Lundi 6 octobre 2008
Le Mondial de l’automobile est ouvert : bigre ! ça titre mieux que simple « salon de l’automobile » ! Faut dire que les voitures font vivre plein de gens, par millions. Les ouvriers qui les fabriquent et les garagistes qui les réparent. Mais aussi les assureurs qui les assurent, les taxis qui les conduisent, les pompistes qui les ravitaillent, les voleurs qui les volent, les publicitaires qui les vantent, les épavistes qui les désossent, les agents de police qui les orientent. Et encore les fabricants de panneaux de priorité, les enrouleurs de macadam, les traceurs de lignes blanches, les constructeurs de radars, les guichetiers de préfecture (section cartes grises). Et encore, et encore,  les moniteurs d’auto-école, les contrôleurs des Mines, les infirmiers du Samu, les loueurs de parkings, les découpeurs de peaux de chamois, les cartographes, les vendeurs de pattes de panthère porte-bonheur, jusqu’au bûcheron qui coupe le bois dont on fera le carton qui emballera les ampoules des feux rouges.

La voiture exige beaucoup. Un peuple entier – deux millions et demi de personnes au bas mot – s’affaire autour d’elle, comme une ruche auprès de sa reine. La proportion des accros du volant croît à la vitesse grand V. Pourtant, il va falloir l’admettre, même si ce sera douloureux : la fin du règne absolu de l’auto est inexorable. Chaque jour nous le démontre. Elle asphyxie nos villes ; sa litanie de kilomètres de bouchons nous conduit à l’absurde ; elle, symbole passé du temps gagné nous en fait perdre de plus en plus ; les coûts de ses infrastructures deviennent vertigineux ; gigantesque faucheuse, elle nous arrache les êtres aimés.

Par la force des choses et de l’évidence, la bagnole, reine de nos comportements, va devoir perdre de sa superbe. Mais la bête résiste. Parce que renverser un siècle de mauvaises habitudes, d’asservissement individualiste si largement partagé, et lutter contre les lobbies aussi puissants que les constructeurs ou les multinationales pétrolières n’est pas mince. On ne voit jamais un automobiliste coincé dans son embouteillage quotidien se dresser contre l’imbécillité de sa situation, appeler ses voisins de la file de gauche à rompre les chaînes de leur galère commune.

Il faudra du temps pour revenir à la raison, apprendre à se passer de sa voiture pour ces petits trajets de moins de cinq kilomètres qui font l’essentiel des déplacements urbains. « La voiture, ça pue, ça pollue et ça rend con ! », proclamait sans fioritures un slogan des années 70. Depuis, rien de bien révolutionnaire n’a changé les choses. Pas même une petite pause dans la folle course des quatre-roues.
Par Guy Le Flécher
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Vendredi 3 octobre 2008
Il y a quelques jours s’est achevé le ramadan, un mois de pénitence mais aussi de joie pour la communauté musulmane. Destiné à célébrer le souvenir de la révélation du Coran, le ramadan impose aux croyants de respecter un jeûne particulier : nourriture, boisson et tabac ne peuvent être consommés du lever au coucher du soleil et les relations sexuelles sont interdites pendant ces mêmes heures. Le ramadan, c’est aussi le mois où la faim rappelle l’existence des plus démunis. Mois de prières et de méditations, c’est aussi un mois de joie : dès la tombée de la nuit, une ambiance de fête s’installe, des réunions familiales, des repas exceptionnels sont organisés. Chaque soir, les pratiquants rompent le jeûne, avec des nourritures appropriées qui ouvrent progressivement leurs estomacs resserrés. On débute par des fruits secs, des dattes, des gâteaux, avant de déguster la soupe de ramadan, chorba ou harira. Un bouillon qui unit des légumes frais, des légumes secs, de la viande et des épices. Un mélange savant qui se transmet de mère en fille, comme le fil ténu d’une mémoire qui rassemble…
Par Guy Le Flécher
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Mercredi 1 octobre 2008

La rue de la Clé n’est ni bien longue, ni très large et, comme tout vrai Lillois vous le confirmera, elle se contente de relier la Grand Place et l’Opéra au Vieux Lille. Il ajoutera que cette charmante modestie en fait tout bonnement une adresse stratégique, dans un quartier où se concentre tout de même l’essentiel de la mode, des arts, des antiquités, des magasins chics et des restaus chocs. Un périmètre des plus prestigieux. En plein cœur du Lille élégant.
 
Dans les années 70, les « chandelles » fleurissaient aux encoignures de portes et, felliniennes parfois dans leur maquillage, attendaient le chaland jusqu’au bout de la nuit pour des plaisirs tarifés – on n’ose écrire qu’il y en eût pour toutes les bourses. La rue de la Clé, plus balzacienne que zolesque, c’était alors des trottoirs luisant de pluie et de néons tremblotants de bars aux rideaux défraîchis, derrière lesquels languissaient des hôtesses. Les « bars américains » offraient  des fins de soirée agréables à qui souhaitait s’épancher dans le décolleté de leurs avenantes « entraîneuses ».

Dans ces établissements pour messieurs esseulés, naissaient parfois les plus belles histoires d’amour, celles qui se fanent aussitôt, sans bruit, sous les lumières tamisées, dans les fauteuils profonds, quand le client n’accepte plus de mettre une ènième bouteille. On se souvient de « Chez Cathy », du « Normandy » ou de «  La Cigogne », un bar non pas montant, mais « descendant » puisque tout se passait dans la cave aménagée. Quand la police le découvrit, elle boucla le lieu. Comme les autres établissements miteux du mitan dont la lanterne était la providence de l’âme en peine. Fermée aussi  la boucherie chevaline qui affichait : « Si vous avez perdu au tiercé, vengez-vous, mangez du cheval ! » On ne coupe plus les cheveux chez René, « le figaro de ces filles », on ne coupe plus les cartes dans l’arrière-salle du café « El-Djezaïr »
 
Mémé Camomille et Monsieur Pélican ne viennent plus boire leur verre au « Point Central », haut lieu de villégiature des étudiants des années 70 qui charriaient Blanche, la serveuse du matin, et Louise, celle du soir, à qui ils commandaient toujours un blanc sec pour le plaisir de l’entendre lancer la commande à Sigismond le patron, avec son délicieux accent alsacien : « Un planc, s’il fous plaît ! ».

La rue a commencé sa mue commerciale, il y a bientôt vingt ans. Pour les amoureux de livres, de bédés, de musique, de fringues, pour les dégoûtés des grandes surfaces, pour la curiosité, pour la promenade aussi, il faut pousser la porte de l’une des quarante boutiques qui s’y épanouissent. Le samedi, la petite rue pavée grouille de tout un monde qui prend le temps d’un lèche vitrine : on rêve d’un vêtement qu’on s’offrira le mois prochain ou tout de suite, on achète ou on revend un vynil. Ici,  Vivaldi, Mozart, Pinter et Prévert sont en vitrine. L’une des plus vieilles rues de la ville est ainsi devenues l’une des plus jeunes, des plus branchées, des plus passantes, des plus culturelles.
Par Guy Le Flécher
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Mardi 30 septembre 2008
La voilà qui arrive. Devant moi. Tout près de ma main. Avant de la saisir, je l’observe. Un instant. Avec envie. Elle. Si belle. Si blonde et si fraîche. Un grand col blanc. Une robe dorée. Elle a de la tenue. Et pourtant, bientôt, elle retombe un peu. Il faut que je me décide. Mes doigts laissent des traces sur la buée du verre qui la contient. Une gorgée. La première. Toujours la meilleure. J’admire les milliers de bulles qui fourmillent. Montent ou descendent, on ne sait plus très bien. Cà, c’est pas de la bibine. C’est de la bière comme les amateurs aiment la déguster (avec modération), fraîche et non glacée. A la pompe ou en bouteille, dans les pubs des rues Masséna et Solférino, comme dans les estaminets de la campagne flamande, la bière est omniprésente dans notre quotidien gourmand. Industrielle, artisanale ou biologique, nouvelle ou traditionnelle, la bière se teinte de toutes les couleurs.

Aussi existe-t-il plusieurs raisons d’apprécier un bistro : le goût de la rousse, le prix de la blonde, le sourire de la brune. Alors quand en plus, la déco est enivrante ! Au café, les tables sont rapprochées les unes des autres. De là un bénéfice certain : les consommateurs ont le sentiment de constituer un groupement distinct des autres mouvances de la ville. Ils sont en état d’entendre les conversations auxquelles, en principe, ils ne participent pas. S’ils se veulent observateurs, ils jouissent d’un regard direct sur leurs voisins. On n’a pas à justifier sa présence en ce lieu. On a sa fonction : celle de boire, de se rafraîchir ou de se réchauffer. Le café ne cesse de bruire. Donc la ville existe. Donc j’existe. Tel est le cogito de mon ego.

 Les garçons vont et viennent. Dans leur mobilité agile, ils animent le lieu et en réaniment l’identité. Car ils savent vite reconnaître l’identité. On fait le premier pas vers le serveur, on lui sourit alors qu’il ne nous a pas encore aperçu. Le journal du café – celui qui n’appartient à personne et qui circule de table en table – possède un prestige particulier. Il est convoité, on attend avec impatience qu’un autre lecteur le dépose pour s’en saisir. La place au café se paie, au prix d’une consommation, l’express constituant le prix d’entrée minimal. En s’en acquittant, on acquiert un certain statut, celui de client.

A la Saint-Michel, autrement dit le 29 septembre, les brasseurs fêtent la nouvelle année. Les matières premières nécessaires, l’orge et le houblon, ont été récoltées les mois d’été et mises en dormance pendant plusieurs semaines. Voici le temps du maltage et du brassage. Chaque bière est l’expression d’un terroir, d’une culture particulière. La pureté de l’eau, la qualité et la variété des houblons, l’expérience du brasseur, autant de paramètres. Une quarantaine d’entreprises rien qu’à Lille en 1910 ; à peu près autant en 2008, mais pour toute la région !

Par Guy Le Flécher
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Lundi 1 septembre 2008


Lille a un faible pour les notes latines. Et le dimanche en soirée, des couples ont pris l’habitude de venir tâter du talon et se décoincer les articulations en dansant le tango sous les arcades de la Vieille Bourse. La plus métissée des danses, ce tango dont on a si souvent annoncé la mort et dont on fête tout aussi régulièrement la renaissance, y règne en maître. En plein air, ce qui est normal pour une danse née sur les trottoirs de Buenos Aires.
Si une mesure de la « Cumparsita » vous fait fourmiller le creux des reins, offrez-vous donc ici une fin de dimanche langoureuse. D’abord, il y a les orteils qui gigotent dans la chaussure, dès que les amplis sont branchés. Puis, le pied s’énerve sans raison, le pouls se calque sur le tempo. On se laisse envahir par la musique avant même d’esquisser le premier pas.
Oublié le lumbago des années de crise ! La danse à deux fait un come-back remarqué et nous flanque une sacrée dérouillée. On aime virevolter avec sa moitié (ou une autre). A pas glissés, visages fermés. Appliqués. Pénétrés. Pas besoin d’être un de ces mauvais garçons qui hantaient les bouges argentins ni une femme fatale pour se fondre dans le tango. Des gens de tous âges, tous milieux, tous gabarits sont au rendez-vous de la Vieille Bourse ou des « Bals à Fives » qui vont bientôt reprendre. Vertige de la danse : un, on regarde ; deux, on invite ; trois, on s’élance.
Simple, non ?
Le pied se tend et plie lorsque le corps chavire dans les bras du partenaire. Les pas ne sont que dérobades, assauts, tumultes maîtrisés de visages qui ne se regardent pas ou alors, se braquent yeux dans les yeux. Jeux d’approches et de reculs. On tangue haut, buste renversé, au bord du déséquilibre, jamais du désespoir. Corps à corps. Il faudrait que Lille, enfiévrée par la star latine, se voit relier par une ligne directe  à Buenos Aires. On s’en parle un prochain dimanche à la Vieille Bourse ?
Par Guy Le Flécher
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Lundi 1 septembre 2008

Ouvert de la mi-avril à la mi-octobre, le camping-gîtes des Roses «T' Heegernest », dirigé à Esquelbecq par Daniel et Francine Delplanque, est un bel écrin de verdure niché à l’écart du centre du village et bordé de grands arbres autour d’un étang de pêche. Le site accueille une petite vingtaine de propriétaires de « mobiles homes » et des hôtes de passage en camping ou en chambres et gîtes. Ces derniers viennent d’un peu partout en France, voire de l’étranger. On y a croisé cet été des Bretons, des Alsaciens, des Lorrains, des Savoyards, et bien d’autres encore venus pour un week-end ou une semaine. Tous ont été séduits par le charme de la Flandre et des plages de la Mer du Nord et de Belgique. Pour eux, naturellement, la découverte de Bergues s’imposait. Mais pas seulement… Ils ont apprécié, semble-t-il, de se mélanger aux « mobiles-homers » permanents qui, dans un comité informel et bénévole d’organisation baptisé « Les copains du camping », ont proposé en août deux belles manifestations que même le soleil, pourtant capricieux cet été, n’a pas osé bouder !
Sous la houlette de Micheline dite « Mimi la reine des fêtes », ils ont ainsi  le 9 août, fêté le cochon attentivement rôti (pendant plus de 4 heures !) par Ben et Cri-cri. Avec en hors d’œuvre, des pizzas délicieusement confectionnées et offertes par Carmen, la « mama » italienne du camping. Une semaine plus tard, le 16 août, c’était la kermesse des enfants, avec des jeux installés un peu partout sur le site et un goûter de crêpes dans la grange où se produisait un chanteur invité par le propriétaire des lieux. Ces deux belles journées étaient animées par Jean-Pierre, autre fidèle « mobile-homer » qui s’est montré à la hauteur d’un DJ professionnel et n’a pas manqué de saluer au micro les bénévoles qui ont préparé les deux fêtes : Mimi, Momo, Mumu, Loulou – ici tout le monde ou presque a son surnom ! -  mais aussi Fabrice, Yves, Gérard, Patricia, Sylvie, Marie-Christine, Jacques, etc . Une soirée bouclée par un très beau feu d’artifices.
Toute cette belle bande du camping a mis un point d’honneur à participer aux fêtes d’Esquelbecq, celle du livre, celles des chanteurs du vendredi soir, et bien sûr, celle de la « Patatefest » le 31 août. Les épouvantails dressés à cette occasion à l’entrée du camping par les enfants et leurs mamans ou grands-mères, ont d’ailleurs obtenu le 4ème prix.

. Camping des roses T'heegernest
http://www.fermeheegernest.fr
13 chemin du Héron, Geete Straete,
route de Socx

Par Guy Le Flécher
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Mercredi 9 juillet 2008
Elle est comme cela, Lille,  la ville qui ne s’en laisse pas conter, la ville qu’on ne résume pas. Lille qui s’invente et se compose au gré de ses quartiers. Lille qui a fini par s’ébrouer de sa nostalgie en s’élançant dans les activités à col blanc, jusqu’à rassembler dans le tertiaire une majorité de ses habitants. Lille qui n’est plus flamande, qui n’est plus bourguignonne, qui n’est plus espagnole, si elle l’a déjà été, qui n’est peut-être même plus française, mais déjà internationale. A l’image de son marché de Wazemmes :  toutes les saveurs, toutes les épices, tous les goûts sont dans sa nature.

Ouverte à tous les vents de la création, Lille l’a toujours été. C’est sa force. Un mot prédomine ici : diversité. Diversité des origines, des créateurs et des œuvres. Une région riche de ses différences. Lille, melting-pot qui a réuni en un seul peuple des Flamands et des Picards, mais aussi les venus d’ailleurs, de tout près ou de très loin, les blonds, les bruns, les ocres, les yeux de toundra, de porcelaine ou de grand erg qui se croisent et se confondent. Lille s’est bâtie sur des exils répétitifs et magistralement domptés.

Sans les Flamands chassés de Belgique par la crise au 19ème siècle, pas de textile ni d’expansion démographique. Sans les Polonais, puis les Italiens, les Portugais, enfin les Marocains et tous leurs frères maghrébins, pas d’industrie, pas de charbon, pas d’enfants au teint de miel et à l’accent chti. La région serait restée inerte, léthargique. Et Lille ne proposerait pas aujourd’hui à l’Europe sa flamboyance de capitale, dopée par tant de vitalité. Une multitude de vies, d’inventions ou de redites, de bluffs parfois, d’audace toujours, d’étincelles encore. De l’énergie à nouveau.

L’énergie d’être aujourd’hui et demain à la fois. Ici se résument les siècles, se prolonge la vie, se poursuit l’histoire. Avec cette chance : les rues de Lille sont encore pavées de culture, alors qu’ailleurs, trop souvent, elles sont asphaltées depuis longtemps. La ville possède tant de richesses qu’il faut parfois s’y perdre pour mieux la retrouver : libre et joyeuse. Et si Lille était la plus belle ville du monde ?


Par Guy Le Flécher
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Mardi 1 juillet 2008
C’est l’été. Votre paupière s’affaisse, votre menton choit, vous souffrez des premiers symptômes d’une de ces redoutables épidémies saisonnières qui frappe souvent, dès le début d’après-midi : la contre-attaque de la chipolata et du petit rosé.

C’est l’été. Claquant au vent du grand large, votre esprit ne peut se concentrer sur rien de ce que vous faites, il vogue déjà vers ces horizons lointains qui vous font rêver, ô voyageur de l’intrépide : Malo-les-Bains ! Bray-Dunes ! Le Touquet ! Surtout, n’oubliez pas Médor ni Mémé qui dort. Et vous voilà déjà dans le break  filant vers Berck, avec les enfants qui n’y tiennent plus : « Allez, maman, on a faim ! », et vous,  très énervée, la gifle au bout des doigts,
« Attendez que votre père s’arrête ! ».

C’est l’été. Oui, partez ! Sautez dans votre treillis léopard et vos rangers de compétition en peau de zébu. N’emportez que votre brosse à dents solaire, l’intégrale de Charles Trenet de 1942 à 1958 et deux valises sous les yeux. Rasez-vous avec un coupe-choux de secours dans le pousse-pousse qui vous mène à tombeau ouvert à l’aéroport de Lille Lesquin. Et là, aggrippez en plein décollage la portière vermoulue d’un charter surbooké où vous attend un confortable demi-strapontin tout juste à côté des toilettes. A vous l’Aventure, avec un grand A !

Cette année, fini les parties de boules avec votre beau-frère derrière le bungalow de Stella-Plage. Pas de trekking d’enfer dans les hautes montagnes de Cassel ou de Kemmel. Pas d’ascension à Lille Fives du Mont-de-Terre par la face nord. Cette année, vous avez le choix. Traverser la mer Rouge sur des échasses avec Moïse Tour Operator, chasser l’ornithorinque les yeux bandés dans le delta du Mékong, chercher de l’or sur les bords du Niagara avec une cuvette, un tamis et une paire de sandalettes en plastique, faire un stage de poterie chez les Pygmées d’Afrique australe ou un séminaire de perception sensorielle avec les réducteurs de tête, et encore, pratiquer le surf sur les coulées de lave en fusion du Stromboli. C’est maintenant qu’il faut choisir. Plus d’excuses.

Ou alors, ne bougez pas. Restez chez vous. Ne vous promenez pas en voiture, ça pue le gaz d’échappement, le siège en skaï et la mort. Ne prenez pas les bus des circuits organisés : la moitié des passagers vomit son quatre-heures et l’autre beugle des chansons paillardes. Ne sortez pas en vélo, la chaîne saute, on se fout de la graisse plein le bas du pantalon, et le garde-boue arrière frotte contre la roue avec un petit bruit stupide et irritant. Canicule, comment veux-tu, comment veux-tu que je circule ? Restez chez vous.

C’est l’été. En fait, vous êtes fatigué. Le problème quand on est fatigué, c’est qu’on ne le répète jamais assez. Les mots, pourtant, ne manquent pas. On est crevé, vanné, esquinté, cassé, carbonisé, fusillé, bousillé, liquidé, lessivé, atomisé, déglingué, laminé, pompé, brisé, rincé, usé, explosé, vidé, déchiré, exterminé, démonté, flagada, flapi, anéanti, détruit, mortibus, à l’agonie, à plat ventre, en morceaux, au bout du rouleau, à ramasser à la petite cuillère. On en a ras le bol, ras la casquette, ras le c…

C’est l’été. Hurlez votre fatigue, ça donne de l’épaisseur à ce que vous avez fait et à ce que vous ne faites pas toujours. Votre fatigue, ne la justifiez pas. Jamais. Son autoproclamation suffit amplement.
C’est l’été. Allez, reposez-vous bien !
Par Guy Le Flécher
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Mardi 1 juillet 2008


Tout au long de l’année 2004, une sacrée fièvre a agité Lille. Elle portait un nom, en forme de label : Capitale Européenne de la Culture, un titre avec majuscules s’il vous plait, qui lui est décerné ad vitam aeternam, comme  une Légion d’Honneur. Une reconnaissance, un challenge, une chance pour Lille, qui renforce son image de ville généreuse et intensément festive. Un projet défendu, porté à bout de bras, concrétisé avec succès par Martine Aubry, maire depuis 2001. A ses côtés, des Lillois par milliers.

Car les Lillois ne perdent jamais une occasion de se réjouir ensemble. Peut-être pour oublier la rudesse de la vie, le banal du travail. Peut-être parce qu’ils ont hérité de leurs ancêtres le goût du collectif. Aucun événement social, politique, culturel ou sportif n’échappe à la participation de tous. Le petit peuple de Lille a fait de sa cité une ville chaleureuse, gaie, animée, qui aime mener joyeuse vie. Entends-tu les musiques de Jamaïque, l’accordéon de Wazemmes ? 1000 et une danse. Tango pour tous. C’est ainsi : la fête est un besoin naturel. Cela met du liant dans les rapports, du rose aux bonnes grosses joues du quotidien. Elle n’est jamais superflue et la frivolité est parfois une forme de politesse. Lille vaut bien un peu de joie, un rien d’ivresse. Adieu grisaille, I love Lille.

Quand pointe l’heure du crépuscule, différente selon les saisons, la foule a tout envahi. Voici le moment des vertiges nocturnes, de la renaissance. Ouverture sur la nuit, basculement des passions. Alors, les boulevards et les rues ordinaires tanguent comme une barque au mouillage, mêlant toutes les musiques, tous les spectacles. Scène éclatée. Cacophonie de sons, de langues. Charivari de gens. Carnaval en grande pompe et dans la tradition flamande. Fanfares nocturnes, farandoles géantes, défilés cosmopolites : jolie démonstration de vitalité pour une industrielle qui a bien tourné.

2200 événements, 170 villes partenaires. 70% de la programmation est conçue avec les structures culturelles locales : Lille 2004 a poussé les artistes à proposer des projets communs et a inclus des créations internationales. Un tel panachage a permis de réveiller des envies et de créer un appel d’air nécessaire à une vie culturelle de très bon niveau mais pas à l’abri du ronronnement. La culture est une façon particulière de comprendre le social en changeant les mentalités.

De ce point de vue, ce qui s’est passé d’exemplaire à Lille intéresse l’Europe entière. C’est comme si la fermentation culturelle lilloise qui est réelle et ancienne, avait cherché un catalyseur, un moment de métissage entre l’ancien et le nouveau : elle l’a trouvé. Lille 2004 restera un événément populaire spectaculaire, le départ de la réappropriation culturelle de la ville par les Lillois. Nouvelle fierté, nouvelle dignité. Il en ressort une ville méconnaissable et des Lillois métamorphosés eux-aussi, légitimement orgueilleux d’un patrimoine collectif.

Lille 2004 ? Une avalanche de propositions. Beaucoup de plaisirs et d’émotions, de belles rencontres, de vraies passions. Et de multiples occasions d’ajouter, au sortir d’une salle ou d’une fête, de nouveaux souvenirs de bonheur à tous ceux qui, échappant à l’infernale logique du calendrier, ne nous quitteront jamais et dont chacun de nous est l’unique dépositaire. Tout au long de ces douze mois, les Lillois ont montré qu’ils avaient aussi besoin d’air, besoin de s’étourdir. 2004 a confirmé cette propension à l’évasion, ce goût collectif pour les voyages dans des mondes parallèles, cette quête d’absolu où l’innocence a raison du machiavélisme et le bien du mal.

On gardera longtemps en mémoire ces rencontres brûlantes. Charme, beauté, intelligence, émotion : rien n’a manqué. Une programmation à la fois phare, à la fois reflet, qui s’est placée aux avant-postes de ce qui se fait de mieux, avec ces formes inclassables qui mêlent tout : théâtre, danse, vidéo, arts plastiques, musique. Ce qui s’est construit pierre par pierre depuis le 6 décembre 2003, c’est bien ce nouvel art de vivre que Martine Aubry appelle de ses vœux et convoque sous les cieux nordistes. Il faut maintenant garder, maintenir, conforter toutes ces envies. Ne pas laisser retomber le soufflet, maintenir la pression, attiser encore et encore le feu. Tel est l’objectif de l’aventure baptisée Lille3000 – car Lille voit loin ! -, qui dans l’esprit de Lille 2004 a mis Lille à l’heure indienne à l’automne 2006, avant de l’ouvrir à l’Europe de l’Est (et plus) au printemps 2009 : ce sera Europe XXL !
Par Guy Le Flécher
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Jeudi 26 juin 2008
Les soldes d’été viennent de commencer. Pouvoir d’achat en berne et météo morose, les commerçants croulent sous les stocks qu’il faut liquider. La fin de série comme la fin du monde. Le prix excessif enfin corrigé. Le moins cher, stade suprême du plus coûteux. Les invendus les plus nombreux font les soldes les plus beaux. Tous les magasins font de la retape. On s’y précipite. C’est l’orgie, le carnage. Un rituel. Nul n’y déroge.
Ah bon ? Moi, je me terre chez moi, des boules dans les oreilles, la bouillotte sur le crâne. Pourquoi irais-je donc admirer les chaussures dont je rêve, dans du 35 ou du 46 fillette ? Pourquoi donc supporter la foule, les sonneries de portables, les exclamations hystériques des copines parties en repérage : « Oui, des cuissardes géniales ! Bleues, oui, bleues ! je t’en prends une paire ? »
Soif, fatigue, nerf en pelote, musique épileptique, privation d’oxygène, embouteillage aux caisses : il y a un moment où tout ce grand bazar vous coûte très  cher ! Les soldes sont cotées niveau 5 sur l’échelle du stress. D’autant  plus que le chaos organisé vous détruit le sens critique. Les grandes marques bradent à 50 % ? Ca vous donne l’impression qu’un costard à 1500 euros ou un sac pour Madame à 1200, c’est cadeau !
Bientôt, on en vient à ramasser par terre les pulls jetés par les autres, en sautant de joie. La super affaire, c’est pour nous ! Puis, après une bonne heure d’attente à la caisse, on casque plusieurs centaines d’euros pour  des nanars qui riment si bien avec « placard ».. Autre risque : le clash conjugal si on a l’imprudence de se lancer en couple dans ces débauches. « Ce sac… 800 euros. T’appelles ca des soldes ? »


Par Guy Le Flécher
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