Veille de Pâques

Publié le par Guy Le Flécher

On ne rien d’eux. Rien. Il y a elle, il y a lui. Et la table éclairée par trois bougies mourantes. Des cierges de fête, semble-t-il. Un gros œuf en chocolat et tout plein de tout petits multicolores au sucre alcoolisé « C’est calme, c’est bien, demain c’est dimanche », dit-elle. Elle porte un chemisier panthère et un gilet siamois. Lui a mis un maillot rouge. Sur la table, deux bouteilles, des verres, des assiettes. Vides. « Oui, du jambon. Vous voyez, c’était bien », dit la femme. « Ben, oui, faut bien fêter Pâques ! », précise l’homme. Il allume un briquet. Il ajoute une flamme à une quatrième bougie. La table s’éclaire un peu plus. Il l’observe, regarde sa femme un instant. Un éclat triste, des rides jusque dans les yeux, les lèvres closes. Une petite radio est là, posée sur le buffet, il tourne le bouton. Il y a cet homme, cette femme, ces ténèbres, cette clarté vacillante. Et maintenant Charles Aznavour dans le poste. Il chante :
« Emmenez-moi au bout de la terre/Emmenez-moi au pays des merveilles/Il me semble que la misère/Serait moins pénible au soleil. »

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