément vital associé à tant de mythes ! Feu-spectacle, moment hors des normes, hors du commun, hors du raisonnable. Entendre cette respiration de la foule, voir les gens éblouis qui restaient muets, ceux qui trépignaient d’enthousiasme, et puis quand ça a été fini, la foule qui se dispersait et cette odeur qui restait… Incroyable : à Lille 2004, on commande aussi à la lumière et aux ténébres !
Le feu d’artifice a la particularité d’être éphémère. Et sans doute tient-il une grande part de sa beauté de son caractère fugitif. On a à peine le temps de déchiffrer dans la nuit du ciel, cette écriture du feu, qu’elle s’est déjà effondrée sur elle-même, diluée. Son nom dit sa nature. L’artifice, c’est la feinte, c’est quelque chose de fragile, parce que trompeur, comme un maquillage. Un rien, et il disparaît. Et de même que la sueur, la pluie, les larmes le détruisent sur un visage, le feu d’artifice ne résiste pas aux intempéries. Mieux encore, selon le vieux principe qui veut que le feu et l’eau soient d’irréductibles ennemis, il n’existera pas. Il lui faut pour se développer, croître et faire le beau : le vide, le calme. Le noir absolu. Pas un souffle de vent.
Toujours, le feu d’artifice est prétexte à de joyeux rassemblements qui, d’être nocturnes, n’échappent pas à la polissonnerie. C’est aussi un élément de la fête. D’être galante lui donne encore plus d’attraits. Cette calligraphie céleste, sur fond d’étoiles, dans la douceur des nuits d’été, clôt généralement, des festivités bien définies comme le 14-juillet, alors que sous l’Ancien Régime, l’événement était plus capricieux, soumis aux affaires de famille du souverain régnant : mariages, naissances, baptêmes, exploits militaires.
La pyrotechnie est aux confins de l’artillerie et des arts plastiques. L’odeur de la poudre y confère quelque chose de viril, éveille des souvenirs chez les plus aptes à s’enflammer pour les épopées guerrières. Elle est donc aussi au carrefour de la mort et de la galanterie.
Les hasards du vocabulaire, qui ne sont jamais innocents, veulent qu’artillerie et artificieux (qui cherche à tromper) voisinent dans les pages des dictionnaires. Il n’y faut pas voir malice, mais le public ne répugne pas à ces grands bains de foule, où le feu les berne, puisqu’il n’est rien qu’un instant de combustion qui ne laisse après lui que quelques débris au sol et, dans les yeux, des paillettes d’ivresse. Ecriture des allégresses, écriture des illusions. Apollinaire confondait bizarrement le tir d’artillerie et le feu d’artifice qui fêtait la victoire. Et du même coup, de trouver « jolie la guerre ».
Direction les bals blancs. Pour danser et s’étourdir toute la nuit. Le buste bien haut, on s’est laissé envahir par la musique avant même d’esquisser le premier pas. Un imperceptible dandinement, d’un pied sur l’autre. C’est le signe qu’on allait s’élancer.. Résonnez musettes. L’heure était à la guinche à mille temps. Baloche géant à la mairie pour 7000 personnes. Des gens heureux. Sur scène, un bar tenu par Alain du Carré des Halles. Juliette Kapla, Françoise Patch, Solo Gomez, les filles sont belles. Les garçons, itou. Avec la Bande à Paulo, celle de Gérard Buisine, le Tarif Dékalé et la Compagnie du Tire-Laine menée par Nono, c’est la musique dans tous les quartiers de la ville depuis 25 ans, qui se retrouvait là. Tous potes. Communion œcuménique, fraternelle, juste pour de merveilleux instants : ravers, bobos et pépés gambillaient sur des gavottes ou des bourrées. La guinguette swinguait sous les tonnelles du beffroi. 35 musiciens entre la java bleue, la musique tsigane, le jazz, Dutronc et Ferré… Tout est possible. « Emmenes-moi au bout de la terre… »
D’abord, il y avait les orteils qui gigotent dans la chaussure. Puis le pied s’énervait sans raison, le pouls se calquait sur le tempo et la tête scandait en silence un oui rythmé et insistant. Oui à la musique, oui à la danse, semblaient crier les fous guinchants. Oublié le lumbago des années de crise. Reviens, poupoule, reviens ! L’accordéon à Paulo reprenait du service. Oui, on dansait en mairie. Et pourquoi pas ?
Un rock endiablé, un cha-cha déluré. Ca dansait aussi à la Chambre de commerce, avec Claude Thomas et l’esprit des Folie’s, le cabaret chéri des Lillois. Au bal, les corps se balançaient, se frôlaient et se séparaient au rythme de l’orchestre. Tango, square Foch. Certains l’aiment chaud…Un pas en avant, deux en arrière, je chaloupe et tu bascules, jambes tendues, reins cambrés.
Entretemps, le 6 est devenu 7. Réveillé en sursaut par le silence du dimanche. Des gens vont râler, c’est sûr. Trop de silence. « C’est mort ce matin ! ». Il y a des gens qui disent cela. « C’est mort, le dimanche ». Pas de bruit. Que du silence, c’est mort. « Quoi de neuf ? », j’ai demandé à mon marchand de journaux. « Ben, j’ai pas très bien dormi », il a répondu. « Non mais… dans le monde », j’ai insisté, « quoi de neuf dans le monde ?… ». Et là, il s’est souvenu, « Ah si… Lille 2004 ».
Ce matin-là, tous les journaux de France et du monde titraient sur l’événement. En une nuit, Lille avait accédé médiatiquement au rang de capitale et s’était hissé aux côtés de ses sœurs nordistes, Londres et Bruxelles. Lille révélée au monde ! Mieux qu’un événement, c’était un avènement. Le 6 décembre, c’est le sacre de Lille.
Et cela ne faisait que commencer. Le début d’un étrange phénomène que personne n’arrivera à endiguer ni à résumer. Chaque fête allait en déclencher une autre. Et le rythme des inaugurations de toutes sortes n’allait pas faiblir. Au contraire, tout allait s’accélérer, les anneaux de vitesse étaient en marche, l’étincelle allait embraser la région, Lille avait mis le feu alentour. Rien ni personne ne pourra l’éteindre. Lille révélée au monde ! Mieux qu’un événement, c’est un avènement. Le 6 décembre, c’est le sacre de Lille.
Lille 2004, que ta volonté soit fête !
Publicité