Mardi 10 février 2009
J'aime Lisbonne et ses collines inspirées. La ville blanche monte et descend. Alors, on grimpe dans le tram 28 à l’assaut des collines de Baixa ou du quartier de l’Alfama. Et on attend son tour pour monter dans l’ascenseur néogothique de Santa Justa qui domine les toits rouges et le Tage bleu, rebaptisé « mer de paille » là où le fleuve s’évase en une baie de 11km de large, port naturel stratégique.

Il faut se laisser porter par la cité, en respirant l’iode et l’odeur de la bica, le café serré, au gré des becos, ces culs-de-sac où flotte le linge en étendard. Puis, admirer les façades d’azulejos des bâtiments romantiques. On entrera volontiers dans les tascas, ces authentiques bistrots populaires où l’on se gave d’escargots ou de sardinas grilhadas pour une poignée d’euros. On dégustera debout, parfois à même le trottoir la ginginha, la liqueur de griottes servie en de petits verres soufflés dans des boutiques étriquées d’à peine 6 mètres carrés. Il faut aussi faire honneur au porc frit aux palourdes et au cozido a portuguesa, délicieux et copieux pot-au-feu.

Avec ces créneaux de pierre blanche, la tour de Belem s’avance sur les flots. Telle une pièce d’échecs posée sur l’eau, avec ses loggias et ses tourelles, loin de l’agitation du centre ville. L’emblème touristique de Lisbonne veille depuis 1515 sur l’embouchure du Tage. Au temps des grandes découvertes, le fleuve a vu s’embarquer les navigateurs qui ont donné à Lisbonne ses heures de gloire. En 1497, Vasco de Gama mit le cap vers l’Inde. La longue façade dentellée du monastère des hiéronymites s’étire à l’endroit où il leva l’ancre. Une profusion de portes sculptées et de cordes, de coraux et de coquillages dessinés dans la roche rend hommage aux explorateurs portuguais.

Aujourd’hui, de la gare Santa Apolonia (au nord est du centre ville) à Alcantarâ, les quais du Tage et ses dockas devenus restaus et clubs branchés , symbolisent le dynamisme d’une capitale en pleine renaissance. Installés dans les anciens entrepôts en forme de maisons aux toits pointus, les cafés étalent leurs terrasses. Leur décor en teck et en faux cocotiers fait face aux bateaux de plaisance. Des flots de musique débordent des hauts parleurs.
Désaffectée, la zone portuaire d’Alcantarâ abrite de gigantesques bars et night clubs. La vue est imprenable sur le Ponte 25 Avril.

Depuis les années 1990, Lisbonne s’est à nouveau tournée vers son fleuve. Et c’est une nouvelle fois sur ses berges que la ville se rénove, exhibant au reste du monde sa jeunesse retrouvée. Pour l’Exposition universelle de 1998, les plus grands architectes aménagèrent 60 hectares en bordure du Tage, devenus le Parque das Naçoes. Des pavillons ultramodernes longent l’eau, survolés par les œufs d’un téléphérique. Au loin se profile le pont Vasco de Gama qui frôle le Tage sur 18 km.

Epicentre de la capitale, et toujours en bord de Tage, la Praça do Commercio s’ouvre à l’emplacement de l’ancienne grève, où l’on débarquait l’or, la soie et les épices. Sous ses arcades se niche le Martinho da Arcada, ce quartier qui date de la reconstruction du quartier de Baixa après le tremblement de terre de 1755. A l’intérieur, la table conservée de son plus illustre client, l’immense écrivain Fernando Passoa. De la place partent les rues tracées au cordeau par le marquis de Pombal.

En levant la tête, on découvre depuis le Rossio, la Praça de Figueira ou la Praça Martim Moniz, le château médiéval Sao Jorge. Ses remparts ocres coiffent toujours la colline d’Alfama, d’où la vue est imprenable. Du sommet dévalent ruelles et passages, flanqués de hautes maisons colorées couvertes d’azulejos. Ce quartier populaire a vu naître le fado. Aujourd’hui, sa réhabilitation en fait l’un des secteurs les plus prisés de la capitale portugaise. Si vous ne deviez faire qu’une seule promenade à pied dans la ville, choisissez l’Alfama, qui révèle le mieux son atmosphère particulière.

Appelés electricos ou transvias, les tramways sont une véritable institution. Ne quittez pas la ville sans avoir pris le n°28 qui serpente cahin-caha dans les rues étroites d’Alfama, de Baixa ou du Bairro Alto en grinçant dans les courbes. Un antique tram jaune et blanc aux bancs de bois, d’où le conducteur descend parfois actionner les aiguillages ou déplacer avec les voyageurs une voiture mal garée.

A Cais do Sodre, l’ancien quartier des marins, vous prendrez le train pour Estoril et Cascais et le bateau pour Cacilhas et ses célèbres restaurants de fruits de mer, de l’autre côté du Tage où se dresse un immense Christ debout. Pour la charmante Sintra, plus dans les terres, il vous faut prendre le train à la gare du Rossio.

On la croyait plutôt fado, la voilà devenue techno. On la pensait endormie, et voilà que ses nuits sont plus blanches que jamais. Petits bars cosy, lieux plus design, cafés artistes… Au cœur du Lisbonne historique, la colline du Bairro Alto est un terrain de jeux pour tous les noctambules. Dédaignant volontiers les boîtes à fado, aujourd’hui presque exclusivement réservées aux touristes, les Lisboètes s’y donnent rendez-vous en fin de semaine. Rua Dom Pedro, rua Do Diaro de Noticias, rua Da Norte ou rua Da Atalaia, vous trouverez sûrement l’inspiration pour la fête dans une atmosphère bon enfant et décontractée.
Par Guy Le Flécher
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