Jeudi 8 janvier 2009
Rotterdam est une ville trop souvent ignorée des touristes étrangers, mais pas des hollandais. Les jeunes Bataves le savent et le  prouvent en s’y rendant en masse chaque week-end : Rotterdam est la ville la plus vivante et la plus amusante du pays ! L’anti Amsterdam par excellence, le miroir inversé. Ici, on est loin, très loin, du charme suranné et « muséifié » de la Venise du Nord, cité romantique et labyrinthique striée d’innombrables ponts et de canaux en forme de toile d’araignée.

Totalement détruite en mai 1940 par les bombardements allemands, Rotterdam a été reconstruite, après guerre, sur le modèle des « villes nouvelles » : mornes et larges avenues, myriades de tours de bureaux, absence de places centrales… Bref, une cité éclatée en une multitude de quartiers sans âme. Ces deux dernières décennies, la mégacité portuaire à la fade modernité a su se métamorphoser en multipliant des projets architecturaux osés et futuristes : immeubles d’habitations en forme de cubes près du vieux port, gratte-ciel élancés et racés, galeries commerçantes au design dernier cri…

Depuis 2003, Rotterdam peut aussi se glorifier d’être devenue la capitale nationale du clubbing : cafés musicaux, restaurants tendance, clubs atypiques et originaux ont proliféré. Une vie nocturne trépidante symbolisés par ces quatre exemples de lieux festifs, autant d'étapes d'une nuit marathon aux éclats les plus divers. On commencera par le Rotown (1), café restaurant sous verrière fort prisé de la clientèle rock et des clubbers. On poursuivra par la curiosité numéro un du moment, le très innovant Watt (2), ouvert en septembre 2008, un mégaclub resto salle de concert sur trois niveaux : l’ex club Mytown s’est refaçonné en club « durable » et « écologiquement correct ». A deux heures du matin, on ira transpirer sur le bouillant dance-floor du Catwalk (3) convivial club techno house à la programmation pointue. Enfin, dans un registre plus underground (musicalement hétéroclite, de l’électro au rock), on achèvera la nuit au Worm (4), un ancien cinéma recyclé en club hype et cool.

En se rendant dans la deuxième ville des Pays-Bas, ville d’origine du leader populiste d’extrême-droite, Pim Fortuyn assassiné en 2002, on se félicitera de savoir que Rotterdam a depuis le 5 janvier 2009, un nouveau bourgmestre qui possède la double nationalité néerlandaise et marocaine, Ahmed Aboutaleb, étoile montante du parti travailliste (PVDA) et ancien secrétaire d'état aux affaires sociales. C’est aussi cela la « différence » hollandaise.

(1) Rotown, Nieuwe Binnenweg 19
(2) Watt, West Kruiskade 26-28
(3) Catwalk, Weena Zuid 33
(4) Worm, Achterhaven 148
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 7 janvier 2009
Journaliste, écrivain, dramaturge, Albert Camus est mort prématurément, il y a presque cinquante ans, victime d’un accident de la route le 4 janvier 1960, à 46 ans, encore auréolé de son prix Nobel de littérature, reçu deux ans auparavant.  La collection de La Pléiade vient d’achever l’édition complète des œuvres de celui qui fut l’honneur des intellectuels de gauche, cet homme toujours révolté qui s’obstina à refuser la moindre compromission.

Extrait de son discours pour le prix Nobel, le 10 décembre 1957 :

« Je ne puis vivre personnellement sans mon art.
Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout.
S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne me sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous.
L'art n'est pas, à mes yeux, une réjouissance solitaire.
Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes.
Il oblige donc l'artiste à ne pas s'isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle.
Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous.
L'artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres,
à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher.
C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger.
Et, s'ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d'une société où, selon le mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel. »

Albert Camus, Discours de Suède, Folio-Gallimard.

Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 6 janvier 2009
Pour eux, l’Union soviétique, c’est comme l’Empire romain : un truc d’avant leur naissance. Pour eux, les enragés de 68 bougent autant que des momies et Cohn-Bendit ou Krivine sont des inconnus. De vieux inconnus : ils ont plus de 60 ans. Pour eux Sarko est un héros ou un zéro, les politiques sont des bouffons, et la politique, une autre langue. Pour eux, la famille, c’est chez papa qui est trop cool, ou bien chez maman, qui l’est moins, et c’est vachement important dans ma vie, tu vois. Pour eux, le téléphone est un mot de l’autre siècle, mais mon portable, c’est ma vie. Sans lui, les filles sont paralysées, muettes, pour autant dire mortes. Et les mecs qui n’y voient qu’un fil à la patte se la jouent.

Pour eux, MSN c’est le monde des potes, un pays virtuel où ils se retrouvent et souvent se trouvent. Pour eux, la musique se télécharge, la télé est dans la chambre, la sexualité une question de cours, et baiser juste pas évident la première fois. Pour eux, la journée, c’est au lycée ou au café, la nuit c’est en boîte, enfin, surtout l’été qui rime avec liberté. Pour eux, le look peut être mortel, dans les deux sens du terme. Les kilos obsèdent les filles et même les mecs. Tous savent qu’il faut être le plus beau, sinon t’as aucune chance. Pour eux, s’éclater, c’est vodka orange et fumette par-ci par-là, mais pas trop parce qu’il y a le bac et donc là je me suis calmé, tu vois.

Pour eux, la vie, la vraie, commence après le bac, et le ministre qui n’a pas compris ça mérite un zéro. Avant le bac, les profs les prennent pour des gamins, ils les punissent quand ils sont en retard. Pour eux, avant le bac, on n’est rien. Après, pas grand-chose encore, mais au moins l’école est finie. Et l’école, c’est l’enfance, un truc qu’on choisit pas, qui vous range dans des cases d’où on ne peut pas sortir et heureusement qu’il y a des profs « géniaux » qui donnent envie d’apprendre.

Pour eux, l’avenir, ça serait un boulot cool, j’sais pas moi, chanteur ou cinéaste, sans chef sur le dos, quoi. Ca serait une meuf canon. Pas forcément le grand amour, parce que ça ne sert à rien de chercher l’idéal. mais peut-être bien que tout ça, c’est dans tes rêves : l’avenir en vrai, ce sera travailler dur, à cause de la concurrence de la Chine et e l’Inde où ils bossent comme des dingues. Pour eux, la vie n’est pas difficile, juste ennuyeuse, sans folie. Parce que leur génération est endormie. Disent-ils.

Eux, ce sont les lycées et les lycéennes de la cuvée 2008, dont un échantillon gratuit passait à la télé en décembre avec des pancartes qui moquaient Darcos, et le faisaient reculer. Des milliers de garçons et de filles plus tellement adolescents, mais pas encore adultes, qu’il est téméraire de réduire aux quelques traits mentionnés plus haut pourtant tirés de conversations avec quelques 16-18 ans avides d’être écoutés et pourquoi pas, entendus.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 22 décembre 2008
Ce n’est pas un hasard si les fêtes de fin d’année coïncident avec le début de l’hiver. C’est précisément à cette période que les volailles nées au printemps, élevées au pâturage estival et engraissées à l’automne, débarquent au supermarché, prêtes à nous régaler dès que carillonne la Saint-Nicolas. Calendrier et religion ont beau nous prétexter d’autres phénomènes, nous savons bien, nous les gens du Nord, que c’est la dinde de Licques (Pas de Calais) que nous fêtons à l’hivernal solstice. Que les plumeuses agapes soient ensuite justifiées par des mythes célestes ou par l’ellipse terrestre, relève du détail folklorique, la seule rotation qui nous intéresse ici, est celle de la broche dans la rôtissoire. Ah ! chairs dodues et succulentes cuisant dans le four avant découpage à table. Invariable rituel aux invariables volatiles.

Notre amie La Dinde donc, née de Licques, a de la noblesse. Princesse généreuse et goûteuse, elle ouvre la marche des canards et colverts de passage et, au festival de canes, mérite de grimper sur le podium des volailles festives, entre notre mère l’oie et la fille poularde, Ursula en Bresse et l’affaire Chapon. Elle est la gloire de notre patrimoine avicole régional qui nous offre par ailleurs une jolie collection d’oiseaux rares, mais qui ne se mangent pas. Mademoiselle de Licques tient le chapon bas et nous régale de sa chair bien dodue, onctueuse et ferme. Une exquise texture et une finesse de goût l’indiquent tout à fait pour un repas de réveillon.

Vous n’y aviez pas pensé ? Amies lectrices, amis lecteurs, je ne vous sens pas dans votre assiette ce matin. Insouciants ou versatiles, vous allez encore vous y prendre à la dernière minute pour faire vos achats. Ou alors, blasés ou usés par l’annuelle routine et croyant  avoir aboli l’événement festif, vous y succombez in extremis, tiraillés par une fringale imprévue ou un soupçon de remords. C’est maintenant que le piège se referme, vous allez vous précipiter sur le premier rayon venu pour acheter, souvent trop cher pour ce que c’est, n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment. Bonjour l’angoisse du pousseur de chariot à Euralille un 24 décembre !

Agnostiques reconvertis et retardataires lunatiques, n’ayez crainte : en matière d’agapes, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Nul besoin de se lancer dans de longues et complexes préparations culinaires, ni de forcer sur la quantité. Un simple assortiment de produits fins, bruts ou nature suffisent à réaliser le plus exquis des festins. Pour réveillonner à l’iode et aux embruns, quelques très bonnes huîtres, charnues et croquantes, vous rappelant votre marraine d’Oléron  (voir l’écailler du cinéma qui saura vous embobiner) et une jolie tranche d’excellent foie gras donneront toujours plus de plaisir qu’une grosse bouffe.

Qu’il soit dit ici, une fois pour toutes, que mieux vaut encore se passer de saumon que de se contenter d’une tranche rosâtre tirée d’un poisson élevé à la farine industrielle et placée sous plastique après congélation. Futile ou solennel, l’instant de table est une affaire trop précieuse pour s’offrir le luxe de la bâcler. Devinette de dînette : de quoi les Saint-Jacques se composent-elles ?

Avec tous mes vœux de joyeuses fêtes.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 17 décembre 2008


En avril 1980, des funérailles nationales ont voulu nous faire croire que c'en était fini de Sartre. Enterré le philosophe, momifié, encensé par ceux qui pensaient ainsi mieux le tenir à distance. Vingt ans que le siècle fait semblant de se «désartriser» peu à peu. Mais, pour ceux qui l'aimaient, Sartre était depuis longtemps désacralisé. L'après-Sartre a commencé durant Sartre. Quand le petit homme amplifiait nos colères, quand il montrait la voie de la vigilance, quand il balisait le seul mandat éthique qui vaille: celui de la lucidité. Quand il dévoilait les impostures, y compris l'imposture du maître à penser. Certains nous appellent à nous battre ou à nous enrôler. Lui nous a appris à désobéir. Voilà qui reste d'actualité. C'est pourquoi nous, on ne commémore pas. Pas plus que l'on n'a porté le deuil de Sartre. Même s'il faut bien admettre que sa mort a été sa plus grande «erreur».
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 17 décembre 2008
A 60 ans, l’homme a passé 20 années à dormir dont 5 à rêver. J’ai commencé ma vie dans un berceau enrubanné de tulle près du lit de mes parents dont le matelas était creusé par deux cuvettes longitudinales, l’une à la mesure de ma mère et l’autre, plus grande, de la taille de mon père, dans lesquelles ils s’allongeaient tout raides le soir, comme un stylo et son porte-mine dans le sillon de leur étui.
Je suis ensuite passé à une chambre partagée avec mon frère qui prenait très au sérieux les équations au second degré, le réseau fluvial du Rhône et les compléments indirects, pendant que je reluquais la fille du boulanger depuis l’étage avec vue sur la rue de nos lits superposés.
Plus tard encore, et pendant une bonne dizaine d’années, j’ai dormi avec Françoise. En hiver, au retour de ses cours, elle me refilait la grippe attrapée avec ses élèves, ce qui était une façon de partager son travail avec moi. Aujourd’hui, j’essaie de dormir seul le plus souvent possible. J’aime m’étendre sur le dos comme un armateur grec sur son yacht, entouré d’artistes internationaux et de veuves de présidents américains.

Parfois, je vais à l’hôtel. Le vrai luxe n’est-il pas de pouvoir se sentir chez soi partout ? Longtemps, la chambre d’hôtel a été pour le voyageur synonyme de confortable anonymat. Un endroit que l’on quittait, à peine ses bagages défaits. Où l’on rentrait dormir pour mieux repartir. Bref, un lieu fonctionnel, mais qui suscitait rarement une véritable émotion. Ce bel hôtel que j’ai récemment testé semble vouloir nouer avec le client une relation plus intime, plus conviviale.
D’abord le décor : chaud et raffiné, il reste suffisamment discret pour stimuler l’imaginaire de son occupant sans l’envahir. Un espace confortable dont la disposition et la décoration suggèrent l’intimité. Une lumière étudiée, une légère odeur de linge frais et de fleurs, et partout des matières plaisantes au toucher. Le tour du propriétaire mène immanquablement au lit fonctionnel et généreux. Son assise, un matelas à ressorts multiples augmenté d’un surmatelas, offre un confort impeccable.
La vaste couette, épaisse et légère, est faite exclusivement de duvet, de plumettes et de coton. Des matières naturelles qui lui procurent un gonflant inimitable. Comme une délicieuse sensation de se lover dans un nid douillet, un nid de plumes. Doux et moelleux comme une caresse. Chaleureux et accueillant, comme un cocon protecteur. Oh, my bed !

Confortablement allongé, je me suis alors souvenu de la fille du boulanger, mariée avec un bâtard qui ressemblait plus que moi à un croissant et surtout, de Françoise qui enseignait l’histoire et peuplait de rois notre lit. Il m’arrivait même de trouver sur l’oreiller la barbe de François 1er ou les favoris de Louis XVIII.
Elle soutenait que je me laissais trop aller à une jalousie imbécile lorsqu’elle rentrait en pleine nuit sentant l’after-shave et le cou marqué de suçons. Les conseils de classe, alléguait-elle, durent toujours très longtemps. J’ai vite chassé ces souvenirs, j’ai fermé les yeux et pensé un temps au régime fluvial du Rhône pour mieux me transporter sur une plage du Pirée.
Figurez-vous qu’une veuve de président américain venait de quitter son armateur d’amant et m’y attendait.


Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 15 décembre 2008
Je ne reconnais plus mon Marrakech. Celui de ma première découverte à 18 ans ; celui de ma première tourista à 20 ans, celui de l’hôtel Ali où s’entassaient les routards venus ici « se bronzer la cervelle » au kif comme disent les jeunes marocains ; celui du camping (devenu hôtel de luxe) de l’avenue de France (devenue avenue Mohammed VI) ; celui de mes 92 voyages en seulement 35 ans (mieux que Chirac au Japon !) J’en reviens. Y retournerai-je un jour ?
 
Jamaa El Fna me manquera. Les couchers de soleil derrière les jardins de l’Agdal, les cimes enneigées de l’Atlas, mes amis du café des Négociants, du café de France, de la médina et de Guéliz, tout autant. Les immeubles poussent comme du cannabis après la pluie, les touristes sont partout. Les rares riverains indigènes qui n’ont pas encore vendu leurs maisons perçoivent ces avec-papiers comme des gens au comble d’un bonheur immédiat qui ne se prête à aucun marchandage.

Il faut les voir, ces Français de souk, livrer bataille, fourchette brandie, au couscous, plat de résistance nationale du Maroc qui se déguste avec les doigts. Ces pieds-blancs venus au sud sont souvent des « chibanis » comme on dit là-bas : des « vieux » Dans leur pays en Europe, ils savent que la vieillesse est juste un mauvais moment à passer. En débarquant à Marrakech, ils découvrent, primesautiers, que s’il faut vivre plus longtemps, autant commencer tout de suite. Arnaque-kech ! Quant aux jeunes marocains, ils rêvent d’Europe : réussir, c’est échouer sur une plage espagnole où tous les désespoirs sont permis.

39° à l’ombre. Pourquoi donne-t-on les températures à l’ombre alors que nous marchons, bavardons, draguons et nageons au soleil ? L’été au Maroc est morte saison. Sauf pour le bâtiment. Partout des immeubles en construction. Palaces, résidences, bureau. Tant de gens viendront habiter Marrakech ? Les retraités français ont la belle vie sur leurs vélomoteurs, avec les féculents cinq fois moins chers qu’en France, mais notre pays n’aura jamais assez de vieux pour occuper ces immeubles ocre. Le blanc est déconseillé pour les maisons de Marrakech, à cause du soleil. Il ferait trop mal aux yeux.

J’ai dîné à l’hôtel. la musique était bien, le tagine aussi. Un père se baignait dans la piscine avec ses enfants. Ils nageaient en silence dans le noir, comme des officiers espions partis couler un navire de Greenpeace. Ce que je préfère au Maroc, c’est manger dehors, en regardant le ciel et les palmiers. La piscine s’appelle le Grand Bleu. Je me demande si Luc Besson touche quelque chose chaque fois qu’on y sert une orange pressée à un baigneur. Ces merveilleuses oranges pressées marocaines qui ont presque un goût de citron, tant elles sont délicatement acides.

Quel génie poétique tout de même que d’avoir mis l’expression « grande bleue » au masculin. Le patron m’a aussi montré le trrain de golf et le riad où le golfeur, après sa partie de golf, peut dîner avec d’autres golfeurs en regardant le terrain de golf, puis se mettre au lit avec sa femme golfeuse. Le voilà mon Marrakech d’aujourd’hui, bétonville, marmite bouillonnante de migrants dispensés de visa, abri de fortunes et refuge de luxe, choc frontal des contrastes et flirt des civilisations.
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 11 décembre 2008
Au commencement du cinéma était la fumée : celle dégagée par la vapeur d’un fameux train entrant en gare de La Ciotat. Mais aussi la fumée que trace dans les salles obscures le rayon des projecteurs, cette horizontale qui se dessinait entre la cabine et l’écran et qui trouait l’espace de sa lumière.
La fumée a enlacé le film dès ses origines, le tabac a pénétré les images et les écrans, les volutes de cigares, pipes et cigarettes ont longtemps imprégné la pellicule. Aujourd’hui, filmeurs et fumeurs se séparent, en raison des lois anti tabac, des autocensures du politiquement correct et, sans doute, de la marche triomphante de l’humanité vers une mort en parfaite santé.
Au tableau des hautes figures de la passion tabagique : Groucho Marx, Humphrey Bogard, Lauren Bacall, James Dean, Rita Hayworth, Carette, Gabin, Delon, Deneuve, Belmondo… Et leurs cigarettes, accessoires comiques, érotiques ou inquiétants, signe de mort ou de vie (la dernière cigarette), rituel ou cliché.
L’herbe à Nicot a accompagné l’histoire du cinéma depuis ses origines. Mais le tabac à l’écran n’a pour nous aucune odeur ni saveur. Il est une image, un instant, une allure. Fresque évanescente et immatérielle…
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 12 novembre 2008
Au lycée, le niveau monte, le niveau baisse, ô le sanglot long des profs de philo ! Cracher à la figure de Socrate ? Se moquer du Kant-dira-t-on, jouer les marchands de quatre raisons, apprendre les malheurs de sophiste ? On n’y est (niais ?) pour Bergson, par ici Lamennais, à la Nietzsche tous les pisse-froid ! Qu’importe les Aristote, on les pendra ! Les cerveaux sont en ébullition. Tel esprit qui croyait prendre !
Attention, attaques massives. Appel à la transcendance. A défaut de vaccins à jour, la contamination est inéluctable, voire irréversible. C’est ainsi : jusqu’au 5 décembre, Lille est occupée. Occupée à penser. Une occupation, naturellement, culturellement et heureusement bien pacifique par une troupe de penseurs qui quotidiennement  parleront de l’ « Identité » : des philosophes, des historiens, des écrivains, des juristes, des cinéastes, des économistes... Des éclaireurs de vie. Des antivirus. De quoi désinfecter nos logiciels. Et des invités, toi, moi, chacun de nous. La voix de son être.
Un colloque, un symposium d’universitaires, des “journées d’étude” ? Non, simplement « Citéphilo », 12e édition. Que philosopher, c’est apprendre à courir. A courir les dizaines de rencontres proposées (renseignements au 03 20 55 66 34 et www.citephilo.org). Si t’es philo, c’est pour toi ! Une contre-attaque, un antispam. Debout, les mots !
 Retour de la philosophie ? A moins que ce ne soit les religions qui régressent ou se fanatisent, les idéologies qui déclinent, les sciences humaines qui font moins illusion. Notre société serait-elle pleine de morale mais à ce point vide de sens ? On croit de moins en moins aux réponses toutes faites. On en cherche donc. Cela s’appelle philosopher, ou réfléchir.
Penser sa vie, c’est penser la société, penser les autres et nos relations avec eux. C’est penser le monde, donc le tout. Penser en force, le contraire d’une tour d’ivoire. Une certaine lumière. Comme un bonheur. C’est un des symptômes de cette “philo-folie” qui gagne bien au-delà des cercles érudits. Le remue-méninges est devenu un sport national.
Marc Aurèle et Sénéque,  gourous postmodernes ? Magie de « Citéphilo » : toucher tous les publics. Comme une promesse de philosophie pour tous, qui ferait de Lille la capitale de la pensée, un mois durant. Avec cette année, une belle place faite à la pensée venue d’Iran, pays invité.  La plus belle ville du monde donnera, comme toujours, que ce qu’elle a de mieux. Ce qui se dit chaque automne à Lille depuis douze ans à l’occasion de ces rencontres n’existe nulle part ailleurs. S’il s’agissait de théâtre, ça ressemblerait bien à Avignon.


Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 5 novembre 2008

Les échecs ne sont pas qu’une distraction d’intellectuels promenant en toute nonchalance des pièces de buis sur un carré de bois noir et blanc comme les touches d’un piano. Un sport, donc ? Si l’on ne retient que la dépense due à l’effort physique, on est bien loin du vélo. Mais on est au même niveau que le tir à l’arc ou à la carabine, sports olympiques. Pour ce qui est de la concentration et de l’agressivité, les échecs n’ont rien à envier à bien des sports de combat. Se retrouver avec une dame de moins peut s’apparenter à disputer un combat de boxe avec une jambe en moins et un bras dans le dos. Quand on affronte un adversaire, on veut lui écrabouiller son ego. Cérébral certes, mais sport tout de même. Eprouvant quand on songe que certaines parties peuvent durer des heures. Les coups s’enchaînent, le temps se concentre et s’allonge à la fois, trente, quarante, cinquante minutes, une heure, davantage encore.
A la Vieille Bourse, ils sont plusieurs dizaines à venir en découdre autour des fameuses 64 cases. Celui-là doit avoir un peu le trac, il utilise son ouverture fétiche, celle de la partie espagnole comme disent les spécialistes. Je regarde. Cette partie espagnole semble être un mélange de flamenco et de corrida. C’est dansant et agressif. Les figures sortent vite et on roque tout de suite. Ça me plaît, bien ces menaces accumulées, cette haine silencieuse, ces meurtres tapis. Aux échecs, on voit le jeu de l’adversaire, et en même temps, on ne le voit pas. On doit cacher ce qu’on fait mais pas avec les mains. Avec quoi ? Mystère. Et impossible de mentir ! Je veux dire de bluffer. C’est toujours ça d’esprit
Par Guy Le Flécher
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés