Pas nuls, les jeunes !
- « Z’ont de la chance. Ils sont en vacances !
- Qui ça ?
- Ben, les jeunes ! »
C’est qui, c’est quoi, les jeunes ? Ceux qui accumulent les diplômes ou ceux qui collectionnent les petits boulots ? Ceux qui se mettent en couple ou ceux qui vagabondent ? Ceux qui raquent ou ceux qui rament ? Ceux qui râlent ou ceux qui rêvent ? Ceux qui ravent ou ceux qui rappent ? Ceux qui rockent ou ceux qui raïent ? Quand les mêmes ne font pas tout cela à la fois ! Et pourquoi ne pas écouter Mozart, en plus ? Et kiffer Brassens ? Et lire Hugo. Tout en dévergondant la langue française à coup de verlan, même quand on est khâgneux ou futur avocat ! Aimer aussi la bédé, la SF, les mangas, Truffaut et Chouchou, Diam’s et Johnny, Che Guevara et Joey Starr, Rubens et les graffeurs, le gand Will (Shakespeare) et le grand Bob (Marley). Zapper sur la culture comme on zappe sur la télé.
Tous différents, chacun tributaire de son histoire individuelle, mais un point commun : privilège de leur âge, ils s’adaptent à grande vitesse. Ils sont nés avec le chômage près du berceau, ils sont moins pris au dépourvu que leurs aînés. Le chômage aurait dû les abattre, ils l’ont apprivoisé.
Les voilà à l’affût de la bonne formation, du filon « génial », du tuyau « cool ». Ils font avec, c’est clair ! Mais ce n’est pas parce que la crise les a abonnés aux jobs éphémères que leur ambition s’en contente.
Passe ton bac d’abord ! reste un mot d’ordre valable. Ni fainéants, ni indifférents. Consciencieux ! Et mobiles ! Ils l’ont compris : un boulot pour la vie, c’est fini ! Mais ils ont la vie devant eux, ils auraient tort de ne pas en profiter. Puisqu’ils se coltinent le sida, la violence, le chômage, le scepticisme et le cynisme ambiants, la loi du marché, la vache folle et la planète qui se débine, pourquoi ne pas prendre plaisir à aller patauger dans la boue d’un champ, la nuit, en secret, pour transpirer par milliers aux sons saccadés d’une musique répétitive ? Les adultes ne comprennent pas, ils ne comprennent jamais rien.
« - Dis, fiston, c’est quoi un texto ? ». Internet et le portable ont changé la vie. Mais là où cette révolution n’évoque que plaisir et facilité chez les jeunes, quel embarras, quelle frayeur chez les adultes ! Au lieu de l’admettre, ceux-ci dénigrent. Mais payent. N’en finissent pas de payer : le forfait explosé et l’abonnement au net, les fringues et les vacances, les équipements sportifs et les psys, s’il le faut. On squatte l’appart’ des parents, on vide le frigo, on emprunte la bagnole, on amène son amour dormir « à la maison » et le lendemain, maman prépare le petit-déj’ pour tous.
Les plus paumés ne sont pas ceux qu’on croit.
- Qui ça ?
- Ben, les jeunes ! »
C’est qui, c’est quoi, les jeunes ? Ceux qui accumulent les diplômes ou ceux qui collectionnent les petits boulots ? Ceux qui se mettent en couple ou ceux qui vagabondent ? Ceux qui raquent ou ceux qui rament ? Ceux qui râlent ou ceux qui rêvent ? Ceux qui ravent ou ceux qui rappent ? Ceux qui rockent ou ceux qui raïent ? Quand les mêmes ne font pas tout cela à la fois ! Et pourquoi ne pas écouter Mozart, en plus ? Et kiffer Brassens ? Et lire Hugo. Tout en dévergondant la langue française à coup de verlan, même quand on est khâgneux ou futur avocat ! Aimer aussi la bédé, la SF, les mangas, Truffaut et Chouchou, Diam’s et Johnny, Che Guevara et Joey Starr, Rubens et les graffeurs, le gand Will (Shakespeare) et le grand Bob (Marley). Zapper sur la culture comme on zappe sur la télé.
Tous différents, chacun tributaire de son histoire individuelle, mais un point commun : privilège de leur âge, ils s’adaptent à grande vitesse. Ils sont nés avec le chômage près du berceau, ils sont moins pris au dépourvu que leurs aînés. Le chômage aurait dû les abattre, ils l’ont apprivoisé.
Les voilà à l’affût de la bonne formation, du filon « génial », du tuyau « cool ». Ils font avec, c’est clair ! Mais ce n’est pas parce que la crise les a abonnés aux jobs éphémères que leur ambition s’en contente.
Passe ton bac d’abord ! reste un mot d’ordre valable. Ni fainéants, ni indifférents. Consciencieux ! Et mobiles ! Ils l’ont compris : un boulot pour la vie, c’est fini ! Mais ils ont la vie devant eux, ils auraient tort de ne pas en profiter. Puisqu’ils se coltinent le sida, la violence, le chômage, le scepticisme et le cynisme ambiants, la loi du marché, la vache folle et la planète qui se débine, pourquoi ne pas prendre plaisir à aller patauger dans la boue d’un champ, la nuit, en secret, pour transpirer par milliers aux sons saccadés d’une musique répétitive ? Les adultes ne comprennent pas, ils ne comprennent jamais rien.
« - Dis, fiston, c’est quoi un texto ? ». Internet et le portable ont changé la vie. Mais là où cette révolution n’évoque que plaisir et facilité chez les jeunes, quel embarras, quelle frayeur chez les adultes ! Au lieu de l’admettre, ceux-ci dénigrent. Mais payent. N’en finissent pas de payer : le forfait explosé et l’abonnement au net, les fringues et les vacances, les équipements sportifs et les psys, s’il le faut. On squatte l’appart’ des parents, on vide le frigo, on emprunte la bagnole, on amène son amour dormir « à la maison » et le lendemain, maman prépare le petit-déj’ pour tous.
Les plus paumés ne sont pas ceux qu’on croit.
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