Monumental Dodeigne

Publié le par Guy Le Flécher

Artiste de renommée internationale, originaire de la région, le sculpteur Eugène Dodeigne est décédé la veille de Noël 2015 près de Bondues (Nord). Il avait 92 ans.

"Le Nord vient de perdre un de ses derniers géants", a indiqué Martine Aubry, maire de Lille, dans un communiqué. "En voyant ces silhouettes à la fois massives et élégantes dressées Place de la République à Lille, face à la Citadelle, au Palais des Beaux arts, on ne peut que penser au regard bleu d'homme du Nord, à la poignée de main si solide et si chaleureuse, à la pudeur et à la discrétion de ce grand sculpteur que fut Eugéne Dodeigne qui sut transmettre son humanité à la pierre", a-t-elle ajouté.

C’est la force expressive et la tension dramatique de l’homme en mouvement qui intéressait Dodeigne, et qu’il a inlassablement interrogée dans son oeuvre, qu’elle soit graphique, peinte ou sculptée. Il était un artiste complet qui tirait parti de toutes les techniques.

La sculpture de Dodeigne témoigne d’une recherche de monumentalité et de corps à corps avec la matière. Ses célèbres « groupes », robustes sculptures faites de larges pans et de facettes violemment éclatées, sont nombreux dans les villes et musées de la région (Lille, Dunkerque, Villeneuve-d'Ascq) mais aussi à Grenoble, Angers, Paris (jardin des Tuileries), Liège, Hanovre, Utrecht, Bâle, Bruxelles, Washington.

Né en 1923 en Belgique, très tôt nationalisé français, Eugène Dodeigne entame son apprentissage de tailleur de pierre à 13 ans, dans l’atelier de son père à Mouvaux. Il suit aussi des cours de dessin et de modelage à l’Ecole des beaux-arts de Tourcoing puis, en 1943, à Paris. Il s’établit définitivement dans le Nord en 1950, où il adopte dès 1955 la pierre bleue de Soignies comme matériau de prédilection, qu'il sculpte d'abord dans des volumes lisses et denses. Au début des années 1960, il emprunte la technique de la pierre éclatée qui le mène à une figuration abrupte et fortement expressive. Il expose dans plusieurs galeries parisiennes puis à Berlin, Hanovre, Rotterdam, Bruxelles et Pittsburgh. Dans les années soixante-dix, il évolue vers la monumentalité qui coïncide avec le développement simultané de la sculpture en plein air. Puis, il développe dans les années 1980 une expression originale en laissant apparentes, dans ses pierres monumentales, les traces des outils qui les ont dégrossies. Eugène Dodeigne était membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1999. Guy Le Flécher

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