Tousse pour tous ?

Publié le par Guy Le Flécher


Tout l’été, on a joué à la bataille virale : H1, N1…Touchés ! coulés ? Le serons-nous tous cet automne ? Tous les ans on nous dit que la rentrée sera chaude. Eh bien, cette fois, elle sera fiévreuse, ce sera crève générale pour tout le monde, si on en croit ce qui nous a déjà gâché l’été, cette « grippomanie » galopante et hystérique.

Rien qu’à voir les innombrables reportages aux portes d’une colonie de vacances dont deux gamins ont eu 38 ° C pendant deux jours (mais ils vont mieux, merci), on ressentait les affreux symptômes du fameux mal. Qu’on tousse à Tourcoing, qu’on frissonne à Montpellier, et on ne parle plus que de ça. Nous voilà quasi incollables sur le b.a.-ba du A, experts en nombre de contaminés, déjà adeptes du masque et des gants de protection, tous réunis autour d’une même devise : « Le mouchoir est à usage unique ! »

La grippe est née mexicaine, mais c’était trop angoissant pour les Mexicains ; elle est devenue porcine, mais c’était trop flippant pour les cochons et on a craint pour la chute du cours du jambon chez le charcutier. Puis on l’a appelée A, afin d’éviter l’incident diplomatique : l’alphabet ne proteste jamais. Grippe A comme Angoisse, comme Apocalypse annoncé. Une avalanche d’infos qui effrayent et se propagent encore plus vite que le virus. En fait, elle devrait s’appeler la grippe P, comme Peur, Panique, Psychose ou Paranoïa. Il faut bien exorciser les fantômes du sang contaminé et le syndrome de Tchernobyl ou celui de la canicule. Trop en faire aujourd’hui pour que le peuple n’ait rien à redire demain ?

On aurait pu aussi l’appeler la grippe R, comme Rumeur : jamais on n’a fait autant de bruit pour dire qu’on ne sait rien. Mutation du virus, pics de virulence, disponibilité et ordre de priorité des vaccins, limitation des déplacements, mobilisation des agents publics, qu’adviendra-t-il pour soi, ses enfants, l’école, le travail, etc : on connaît les inconnues de la pandémie, elles nous sont devenues familières ; et nous ne sommes pas plus avancés !

Certes, déjà dix morts en France, dix de trop. Que le feuilleton de l’été ne nous fasse pas oublier que les morts sur les routes sont à nouveau en augmentation (mais chacun s’en accommode), que le tabac tue de plus en plus (mais personne ne le sait), que la tuberculose est revenue, que le sida ne recule pas, qu’Alzheimer fait des ravages (mais tout le monde s’en fiche). Et lui, il court, il court, le H1N1. Il est passé par ici, il repassera par là…
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