C'est la crise

Publié le par Guy Le Flécher

Avez-vous déjà ouvert vos fenêtres un beau matin en lançant vers le ciel un soupir heureux : “Cette reprise du CAC 40, ma chérie, c’est que du bonheur !” Et elle, bondissant en peignoir de la salle de bains : “Waouh ! ça résiste fort dans un marché qui va encore rester nerveux quelque temps !

Avez-vous déjà entendu deux ménagères de moins de 50 ans se congratuler à la boulangerie d’un : “C’est une belle journée, madame Durand, le Dow Jones est à la baisse !” “Oui, d’autant, madame Dupont, que le Matif ouvre en hausse et que le CAC 40 résiste bien !” Et la vendeuse d’ajouter : “Et dire qu’hier le dollar s’échangeait encore à 105, 61 yens !”

Si tout cela n’a pas vraiment été l’objet de toutes les conversations, il n’en est pas de même de la crise. Ah ! la crise ! Paraît que le pire serait encore à venir… même si le pire a déjà commencé. Tout est allé tellement vite. Banques fragiles, entreprises fébriles, prévisions alarmistes, Bourses plongeuses. Dégringolade, remontée, mouvements de yo-yo. Déficit. Morosité. Restrictions. Récession annoncée. Régime jockey pour le bon peuple. Tour de vis. Finance, année zéro. Krach-bulle-hue ! Pas gai tout cela. Donc la crise. Des pertes de Kerviel à celles de Madoff, de la crise financière à la récession, arrêt  sur dommages :  un champ de ruines.

A perte de vue, ce ne sont que patrons lâchés sans parachute du quarantième étage de leur tour ; traders traduits en justice ; assureurs ayant perdu leur assurance ; financiers sans finances ; analystes incapables d’analyser ; gros cigares qu’on n’allume plus. Les enseignes s’éteignent, les sièges (sociaux) vacillent, les administrateurs ont les jetons. Pas fous, les golden boys, pauvres chéris cousus d’or, s’abritent de l’orage, n’abjurant rien, prêts à en recroquer dès que la météo de la finance-casino se fera plus clémente, ayant toujours foi dans les lendemains qui chantent l’argent pas cher.

Le bizness boursier n’est pas fait pour les premiers communiants. Leur job ? Un jeu de stratégie qui mélange réflexion politique, sniff d’air du temps et gestion du hasard.  Reste que tout donneur d’ordre qui cherche à voir son pécule fructifier, se fait complice implicite des licenciements et du maintien des paradis fiscaux. Donc, 2008 a été un festival – gore - d’implosions de banques ou d’assureurs, de perfusions de gouvernements ou de banques centrales. Un florilège – crade – de l’arrière cuisine du turbolibéralisme : cupidité et rapacité.

Ah, ce cru 2008… Vraiment historique. Il marque, pour ceux qui y croyaient encore la fin d’une illusion. Celle du mythe de l’autorégulation du capitalisme. Fin de l’illusion d’un contrôle des conseils d’administration, des agences de notation, des gendarmes boursiers. Vertige des dollars, vestige d’un monde. Le bateau ivre planétaire se cherche un cap. Il lui manque une boussole.


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