Agiles talons à la Vieille Bourse

Publié le par Guy Le Flécher



Lille a un faible pour les notes latines. Et le dimanche en soirée, des couples ont pris l’habitude de venir tâter du talon et se décoincer les articulations en dansant le tango sous les arcades de la Vieille Bourse. La plus métissée des danses, ce tango dont on a si souvent annoncé la mort et dont on fête tout aussi régulièrement la renaissance, y règne en maître. En plein air, ce qui est normal pour une danse née sur les trottoirs de Buenos Aires.
Si une mesure de la « Cumparsita » vous fait fourmiller le creux des reins, offrez-vous donc ici une fin de dimanche langoureuse. D’abord, il y a les orteils qui gigotent dans la chaussure, dès que les amplis sont branchés. Puis, le pied s’énerve sans raison, le pouls se calque sur le tempo. On se laisse envahir par la musique avant même d’esquisser le premier pas.
Oublié le lumbago des années de crise ! La danse à deux fait un come-back remarqué et nous flanque une sacrée dérouillée. On aime virevolter avec sa moitié (ou une autre). A pas glissés, visages fermés. Appliqués. Pénétrés. Pas besoin d’être un de ces mauvais garçons qui hantaient les bouges argentins ni une femme fatale pour se fondre dans le tango. Des gens de tous âges, tous milieux, tous gabarits sont au rendez-vous de la Vieille Bourse ou des « Bals à Fives » qui vont bientôt reprendre. Vertige de la danse : un, on regarde ; deux, on invite ; trois, on s’élance.
Simple, non ?
Le pied se tend et plie lorsque le corps chavire dans les bras du partenaire. Les pas ne sont que dérobades, assauts, tumultes maîtrisés de visages qui ne se regardent pas ou alors, se braquent yeux dans les yeux. Jeux d’approches et de reculs. On tangue haut, buste renversé, au bord du déséquilibre, jamais du désespoir. Corps à corps. Il faudrait que Lille, enfiévrée par la star latine, se voit relier par une ligne directe  à Buenos Aires. On s’en parle un prochain dimanche à la Vieille Bourse ?
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