Mourir d'amour à Wazemmes
Comme Véronique est mariée, ils se retrouvent le soir dans un café, le plus loin possible de son bureau, de son coiffeur, de l’école de ses enfants, du cabinet médical qui soigne sa famille, de son esthéticienne, de la tante de son mari et du garage de son frère qui est toujours dehors, en bleu de travail, à soulever des capots d’occasion et à vanter des batteries. Ils ont trouvé un petit bar discret dans une rue cachée de Wazemmes et ils restent là, main dans la main au-dessus d’un café et d’un jus d’orange.
Prendre des précautions l’ennuie un peu, surtout de devoir porter son pardessus le col relevé même en plein été ainsi qu’un chapeau qu’elle l’oblige à rabattre sur les yeux. Cela l’ennuie aussi de devoir beugler « Isabelle » dès que le barman s’approche, tandis qu’elle lui chuchote, verte de peur : « Appelle-moi Isabelle, mon amour, appelle-moi Isabelle, imagine que le serveur connaisse mon mari ! ». Cela l’ennuie aussi d’attendre une demi-heure après son départ pour attraper à Gambetta le métro qui le ramène à Rihour :
« Patiente un peu, mon amour, si Pascal l’apprenait, il me tuerait »
Tout cela deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, ça fait un an tout juste aujourd’hui , tout ça pour décrocher cinq baisers maxi, jamais ils n’ont fini au lit, jamais il ne lui a touché la poitrine, tout ça pour décrocher le téléphone qui le réveille en sursaut et entendre sa voix dans un chuchotement empressé : « Juste pour te dire très vite que je t’aime pendant que Pascal se lave les dents, au revoir ! ».
Tout ça aussi pour déjeuner, le dimanche au self service du coin de la rue de Tournai, sur des tables séparées, à deux allées de distance, sans pouvoir se regarder, elle avec son mari et ses enfants, et lui tout seul qui l’entend gronder son fils aîné : « Ne mange pas avec tes mains, assieds-toi comme il faut sur ta chaise ! » Et Pascal qui s’impatiente contre elle : « Laisse le gosse tranquille, Véronique ». Et de les voir supporter les braillements du plus jeune qui réclame un autre Coca, une autre glace, un autre gâteau, qui joue avec de petites voitures sur la table, « vrrrrroum ! », qui se promène dans la salle, qui se mêle aux gens, qui s’approche de lui : « Comment tu t’appelles ? ». Voilà Véronique au bord de l’évanouissement et Pascal dans un grand sourire d’excuse : « Pierre, ne dérange pas le monsieur ! ». Lui en souriant également : « Il ne me dérange pas du tout, ce petit ! » Le lendemain dans leur petit bar discret de Wazemmes, Véronique en oublie de sucrer son café, ses doigts tremblent : « Je suis sûre que Pascal a tout découvert, mon amour ! »
Et lui, il est sûr que Pascal n’aime pas Véro, qu’il va prendre sa valise un de ces jours pour aller vivre avec une collègue des impôts. Pascal qui se fiche pas mal que Véro soit avec lui ou qu’elle ne le soit plus. Pascal qui ne supporte plus les enfants, qui ne la supporte plus, qui serait incapable de passer le lundi et le jeudi en pardessus et chapeau à Wazemmes à boire du jus d’orange avec une paille, qui ne supporterait pas d’être réveillé en sursaut par le téléphone : « Juste pour te dire etc… » Il est sûr que les difficultés redoubleront pour lui quand Pascal prendra sa valise pour aller vivre avec une collègue des impôts. Alors, demain, il ira voir Pascal à la pause déje
Prendre des précautions l’ennuie un peu, surtout de devoir porter son pardessus le col relevé même en plein été ainsi qu’un chapeau qu’elle l’oblige à rabattre sur les yeux. Cela l’ennuie aussi de devoir beugler « Isabelle » dès que le barman s’approche, tandis qu’elle lui chuchote, verte de peur : « Appelle-moi Isabelle, mon amour, appelle-moi Isabelle, imagine que le serveur connaisse mon mari ! ». Cela l’ennuie aussi d’attendre une demi-heure après son départ pour attraper à Gambetta le métro qui le ramène à Rihour :
« Patiente un peu, mon amour, si Pascal l’apprenait, il me tuerait »
Tout cela deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, ça fait un an tout juste aujourd’hui , tout ça pour décrocher cinq baisers maxi, jamais ils n’ont fini au lit, jamais il ne lui a touché la poitrine, tout ça pour décrocher le téléphone qui le réveille en sursaut et entendre sa voix dans un chuchotement empressé : « Juste pour te dire très vite que je t’aime pendant que Pascal se lave les dents, au revoir ! ».
Tout ça aussi pour déjeuner, le dimanche au self service du coin de la rue de Tournai, sur des tables séparées, à deux allées de distance, sans pouvoir se regarder, elle avec son mari et ses enfants, et lui tout seul qui l’entend gronder son fils aîné : « Ne mange pas avec tes mains, assieds-toi comme il faut sur ta chaise ! » Et Pascal qui s’impatiente contre elle : « Laisse le gosse tranquille, Véronique ». Et de les voir supporter les braillements du plus jeune qui réclame un autre Coca, une autre glace, un autre gâteau, qui joue avec de petites voitures sur la table, « vrrrrroum ! », qui se promène dans la salle, qui se mêle aux gens, qui s’approche de lui : « Comment tu t’appelles ? ». Voilà Véronique au bord de l’évanouissement et Pascal dans un grand sourire d’excuse : « Pierre, ne dérange pas le monsieur ! ». Lui en souriant également : « Il ne me dérange pas du tout, ce petit ! » Le lendemain dans leur petit bar discret de Wazemmes, Véronique en oublie de sucrer son café, ses doigts tremblent : « Je suis sûre que Pascal a tout découvert, mon amour ! »
Et lui, il est sûr que Pascal n’aime pas Véro, qu’il va prendre sa valise un de ces jours pour aller vivre avec une collègue des impôts. Pascal qui se fiche pas mal que Véro soit avec lui ou qu’elle ne le soit plus. Pascal qui ne supporte plus les enfants, qui ne la supporte plus, qui serait incapable de passer le lundi et le jeudi en pardessus et chapeau à Wazemmes à boire du jus d’orange avec une paille, qui ne supporterait pas d’être réveillé en sursaut par le téléphone : « Juste pour te dire etc… » Il est sûr que les difficultés redoubleront pour lui quand Pascal prendra sa valise pour aller vivre avec une collègue des impôts. Alors, demain, il ira voir Pascal à la pause déje
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