Mercredi 11 juin 2008
C’est un charmant village niché au cœur des Flandres, proche de Bergues, Quaëdypre, Wormhout et Herzeele. Entre église rénovée après incendie et château qu’on ne visite pas, une jolie place où trône la « Maison du Westhoek », à l’initiative de plein d’initiatives… d’animations.
Passé le « Bistro de Babar », voici, à gauche, le camping des roses, un écrin de verdure tenu par Daniel et Francine (1). Gîtes de belle qualité à prix modéré, étang de pêche et belle bande de Dunkerquois à laquelle se mêlent joyeusement à l’année, Lillois, Lensois et gens de l’Avesnois. Au hasard des mobil-homes, on croise Patricia et son
« Che », un sacré coco plus guevariste que nature, toujours prompt au coup de main, Cricri le roi des docks et Mimi la reine des fêtes, et puis Mumu, Momo, et même une Mama italienne. Sans compter Denise et Guy, Louisette et Martial, et bien d’autres «  mobil-boomers » de bel acabit, à la solidarité active.
Ceux-là se réunissent pour d’interminables apéros, de fastueux anniversaires, d’incroyables pétanques, de fabuleuses kermesses. Parfois, ils vont chez Régis et Marie en leur « Taverne du Westhoek » (2). Ils y dégustent de copieuses tartines, de juteuses andouillettes, de frémissantes carbonades biéreuses à souhait. Et, morceau de bravoure, un fameux jarret pour gourmet gourmand. S’y ajoutent des desserts comme des leçons de choses : mousses, crèmes, glaces et tartes.
Magie magique ! Il y a chez les restaurateurs ce regard clair, franc, chaleureux et surtout, cette joie immense de régaler celui qui passe par ici. Et qui repassera par là, à coup sûr. Je vous en prie : ces adresses là, gardez-les secrètes et ne dites à personne que vous souhaitez rencontrer Régis et Marie ou les joyeux drilles du camping d’Esquelbecq.

(1) Autoroute A25, sortie 16, direction Wormhout, Camping des Roses à Esquelbecq
(2) Près de l’église de Quaëdypre, tél.  03 28 68 68 14, ouvert du jeudi au dimanche, www.lataverneduwesthoek.com
Par Guy Le Flécher de Landevidarc'h
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 6 juin 2008

Salle comble, acteur comblé. Gilles Defacque, mignon en son palace, vient de terminer la première série de représentations de sa nouvelle création « Loin d’être fini » qu’il signe « de, par, malgré lui-même » En son Prato, baraque à cris, à mots et à poèmes, le clown revit sa vie en une succession jubilatoire d’autoportraits : lui et sa maman disant « Gilles, il est bien mais il est pas fini » ; lui à l’école primaire ou en famille ; lui, prof de lettres enseignant Andromaque et Tartuffe ; lui se lançant dans le théâtre, le cirque, la transformation d’une ex-filature (« mais où sont les ouvrières ? ») en salle de spectacle… Jolie polka de saison, sacré tohu-bohu, fameux cirque boum-boum,  j’vous fais pas le pitch ! Patron, ar’mettez-nous trois Beckett !

Avec ou sans l’accent chti, voix à la Dali ou à la Malraux, masque d’Arlequin ou habit d’opéra, nez rouge ou très gaullien, lunettes bien ajustées et non plus de traviole comme il y a 20 ans dans « Bégaiements », sa première autobiographie d’avant les nouvelles technologies, notre Cyrano volubilis, Don Quichotte à Moulins, moulin à paroles, homme de parole(s) s’en donne à cœur joie :  poétisant, jonglant, chantant l’ordinateur (« Wanadoo, t’es vraiment mon vrai doudou »), dissertant sur grand écran, commentant les diapos de sa jeunesse ou glissant sur le fil d’un mélancolique funambule. Tout en énergie, l’indien tapi secoue le tipi ! Et c’est « loin d’être fini » :  Gilles Defacque a encore beaucoup à dire, à gueuler, à montrer. Et certainement à écrire.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 6 juin 2008

16 juin 1842, un train relie pour la première fois Paris à Lille,
26 septembre 1993, le TGV met les deux villes à moins d’une heure. Deux dates symboles pour une histoire vieille de plus de 150 ans. Deux dates trop sèches pour dire combien l’histoire du Nord industriel et celle du chemin de fer sont parallèles. Combien ils ont vécu au même rythme.

Pendant des décennies, le train a accompagné le développement économique de la région, transportant vers la capitale le fruit de sa peine. Aux heures les plus sombres, il a conduit ses fils vers les champs de bataille. Aux heures où sonnait l’espoir des jours meilleurs, le train gagnait les plages du Nord avec les premiers « congés payés ». Aux petites heures du matin, il déverse toujours ses flots de travailleurs. Et à la fin des années 80, quand, après une période de mutation éprouvante, la région s’est remise à espérer en son avenir, le TGV est devenu porteur de son espérance. En 1993, le TGV-Nord replace notre région au cœur de l’Europe.

Pendant plus d’un siècle, le Nord-Pas-de-Calais a été l’un des pôles de l’industrie ferroviaire. Des forges de Cail, de Fives…, sont sorties les plus prestigieuses locomotives. D’autres encore ont porté bien haut la renommée du Nord. Mais de restructuration en restructuration, la liste des constructeurs disparus prend des allures d’appel aux morts. En 1993,  les machines les plus renommées ne sortent plus des ateliers du Nord, pourtant la région reste un haut lieu de la construction ferroviaire avec le métro automatique, la navette transmanche…

On imagine difficilement aujourd’hui à quel point, depuis son invention, le train a compté dans la vie des femmes et des hommes du Nord Pas-de-Calais. Le train et l’activité ferroviaire ont accompagné la véritable révolution industrielle engagée au milieu du XIXe siècle en irriguant profondément et durablement nos campagnes, en bouleversant l’économie, les habitudes et les modes de vie et en ouvrant la communication entre les villes. Objets de curiosité, de passions exclusives, d’enthousiasme ou de rejet, espoirs d’évasion, « trains de plaisirs » (comme on disait pour ceux qui emmenaient les vacanciers à la mer), mais aussi trains du textile, de la mine et de la sidérurgie, les trains du Nord-Pas-de-Calais sont intimement liés à notre Histoire, et à nos combats incessants pour tirer de cette terre le bonheur d’y vivre et d’y rester.

Il a fallu de l’audace pour ouvrir les villes au trafic, construire des gares, tirer des voies et vaincre des réticences irrationnelles. N’est-il pas amusant de penser que Jules Verne lui-même, l’écrivain pourtant visionnaire, s’était opposé en sa qualité de Conseiller Municipal d’Amiens au passage des trains dans sa ville !

Cet anniversaire a le mérite de rappeler que l’audace ne doit jamais manquer et que la nouvelle « bataille du rail » qui a été menée, dès 1986, par Pierre Mauroy pour le passage du TGV à Lille, c’est-à-dire au cœur de la capitale régionale et non à plusieurs kilomètres de là dans la campagne, était non seulement logique mais vitale pour notre avenir. Les élus de toutes collectivités, les représentants des chambres consulaires, les décideurs économiques de notre région et les représentants des mouvements sociaux ou associatifs qui ont rejoint Pierre Mauroy dès 1987 au sein de l’Association TGV-Gares de Lille l’avaient bien compris. C’est avec eux qu’a été mené et réussi un combat collectif qui a conduit l’Etat et la SNCF à prendre une décision favorable. Qu’il me soit permis, aujourd’hui, de rendre hommage à leur engagement et à leur clairvoyance.

C’est grâce au croisement des TGV à Lille que le projet Euralille a pu voir le jour avec ses promesses de développement économique pour la Métropole. C’est dire qu’à côté de cette autre réalisation dont il est le complément, le tunnel sous la Manche, le TGV symbolise véritablement la volonté de renouveau économique du Nord-Pas-de-Calais.

La France entière s’est enthousiasmée pour le TGV. Les performances de ce train lui rappelaient qu’elle était toujours un grand pays ferroviaire même industriel.

Au milieu des années 80, le Nord-Pas-de-Calais est plongé dans l’un des moments les plus difficiles de son histoire, pourtant, déjà bien douloureuse. La reconversion industrielle entraîne la fermeture des puits de mines, des compressions de personnels dans les ateliers, les usines sidérurgiques.

Quelques années plus tard, l’arrivée de ce train du futur, dans cette région, où tous les cantons, toutes les villes n’avancent pas d’un même pas vers le XXIe siècle, a été ressentie comme le signal tangible d’un avenir meilleur en Europe.

Conjuguée avec la construction du tunnel sous la Manche, l’arrivée du TGV est à l’origine d’un pari extraordinaire sur demain : la naissance d’un centre d’affaires, de commerces et de services autour de la gare de Lille-Europe. De sa réussite dépendait l’avenir de Lille dans l’Hexagone.

Lancé par Pierre Mauroy, alors Maire de Lille, ce pari a été favorisé par une prise de conscience collective loin de tout esprit partisan. Une fois n’est pas coutume, on l’a souligné, la région, ou presque, s’est retrouvée. Elle a su profiter de l’opportunité qui s’offrait à elle avec le passage de ce train. L’association TGV-Gares de Lille, regroupant des villes, des collectivités et organismes qui méritent d’être cités : Lille, Roubaix, Tourcoing, Villeneuve d’Ascq, Mons-en-Baroeul, La Madeleine, le Conseil Général du Nord, le Conseil Régional, la CCI de Lille-Roubaix-Tourcoing, Euralille, la SEM du versant Nord-Est, la CUDL, la CRCI, de nombreuses chambres consulaires, aménageurs publics, banques et organismes économiques et culturels..., a obtenu l’arrêt du TGV  à Lille.

Mardi 18 mai 1993,
un ciel gris devenu rapidement pluvieux règne au-dessus de Lille, tandis que les soldats du 43e RI attendent devant la gare de Lille, rebaptisée depuis quelques mois Lille-Flandres. 10h25, précédé de quatre rames bleu-gris venues de différentes villes de la région, le TGV présidentiel, barré de tricolore et du drapeau de la communauté européenne, entre en gare.

Accompagné de plusieurs ministres, François Mitterrand, le Président de la République, est accueilli par Pierre Mauroy, entouré de toutes les personnalités régionales.

Cette arrivée du TGV à Lille est l’occasion pour le Sénateur-Maire de mettre en exergue, quelques minutes plus tard, à l’Hôtel de Ville, le climat qui y a présidé : l’union de toutes les forces de la région « privilégiant la défense de dossiers d’intérêt général » contre les rivalités anciennes ou les clivages politiques « pour ne pas laisser passer cette chance ». Pour une fois, la région a su taire ses différences pour obtenir le passage du TGV à Lille.

Le TGV-Nord aurait dû être le premier à circuler en France. Son inauguration avait même été programmée pour le 1er janvier 1983, quand, dix ans plus tôt, Anglais et Français reprennent un projet vieux de deux cents ans, la construction d’un tunnel sous la Manche. Hélas, trois mois après son arrivée au pouvoir, face aux difficultés économiques rencontrées par son pays, le gouvernement d’Harold Wilson renonce à ce vieux rêve. Pour la SNCF, il n’est pas question de s’arrêter. Il y a trop longtemps qu’elle s’intéresse à la grande vitesse. En 1955, deux locomotives électriques ont atteint les 331 km/h. En 1972, une rame, très proche de celles du TGV du réseau Sud-Est, mue par une turbine à gaz, est parvenue à la vitesse de 3187 km/h. Enfin, ce nouveau marché suscite tant de convoitises qu’elle se doit de rester dans le coup.

A l’époque, le Nord s’imposait comme une région propice à l’exploitation des trains à grande vitesse. L’abandon de la construction du tunnel sous la Manche amène, cependant, la SNCF a privilégié l’axe Sud-Est où le premier TGV est mis en service en octobre 1981. Depuis mai 1981, l’alternance politique a joué et Pierre Mauroy est Premier ministre. Son action à Matignon va  être favorable à la région. Un an plus tard, on annonce la construction du TGV vers l’Atlantique et un projet de relation entre Paris-Bruxelles et Cologne est mis à l’étude en 1983.

Pendant toutes ces années, la réflexion sur la création d’un lien fixe sous la Manche s’est poursuivie et à l’occasion du sommet franco-britannique, les 10 et 11 septembre 1981, Margaret Thatcher et François Mitterrand relancent officiellement l’idée. Un groupe d’experts est chargé de reprendre les études économiques et techniques. Nouveau chapitre d’un feuilleton sans fin…

Cette fois, tout s’accélère. Pierre Mauroy quitte Matignon en juillet 1984. Un appel d’offres international est lancé, en mars 1985, pour la construction d’un lien fixe entre les deux pays. Le lundi 20 janvier 1986, à l’Hôtel de Ville de Lille, Margaret Thatcher et François Mitterrand annoncent le résultat de cet appel d’offres. Le 9 octobre 1987, le Conseil des Ministres décide de construire le TGV Nord qui desservira le Nord de la France, l’Europe du Nord et la Grande-Bretagne.

Bonne nouvelle pour la région ! Encore faut-il que le TGV passe par Lille. Pierre Mauroy en est convaincu… depuis qu’il a été élu Maire de Lille en 1973 . Je le cite :  « Autant la constitution d’une région en un écheveau multiple a été un atout au début de l’ère industrielle, autant s’impose aujourd’hui l’idée d’une région fortement structurée, avec une grande capitale, diffusant ses retombées sur l’ensemble des villes du Nord-Pas-de-Calais. ». Hélas la région ne se distingue pas par sa solidarité. Rivalités de beffrois, clivages politiques… ont souvent servi de prétextes au pouvoir parisien pour la bercer de paroles rassurantes plus que de projets d’envergure.

L’ancien Premier Ministre sait parler de sa région. Il a de l’ambition pour elle et il se montre persuasif auprès des milieux politiques et économiques. Dans la cas présent son argumentation est simple « Lille se trouve en haut du tronc commun qui reliera Paris à Bruxelles et à Londres. Donc le TGV doit passer par notre ville et s’y arrêter ». Ainsi, le 14 mars 1987, l’association « TGV-Gares de Lille » est-elle créée dans l’union la plus large. Autour du Maire de Lille se retrouvent bon nombre d’élus (14 villes de la région), mais aussi de décideurs économiques, de chambres consulaires et d’aménageurs pour amener le gouvernement et la SNCF à faire passer le TGV au cœur de Lille.

En décembre 1987, le Premier Ministre, Jacques Chirac, tranche en faveur de la capitale des Flandres. Il annonce sa décision lors d’un voyage à Lille : le TGV s’arrêtera au cœur de la ville, dans une nouvelle gare. Le surcoût de la traverse de Lille coûtera 800 millions de francs. 50 % seront pris en charge par l’Etat, 33 % par le Conseil Régional et 17 % par la Ville. L’arrivée du TGV a été souhaitée par toute la région, mais son tracé soulève quelques oppositions. A Seclin, à Lambersart, on s’oppose au projet retenu. Dans le Mélantois, on craint une dégradation de l’environnement, dans la banlieue Nord-Ouest de Lille, on réclame des protections phoniques. Des mesures financées par la Communauté Urbaine et la SNCF, sont prises pour réduire les nuisances : amélioration de l’aménagement paysager, création de murs antibruits. Si l’opposition ne désarme guère, le chantier de la gare démarre cependant en février 1990.

Ce train n’arrivera pas « dans la Pampa », selon une expression désormais célèbre,  employée par Pierre Mauroy… Mieux il arrivera dans le Lille du XXIe, et à quelques centaines de mètres du centre historique. Autour de la gare Lille-Europe, un nouveau quartier Euralille, centre d’affaires, de commerces et de services international, mais aussi lieu de vie avec ses appartements, ses écoles, ses équipements culturels et sportifs, son parc… , sera édifié.

Malgré l’importance du chantier qui s’échelonne de Paris à Lille, le TGV entre en service commercial avec quelques dizaines de jours d’avance sur le calendrier prévu. Je l’ai rappellé : le TGV effectue son voyage inaugural le mardi 18 mai 93 avec à son bord le Président de la République.

Et le 26 septembre 93, il y a très exactement 10 ans,  le TGV grignote encore le temps, Paris et Lille sont reliées en moins d’une heure. Mais cette fois, c’est toute la région qui en profite. Avec Cambrai et Calais, le TGV dessert 14 villes en direct : Arras, Lens, Béthune, Hazebrouck , Dunkerque, Tourcoing, Roubaix, Croix, Wasquehal, Valenciennes, Douai, Lille…

En 1994, le TGV mettra réellement le turbo. Pour la fin de cette année-là, les premières rames interconnextées assurent la liaison Lille-Lyon en 3h30. Le Tunnel sous la Manche ouvre en mai 1994. Filant à 300 km/h jusqu’à Calais puis à 160 km/h jusqu’à Londres, l’Eurostar met Lille à 2h50 de la capitale britannique. Enfin en 1996, le TGV-Nord est interconnecté au réseau Atlantique et Lille sera à moins de 30 mn de Bruxelles.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 6 juin 2008
En 2004, à Lille, ils ont réinventé un espace d’aventure en pleine ville. Ils ont réhabilité un usage ludique de nos rues en créant le dépaysement, le changement successif d’ambiances. Ils nous ont fait rêver, ils nous ont révélé la diversité de l’approche de la ville, ils y ont ajouté de la sensibilité et de l’émotion. Buren, Mézières et les autres : des « urbartistes », des enchanteurs du bitume. Toute une architecture éphémère, mêlant à des éléments fixes d’autres, évolutifs ou mobiles. Les métamorphoses ont investi, travesti la ville. Des projets d’artistes, de plasticiens, de designers pour propulser notre ville dans un décalage urbain. Lille cité mutante, ville en mutation, s’est remodelée au fil du temps et à coup d’imaginaire !

Lille brille, Lille pétille, Lille s’émoustille, Lille fourmille, Lille deux-mille-quatrille. Une ville, une vraie ville toujours avide d’inattendu. Excitante, troublante. C’est bien connu, à Lille tout est possible. Lille 2004 a entrepris de chambouler la ville et d’y disséminer partout des graines d’art contemporain.
Lille exalte toutes les émotions, la rue en déborde chaque seconde. C’est l’une des capitales de l’adrénaline. Lille, ville-monde ?

Attention, vertige ! Vertige visuel et spatial, sonore et temporel. Vertiges dans la rue, dans la nuit. La ville s’est transformée en théâtre. En un espace sensoriel, en un entre-deux temporel palpitant de mille idées, mille visions, mille illusions. A la fois plongé dans la foule et plongé dans l’imaginaire des artistes. Par moments n’avait-on pas l’impression d’être un de ces petits bonshommes des jeux vidéo, happé par une virtualité hypnotique ? Vertiges intérieurs aussi. Les artistes nous  ont baladé, nous ont dérouté, nous ont égaré. Mais on s’est retouvé. Comme si soudain toutes les architectures de Lille enfin se dévoilaient, devenaient visibles, lisibles.

La gare en rose

Au cœur de la ville et des anneaux de vitesse, la métamorphose de la gare Lille Flandres, lieu de retrouvailles et de transit, plongeait immédiatement les visiteurs dans l’univers Lille 2004. Au moyen d’éclairages ambiants et de filtres colorés apposés sur 10 000 m2 de verrières verticales et horizontales (charpente à 25 m de hauteur et larges fenêtres), Patrick Jouin a illuminé l’imposant bâtiment. Les voyageurs, baignés de rhodamine, couleur de Lille 2004, vivaient d’étonnants scintillements conçus par l’éclairagiste Hervé Descottes. Une idée simple, mais en même temps une signalétique assez radicale pour entrer en douceur dans la ville en fête. Quelque chose d’irréel, de doux, de rose. Rose aux joues, rose au cœur. Une ambiance qui donnait bonne mine. Une touche féminine dans l’univers viril des trains. Calmant et merveilleux. Merveille des techniques qui font rosir les voûtes au-dessus de vos têtes, autour de vous, autour des autres que, pour une fois, vous regardez.

La ronde de nuit
Au cœur d’un ensemble architectural plus que tricentenaire, à l’atmosphère de tableau flamand, Daniel Buren, l’homme aux fameuses rayures de 8,7 cm, a imaginé une ronde de lumière au mouvement perpétuel. Le cercle de 28 m de diamètre était composé d’un tube translucide recouvert de bandes adhésives (bien sûr de 8,7 cm de large), alternées blanches et rouges, dans lequel était fixée une guirlande lumineuse, soutenue par des mâts à 4 m du sol. Les ampoules s’éclairaient les unes après les autres, dans un mouvement rapide, infini et perpétuel. Un serpent de lumières au cœur d’un espace évoquant plusieurs siècles d’histoire. Festive, cette Ronde de nuit de Daniel Buren, tel un manège, métamorphosait l’Ilot Comtesse dès la nuit tombée. Une rave pour enfants, animée par Laurent Garnier y a été organisée pour la fête finale.

 Place des Bleuets, le hasard et les mathématiques avaient rendez-vous. Rigueur scientifique et poésie se sont unis pour créer des courbes de lumière en forme de pétales de rose. Un calcul d’angle à partir des décimales du nombre Pi (3,141592653589…) créait un joyeux enchevêtrement d’arcs lumineux de néon bleu sur les deux murs principaux de cette place emblématique, à la croisée de la ville ancienne et de la ville nouvelle. Avec cette installation, François Morellet, artiste que l’on dit parfois dadaïste, poursuit son exploration géométrico-mathématique pour une métamorphose urbaine pas si rigoureuse puisque les contraintes et systèmes qu’il s’impose sont « de préférence absurdes ».

Le chandelier en néon de Sarkis, artiste originaire d’Istanbul, reprend à l’échelle de 1/10° l’architecture de cet ancien écrin de verdure que fit bâtir Charles Rameau au 19ème siècle à la gloire de l’art et des fleurs. Comme une représentation mentale du lieu qui le contient, le lustre invite à une expérience où l’espace et l’œuvre s’interfèrent. Cœur éclairant de la serre du palais Rameau, vert comme l’idée de végétal, il habite l’espace jour et nuit, donnant l’impression que l’endroit est habité, au sens propre et figuré du terme. Le lustre installé par Sarkis sous la coupole de verre du palais Rameau fait écho à ceux de Gaetano Pesce, dont la générosité chatoyante réchauffe le vaste hall minéral du palais des Beaux Arts.

 Grâce au Travelling Métro de Bernard Godbille et Pierre Semal, aux stations Cormontaigne et Montello, les passagers étaient emmenés en microvoyage vers des villes lointaines. En pleine vitesse, ils découvraient des instantanés colorés d’univers urbains. De l’air dans les rames, voilà le métro qui vous offrait une perspective de voyage lointain. Un visage inhabituel de la rame, comme ouverte sur le monde. Cela commençait dans le schwartz total du tunnel où s’engrouffrait le métro. Soudain, du gris sourd et sombre, les images émergeaient et défilaient, très vite, trop vite puisque déjà on atteignait Cormontaigne.

En contrôlant avec énergie et subtilité les 1 880 néons de la Tour Lilleurope de Claude Vasconi, Kurt Hentschläger a fait de cette tour un jaquemart lumineux et hypnotique de 20 étages, visible à 30 km à la ronde, baptisé Nature 04. Comme jadis le colosse de Rhodes ou le phare d’Alexandrie, il annonçait aux voyageurs ferroviaires ou routiers l’approche de la ville de Lille. Symbolique repaire au milieu de la nuit. Insolite respiration d’une ville endormie. La turbine tertiaire chère à Pierre Mauroy, le nouveau quartier d’affaires entrait en scène dès le crépuscule. Et s’estompait aux premières lueurs de l’aube. Méditation sur l’architecture et le temps.

Avec La source d’abondance, François Boucq, Grand Prix du Festival de BD d’Angoulême, proposait un cœur gonflable, étonnant et émouvant. Fontaine extravagante, haute de 6,5 m, installée d’abord à Tourcoing, puis devant la gare de Lille. Au même moment, les Australiens de Bambucco plantaient leurs arches de bambous (30 m de haut), tout au long de la rue Faidherbe.

Dead Chicken  est un collectif d’artistes très connus en Allemagne, notamment à Berlin, où ils sont les stars du Mitte, le quartier où ils résident. Ils ont proposé une galerie de monstres composée d’une douzaine de créatures mécaniques, turbulentes, agitées, comiques ou effrayantes. Une ménagerie du troisième type, un zoo moderne pour un étourdissant théâtre d’humour décalé. Vous pouviez approcher sans reproche, vous ne risquiez que la peur.

Annette Messager manipule les objets et les images. Elle crée un rapport intimiste entre le quotidien et les rêves. Ainsi s’est-elle emparé de la salle des malades du Musée de l’Hospice Comtesse pour une installation mettant en scène les rêves et obsessions des anciens pensionnaires du lieu. Spectres, fragments de corps, dispositif sonore pour jouer de l’Histoire et des intimités. Un moment de poésie pure comme une indispensable bulle d’oxygène dans un monde asphyxié.
Annette Messager, née à Berck, est une artiste hors-norme, hors-jeu. Très sollicitée. En 2004, elle était aussi au Couvent des Cordeliers à Paris pour une expo autour du voile. En 2005, elle représente la France à la Biennale de Venise.

Façades, hall de la gare, tour d’Euralille, Porte de Roubaix, jardin Comtesse, place aux Bleuets ont été repeints à grands coups de filtres, de projecteurs, d’effets lumineux. Designers, architectes et artistes ont fait brillé la ville. Il ne s’agit plus d’éclairer simplement, cela se fait partout depuis qu’en 1878, Edison a inventé la première lampe à incandescence. Il s’agit de créer des univers singuliers, qui varient selon l’humeur ou l’heure. Au besoin de lumière s’ajoute le luxe de l’émotion. On ne parle plus d’éclairage mais d’ambiance. Créations ludiques, poétiques et polysensorielles.

Dès que tombe le crépuscule, la ville prenait d’autres couleurs. Un opéra cinétique. Une composition lumineuse. Des artistes ont réinventé les nuits de la ville, transformée en lieu de déambulation poétique. Sans paillettes, ni lasers. Jusque dans les lieux les plus incongrus. Des sculpteurs de lumière, des plasticiens manipulateurs d’une matière immatérielle. Aux antipodes des traditionnelles illuminations et des fastes tapageurs. A l’opposé des éclairages chocs qui submergent les villes de leurs flots impudiques. A Lille, de petites touches lumineuses.
A chaque intervention, l’artiste plonge dans les entrailles du lieu comme dans un organisme vivant. A la recherche de ses énergies cachées. Reste ensuite à traduire son identité en pulsations d’ombres et de lumières.

 Un stupéfiant mariage d’art et de technologie, qui réveille les imaginaires. Une nouvelle dimension donnée à l’espace : la vision nocturne est aussi une composante de l’ordonnancement architectural. Parce que la vie ne s’arrête pas au coucher du soleil. Parce que la lumière magnifie, métamorphose et suscite des états d’âme. Alors que depuis la nuit des temps, l’obscurité cristallise angoisses et fantasmes.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 6 juin 2008
A quelques minutes du centre de Lille, le restaurant de LA HOWARDERIE créé au sein de cette ancienne ferme flamande convertie en hôtel quatre étoiles de charme, vient de fêter sa première année d’existence. C’est avant tout l’heureux mariage des produits traditionnels et des saveurs du monde que l’on retiendra de la cuisine du Chef, RENE CENTONZE.

Homme du Nord, formé aux savoir faire des professionnels du Lycée Michel Servet, RE, après quelques expériences en restauration française, est allé à la rencontre du goût au Mexique, au Brésil, en Russie, en Espagne ou encore en Grèce. Dans chaque pays, et notamment dans des restaurants français, il a travaillé une cuisine faite de simplicité, sur la base de saveurs révélatrices et respectueuses des identités culturelles des pays qu’il découvrait.

En posant ses valises à Emmerin, René Centonze  apporte à une certaine tradition culinaire française toute la subtilité exhalée par les épices et autres ingrédients venus d’ailleurs, myrte, curcuma, coriandre, vanille, ….

C’est un camaïeu de cultures qu’il met dans l’assiette : dos de cabillaud croustillant sur bananes caramélisées accompagné de son beurre de coriandre aux raisins et soja, noix de saint jacques rôties au beurre de vanille, île flottante au cresson sur velouté de haricots lingots, et pour finir baba au vieux rhum ou encore un croustillant de nougat noir crème de spéculos et confiture de lait…
 
C’est une carte des vins éclectique que propose LA HOWARDERIE, allant des vins de terroir aux vins plus classiques, en passant par les grands crus. Les menus offrent la possibilité d’accompagner chaque plat d’un vin différent.
Compter un budget moyen de 45 €, verre de vin compris.
 
Dans un décor cosy où le contemporain n’occulte pas le charme d’une ancienne cense, le restaurant peut accueillir 35 couverts.

Tout savoir : www.lahowarderie.com
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 6 juin 2008

Au printemps 2002, le Palais des Beaux-arts de Lille a rendu hommage à l’un des plus importants peintres de l’impressionnisme, Berthe Morisot.

A travers une centaine d’œuvres (peintures, aquarelles, pastels) provenant des plus grandes collections publiques et privées, cette rétrospective, la première en France depuis 1961, retraçait l’ensemble de la carrière de l’artiste. Certaines œuvres n’avaient pas été présentées en France depuis la fin du XIXe siècle.
Berthe Morisot fut une figure majeure de l’impressionnisme : à partir de 1874, elle participe à toutes les expositions du groupe jusqu’en 1886, à l’exception de celle de 1879. Son art fut salué comme une des manifestations les plus pures de l’impressionnisme.
“ Fixer quelque chose de ce qui passe ”, telle fut l’ambition de Berthe Morisot. Enfants jouant dans des jardins fleuris, portraits de jeunes filles rêveuses, haltes à la campagne ou sur une plage : les protagonistes de cet univers étaient ses proches, sa famille, son époux Eugène Manet (frère du peintre Edouard Manet), et surtout sa fille, Julie.
Mais le peintre des jardins radieux était aussi une artiste tourmentée et exigeante. Pour Edouard Manet, qui lui consacra une fascinante série de portraits entre 1868 et 1874, elle fut à la fois un modèle et une inspiration. Le dépôt du portrait de Berthe Morisot par Edouard Manet consenti par l’Etat en avril 2000 au musée de Lille est à l’origine de cette rétrospective qui présentera également la quasi-totalité des admirables portraits qu’Edouard Manet réalisa de sa belle-sœur.

De sa main gauche, nue et repliée

Elle porte encore le deuil de son père. Une fine dentelle lui couvre les épaules et les bras, un trait de velours lui souligne le cou. Le ruban, la mantille, l’éventail, la chevelure sombre, la profondeur des noirs (1), mais aussi l’éclat de la lumière dorée sur la peau évoquent l’Espagne, un pays dont Manet est tombé amoureux. La belle jeune femme n’est pourtant pas espagnole. Elle s’appelle Berthe Morisot (1841-1895). Elle est elle-même peintre, participe régulièrement aux salons et à la première exposition impressionniste de 1874, mais ses oeuvres sont peu remarquées. Depuis 1868, année où elle pose pour « Le Balcon » (Paris, musée d’Orsay), la jeune femme est l’un des modèles de prédilection de Manet. Le maître qui jouit d’une réputation de scandale après les coups d’éclat du « Déjeuner sur l’herbe » (1863) et d’ »Olympia » (1865), peindra dix portraits de Berthe Morisot, entre 1869 et 1874.  Celui « à l’éventail » (huile sur toile O,61 x O,50, signé en bas à droite du monogramme : M.) que présentait le musée de Lille est le dernier. 

Comme appelée vers l’extérieur

Cette fois, Berthe Morisot semble surprise par quelque chose qui se passe dans la pièce, un intérieur bourgeois, couleur lie de vin, avec canapé capitonné et plantes vertes. Ou alors, est-elle  attentive à quelqu’un qui lui parle. Elle ne regarde plus, comme dans les tableaux précédents, celui qui la peint, à la fois par petites touches fines et larges coups de brosse dynamiques. Elle s’en détourne comme appelée vers l’extérieur. Etrange attitude. Il est vrai qu’un événement vient de bouleverser sa vie et marque un irrémédiable éloignement entre le modèle et Edouard Manet. Peut-être un adieu. Elle vient d’épouser Eugène, le frère de l’artiste. De sa main gauche, nue et repliée, où l’alliance apparaît bien visible, elle a saisi les branches d’un éventail, déployé dans un geste presque défensif. Une main qui prend une force particulière, comme si elle vivait seule indépendamment du modèle...
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 5 juin 2008
Un « Dictionnaire des femmes du Nord », premier du genre, vient de paraître. 843 femmes y figurent, répertoriées par Bernard Schaeffer au cours d’un long travail de trois ans qui l’a amené à consulter de très nombreuses archives, à recueillir des centaines de témoignages et à visiter ou à téléphoner aux 653 mairies du Nord : « Quelles sont les femmes qui ont marqué votre commune ? ». La question souvent déroutait. Puis, la mémoire revenait. « Mais oui, bien sûr, il y avait Unetelle… » Et c’était parti pour la grande histoire ou l’anecdote savoureuse. Il suffisait d’écouter, d’enregistrer avant de vérifier et de publier.  Bernard Schaeffer a ainsi rencontré beaucoup de monde, des maires, des enseignants, des spécialistes de l’histoire locale, des passionnés. Il s’est rendu dans les maisons de retraite pour glaner les souvenirs. « Le Nord se souvient de la vie de quelques héroïnes que les guerres ont placées pour l’éternité, au firmament de l’histoire », dit Bernard Schaeffer. « Et pourtant, tant d’autres femmes ont marqué de leur passage notre chère terre de Flandre. Tant d’autres sont demeurées dans l’ombre. Elles méritaient d’être mises en lumière ».
 
Bien sûr, il y a Jeanne Maillotte ou Louise de Bettignies. Et même Valentine Labbé : « Tout le monde la connaît, et pourtant elle n’a rien fait d’extraordinaire. Pas plus, pas moins  que d’autres grandes bourgeoises de son époque ! », s’exclame l’auteur qui préfére Sidonie (page 643) « qui a accouché tous les enfants d’Halluin ». Ou Madame Verlyck, d’Hazebrouck, qui jusqu’à sa mort à 91 ans, n’a jamais évoqué en public, le massacre sous ses yeux par les Allemands, de son mari et de ses 4 enfants. « Les femmes du Nord sont courageuses, ce sont des battantes », déclare Bernard Schaeffer, « elles méritent notre respect et notre reconnaissance ». Et de se dire ému par certaines, comme la militante et femme de militant, Martha Desrumeaux qui déclara un jour : « La mort de mon mari, c’est la seule chose que je n’ai pas partagée avec lui ». Il les aime, Bernard Schaeffer, ces femmes  «qui dans le Nord en valent deux  »,  ces femmes possessives (« Elles disent : je fais MON ménage, MES poussières »), mais tellement supérieures aux hommes, notamment ceux qui « traînent pas mal dans les bistrots ».

Ne cherchez pas telle ou telle femme d’aujourd’hui. A l’exception de l’épouse de l’auteur à qui est dédicacé cet énorme travail et de Line Renaud qui signe la préface, aucune femme vivante ne figure dans ce dictionnaire. Mais toutes les sensibilités ont été retenues :  grandes bourgeoises et simples ouvrières, artistes (la très belle actrice aux 70 films, Viviane Romance se prétendait danoise, alors qu’elle est née rue des Loups à Roubaix !), bienfaitrices, religieuses, résistantes, enseignantes (Ah! Ces extraordinaires directrices d’école qui marquent des générations entières!), politiciennes, syndicalistes, militantes, figures locales … Toutes, y compris les prostituées,  ont leur place dans ce Dictionnaire qui ne devrait pas en finir de grossir, « parce qu’il y aura toujours des femmes exceptionnelles ».

. « Dictionnaire des femmes du Nord » de Bernard Schaeffer, préface de Line Renaud, éditions Publi-Nord, 705 pages avec index et nombreuses photos. 37 euros. En couverture : Jeanne Maillotte et les Hurlus (gouache 69x54) de Léopold Simons (1901-1979).
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 5 juin 2008


Petit, nerveux, le cheveu mi-long, Jean Roulland est né en 1931 à Croix, dans une famille de la bonne bourgeoisie. Dès sa sortie de l’école des Beaux-Arts de Roubaix en 1952, il se lance dans la sculpture. Avec, à son actif, peut-être un bon demi-millier d’œuvres. Dont la statue du cardinal Liénart, en l’îlot Comtesse…

Des corps torturés, des visages tourmentés, des bouches suppliantes, des yeux à la recherche d’un secours, des christs sacrilèges, des chiens, des chevaux, mi-monstres, mi-bêtes… Des sculptures dispersées à travers le monde. Dans les musées, dans les galeries, chez des particuliers. Il en a simplement conservé quelques photos.

Derrière l’œuvre, derrière l’artiste, on devine Jean Roulland : déchiré, étripé. Meurtri aussi. Cet homme du feu, à l’image du four incandescent où il coule ses bronzes, a brûlé la vie à 850 degrés Celsius. Parallèlement au travail du sculpteur, Jean Roulland travaille le dessin alliant différentes techniques comme celles du pastel, du fusain, des encres…

« Ce que je veux, c’est créer et vivre passionnément », dit-il. Vivre avec passion. S’il ne sait en définir le sens, du moins sait-il en montrer l’intensité.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 4 juin 2008


Des photos, images intimes, secrètes ou familières, nous en avons tous, en témoignage du passé des nôtres. Et peu importe la qualité. Rien à voir avec ces images qu’on accroche aux cimaises, qui prennent corps et formes, parce qu’on les expose, parce qu’on les rend publiques, qu’on vient les voir, les admirer, les commenter. Parce que la photo, c’est un art.

Ainsi, jusque fin  juin, les entichés du cliché peuvent s’embrumer les pupilles grâce au  festival, à vivre et à admirer, des 7èmes Transphotographiques. Avec cette année, des regards au plus que parfait de l’objectif sur les représentations de la mode, riches de sens et d’interprétations. Mode et photos : deux univers créatifs croisés, deux mots qui vont si bien ensemble.

Pluralité de dialogues, étroitesse des liens tissés. Des regards surprenants et troublants. Affiche prestigieuse : Karl Lagerfeld, invité d’honneur qui occupe deux étages du Tri Postal, Peter Knapp, Agnès b., David Seidner au regard fort et poétique ou Adolphe de Meyer, premier photographe de mode… Et tant d’autres propositions artistiques, de
" L’Ange " au musée de la dentelle de Calais, avec ce clin d’œil lumineux  à notre nord textile, au savoir-faire de notre région, à son histoire sociale. Images de mémoires. De mélancolie, d’espoir aussi. Histoires racontées, montrées. Pluie d’images, autant d’approches et d’esthétiques.

Au-delà de la traversée de tous les types de photographie, les Transphotos, c’est aussi la traversée des frontières et des cultures et la richesse de ce cru 2008 confirme la place prise par ce rendez-vous incontournable  – réussite populaire et rayonnement culturel -  dans la vie artistique lilloise. De belles et élégantes rencontres et des émotions qui nous ravissent.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 3 juin 2008
Il y a à Lille, une boutique qui me fait rêver. Une boutique de chapeaux, de couvre-chef ! Ambiance feutrée.
On ne l’appelle pas le couvre-chef pour rien. De le porter haut sur la tête vous confère une espèce de dignité qui tient à sa forme. D’ailleurs, elle change selon les heures de la journée. Le feutre pour les sorties de l’après-midi, le melon pour les mondanités et même le haut-de-forme pour les soirées vraiment huppées. Côté monde, c’est pour la dignité. Côté société, c’est pour la fonction. Au chapeau, on reconnaît le rôle que joue le porteur. Au flic, le képi. Au pompier, le casque. Au facteur, la casquette. Tout y est codé. De la couleur au galon qui, naturellement, l’orne plus somptuairement à mesure qu’on grimpe dans les grades. Il y a en a qui passent leur vie à rêver sur le paquet d’or, par galon interposé, qu’ils obtiendront sur leur képi, pour services rendus à la société.

Les femmes mettent dans leurs chapeaux leurs fantasmes : au lieu de couvrir, il révèle. Ce qu’il y a dans la tête. Les folies de dentelle, de crépon, de fleur, de feutrine, de soie, d’organdi, de fourrures, qui confectionnent des palais de folie. Fragiles comme les porteuses. A leur image. Mais aussi au point de les effacer. Mettant tout dans leur chapeau, elles disparaissent dessous. Et derrière, quand il s’accompagne de la voilette qu’il était de bon ton, il y a quelques années de porter pour camoufler le visage. Un chapeau de femme, c’est comme un heaume. On disparaît derrière, on se cache.

Question : le chapeau est-il un ornement ou une arme ? A se demander pourquoi on le porte, pourquoi on s’en pare. Serions-nous sans chapeau, désarmés ? Alors, travailler du chapeau, c’est prendre garde ?

Pour coiffer au poteau la concurrence du chapeau, gagnant d’une course à perdre la laine, je n’en connais qu’un : c’est le béret, aussi chic que populaire, estampillé gaulois. Sexy en diable sur les boucles de Madonna, un peu moins chez Monica Lewinsky ou sobrement caritatif au sommet de l’abbé Pierre, signe d’ordre dans les armées du monde entier et de rébellion pour le Che ou les Black Panthers des années 60, le béret s’entête. Bien décidé à en découdre, il est toujours en usage, sans avoir changé de matière ni de forme, porté sur toute la planète mais symbole inamovible du Français moyen.

Difficile de trouver plus paradoxal que le béret. Il s’est imposé partout dans les milieux populaires et artistiques, dans les garde-robes féminines et dans celles des militaires. Inusable, chaud, léger, indéformable, facile à ranger dans la poche, transformable à l’occasion. mais excepté pour le troisième âge et quelques jeunes attachés à leur identité, son usage s’est perdu au fil des décennies, comme celui du chapeau en général.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés