Dany Boon casse el'baraque !

Publié le par Guy Le Flécher

Ce mercredi matin, 21 février, au bar de l’hôtel Hermitage-Gantois, après une nuit trop courte, on le sent fébrile, Dany Boon. Il a troqué pour un simple pull à fermeture éclair, le costume-cravate dans lequel il a visité la veille toutes les salles d’avant-premières de son film  à Lille, Lomme et Roubaix. Quand, entre deux cafés (sans bistoulle !), on lui prédit un immense succès, il n’y croit pas : « Si au premier jour de la sortie nationale (NDLR : le mercredi 27), on fait 40.000 entrées, je serais fou de joie ! » Il en fera 103.661 ! Et 440.000, lors du premier week-end d’exploitation. Incroyable. De quoi  lancer dans un couinement de klaxon mêlé au cri d’un canard enroué, ce fameux et retentissant « Hein ? » qui, désormais, résonne dans la France entière.

Pour bientôt 15 millions de français, qu’un simple film réunit dans une saine et commune bonne humeur, la boussole n’indique que le Nôôôôrd. Notre Nord plus humain qu’humide. On va voir « Les Chtis », comme on va à Lourdes, et le miracle est systématique. La salle rigole, s’émeut, applaudit. Et découvre que Biloute est à double sens et que Boubourse, ch’est pas si sympa que cha.
La chtimania s’est emparée du pays, mais aussi de la Belgique et de la Suisse. Tous entichés des Chtis ! J’vous dis pas quoâââ ! Le film-événement de Dany Boon est une œuvre d’hilarité publique qui affole les compteurs de fréquentation et s’annonce comme un phénomène historique du cinéma français. Un succès mérité pour cette déclaration d’amour aux paysages et aux habitants du Nord-Pas de Calais, ouverts et généreux qui ont su accueillir son père kabyle. Comme tout bon produit de terroir, il lui fallait, pour faire recette, des ingrédients de qualité. Autour d’un scénario joliment troussé, Dany Boon a mitonné, en grande quantité et sans dosage, tendresse, humanisme et authenticité. Il nous sert, « et vindious qu’ch’ est ben bon ! »,  une certaine idée du bonheur si sincère, si tolérante que les brouillards givrants des clichés dégradants doivent se cacher pour mourir.

Cette comédie sympach’tique nous touche parce qu’elle est populaire et intelligente, bien écrite, bien interprétée, drôle à braire (pleurer). En Nord massif, hein ! Avec rires et chaleur à gros bouillons qui daubent sans méchanceté le Sud arrogant, le soleil triomphant et les vins flamboyants ! On aime le rythme soutenu, la drôlerie tonique, l’efficacité ravageuse de situations et de mimiques habilement maîtrisées. La rencontre à grand braquet d’un directeur de La Poste parti emmitouflé « en exil » à Bergues et d’un facteur chti, amoureux transi et carillonneur épatant, déboule en trombe (de pluie) dans la légende des cycles et des réussites imprévisibles. Sans honte et sans que « 7ème compagnie », « Gendarmes de St-Tropez », « Astérix » et autres « Visiteurs » puissent même la ramener, le tandem Kad Merad-Dany Boon devrait rejoindre au record des tickets vendus, le duo corniaud ou vadrouillard que formaient Bourvil et De Funès. Pas impossible, hein ?

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