Samedi 8 mars 2008

Mon pote Jean-Luc, un mec très bien par ailleurs,  a changé de voiture ! J’ai eu le droit hier à un coup de fil tonitruant à la première heure. Jean-Luc est de ces huiles qu’il ne convient pas de déranger au bureau pour des broutilles. Sauf à lui parler de sa nouvelle bagnole. Une Renault neuve n’est pas une broutille. Ni aucune autre voiture. Pour Jean-Luc comme pour plein de gens. De toute évidence, la bagnole continue à faire fantasmer plein pot. Voilà sans doute pourquoi on en vole autant. Deux membres du gouvernement peuvent très bien, à la sortie d’un conseil des ministres détendu, se mettre un instant à parler caisse sur le perron de l’Elysée. Les imagineriez-vous dissertant sur les mérites comparés de leurs aspirateurs respectifs ? On ne s’identifie pas à un aspirateur.

A une bagnole, si. La voiture est devenue une partie de nous-mêmes. Voilà pourquoi elle prend tant de place dans notre société. Chaque fois qu’on en parle, c’est de nous qu’il s’agit. Chaque fois qu’on y attente, c’est à nous qu’on s’en prend. Et quand, par malheur, on la vole, c’est un peu de nous qu’on dérobe. Aussi manifeste-t-on collectivement à son sujet une vigilance de mère de famille. Dans l’immense majorité, les automobilistes entrent dans une fureur noire lorsqu’ils découvrent le vol de leur autoradio. Ils souhaitent une fermeté sans faille dans l’application de la loi républicaine. Mais lorsque eux-mêmes se font pincer en flagrant délit d’excès de vitesse, leur détermination à accepter strictement les sanctions prévues par le code de la route a tendance à vaciller. Voilà qu’ils découvrent subitement l’existence de circonstances atténuantes. On est laxiste pour soi-même et sécuritaire pour les autres.

La voiture permet de démasquer les gens. Elle les fait aussi vivre, par millions. Les ouvriers qui les fabriquent et les garagistes qui les réparent. Mais aussi les assureurs qui les assurent, les taxis qui les conduisent, les pompistes qui les ravitaillent, les voleurs qui les volent, les publicitaires qui les vantent, les épavistes qui les désossent, les agents de police qui les orientent. Et encore les fabricants de panneaux de priorité, les enrouleurs de macadam, les traceurs de lignes blanches, les constructeurs de radars, les guichetiers de préfecture (section cartes grises). Et encore, et encore,  les moniteurs d’auto-école, les contrôleurs des Mines, les infirmiers du Samu, les loueurs de parkings, les découpeurs de peaux de chamois, les cartographes, les vendeurs de pattes de panthère porte-bonheur, jusqu’au bûcheron qui coupe le bois dont on fera le carton qui emballera les ampoules des feux rouges. La voiture exige beaucoup. Un peuple entier – deux millions et demi de personnes au bas mot – s’affaire autour d’elle, comme une ruche auprès de sa reine. La proportion des accros du volant croît à la vitesse grand V. Ca tasse un brin sur le réseau le dimanche soir, mais ça contient. Si on continue à consommer de la bagnole, c’est surtout parce qu’on l’aime. Passionnément. Mon pote Jean-Luc en sait quelque chose : deux mariages en dix ans, mais une nouvelle voiture tous les deux ans.
Par Guy Le Flécher
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Samedi 8 mars 2008


A chaque fois, il se dit que cela sera la dernière. Qu’il ne se laissera plus jamais charmer par les sirènes de la pub. Celle d’Aufour comme celle de Carrechan. Et puis, il succombait de nouveau après avoir jeté un œil effaré aux vitrines des intraitables traiteurs et autres finauds détaillants de produits fins. Quelque part au niveau du vécu de son porte-monnaie, l’hyper lui paraissait vraiment in-con-tour-na-ble.  D’où cette régulière, triviale et infernale poursuite à la recherche de denrées et de breuvages. Déjà en entrant, ça l’énerva : les premiers couinements de son caddie se faisaient entendre. Ils montaient à intervalles réguliers d’une roue qui menaçait de déjanter au premier virage. Retourner pour changer de véhicule ? Il n’en eut pas le courage. Si en plus, sa pièce d’un euro, il n’en avait qu’une, ne s’éjectait pas au raccrochage comme la dernière fois… Trop risqué, se dit-il. Alors bravement, il s’engagea plein pot, mais en crabe, dans la ligne droite embouteillée des vins et spiritueux. Il commençait toujours par là. Il ne détestait pas lever son verre à la santé des vignerons, des nababs de Bordeaux et des émirs de Bourgogne. Il soupira : les grands vins deviennent hors de prix. L’assommoir. Comment jouer encore les caves ? Où dénicher la bonne bouteille de derrière les frigos ? Il laissa là ses tourments. C’était le moment de sortir la liste de sa poche - oui mais de laquelle bon dieu ! -  et de passer aux choses sérieuses.

Malgré les crissements crispants de son attelage, il n’hésita pas à faire de nombreux va-et-vient indécis entre les rayons. Valse-musette-hésitation au milieu des conserves. Charivari dans les fromages. Tohu-bohu dans les yaourts. Puis, mi-figue, mi-raisin, il quitta les fruits et légumes pour la travée des congelés, où il risqua le chaud et froid entre les escargots prêts à cuire et le sorbet à la poire. Il se faufila jusqu’au stand de promotion du « vrai saucisson de campagne », où une infatigable démonstratrice n’en finissait plus de découper des rondelles pour d’hypocrites pseudo-dégustateurs. Il prit la direction de la mer. « C’est combien le homard à prix coûtant ? » - Ah ! Quand même ! Bon, ben, vous me mettrez six belles tranches de saumon ». Il le savait : pour le saumon, l’important c’est le rose. Lorsqu’il rutile, le gastronome voit rouge. Mais comme dit le macho, il faut attacher plus d’importance à la chair qu’à la robe…

Deux heures passèrent. Sur la liste qu’il cochait avec une extrême vigilance, il put enfin barrer « mousse à raser », au terme d’une téméraire équipée aux confins de l’électro-ménager et de l’habillement. Comment diable était-il arrivé là ? Son numéro d’appel au rayon charcuterie ne le plaçait toujours qu’en 43ème position pour espérer acheter du jambon. Tant pis, il s’en passera. Au péage, pardon à la caisse, le trafic était dense et pas tellement fluide. Certains codes-barres se dérobaient sournoisement à la scannérisation. Des cartes jouaient les rétives dans un lecteur optique atteint de myopie. Une caissière se battait avec des OVNI, objets à la valeur non-dentifiable. Pour tuer le temps, il fit l’inventaire, impudique, des caddies voisins. Concentrés de vie en vrac. Dis-moi ce que tu consommes…
Tout-à-coup, il vit une lumière verte, pas très loin, après les caisses. Il lut : « sortie de secours ». Il soupira d’aise.
Par Guy Le Flécher
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Samedi 8 mars 2008
La machine à laver fuit ; l’évier est bouché ; la serrure, bloquée. « Il passera demain dans la matinée… » Rester là. Ne pas sortir le chien. Se priver de pain. Attendre. Attendre. Car le « dépanneur rapide » arrive toujours quand on n’y croit plus. On le dirige vers l’objet du sinistre. Il observe. Il palpe. Grimace. Et trouve les mots qui réconfortent : « Mais qui vous a posé ça ? » Ne pas s’évanouir. L’homme exige des explications, il veut une confession, une séance d’autocritique à la chinoise : « Vous avez touché à quoi, au juste ? », « Qu’est-ce que vous avez balancé la-dedans ? » Rejeter la faute sur les enfants. Baisser les yeux. Un repentir est souhaitable. Sinon ? Tout en déchiquetant le caoutchouc de la cuisinière à gaz, certains élargissent le débat : « Vous constaterez qu’il est cuit, votre système électrique ! » Des images vous affolent le cerveau : incendie, explosion, Bhopal, le château de Windsor, le gratte-ciel en feu de Madrid…

Heureusement pour moi, j’ai mon beau-frère. Le dimanche matin, à l’aube de préférence, il expulse du lit famille et voisins. Il leur vrille les tympans à la perceuse à percussion, pas du modèle de jeune fille, mais du sérieux pour champion de la chignole. Sorte de castor domestique, rien ne résiste à mon beau-frère le bricoleur. Il troue, pince, peint, tapisse, redresse, rabote, dérouille. Quand tout a été ripoliné, il moquette. Quand tout a été moquetté, il vitrifie. Ou l’inverse. Quand on l’implore de ne plus toucher à rien, il propose ses services ailleurs. Car c’est un envahisseur. Il débarque chez les parents et les amis. Son cri : « Pas besoin d’un menuisier, j’vais vous l’faire ! » Dans ce cas, la fermeté s’impose : refuser. Sinon, venu pour une étagère, il sera encore là trois semaines plus tard à repeindre les plafonds. J’accompagnais l’autre jour dans un grand magasin spécialisé mon as de la ponceuse. L’homme s’est avancé vers le comptoir d’un pas décidé. Vêtu de sa tenue de combat, salopette bleue, vieilles pompes tachées de peinture, il a demandé d’un ton comminatoire : « J’ai besoin d’un écrou conique de 8 autobloquant spécial bois avec filetage inversé. En acier suédois, bien entendu ». Bien entendu… Et il ne supporte jamais les manœuvres dilatoires du vendeur apeuré. Ni ses suggestions : « Monsieur, le clou est mort. Aujourd’hui, c’est le pistolet à colle » Reste à ta place, petit.

Collectionneur invétéré, mon beau-frère chasse sur les terres d’Emmaüs. Dans les boîtes entassées sur ses étagères, suspendues au-dessus de la cuvette des WC, il accumuile bouts de fil de fer, armatures rouillées, épingles à nourrice et pots de yaourt. Une chimère l’habite :trouver un usage à tout. Surtout, ne pas se fier au côté bourru du bricoleur. « J’t’aurai, ma garce ! », crie volontiers mon beau-frère à une cheville récalcitrante. Mais il a le cœur tendre. Et la chair faible. Ses ongles bleuis par une brique sournoise, ses coupures subies d’une serpette fourbe, son lumbago provoqué par une armoire vacillante trahissent autant de stigmates. Le bricoleur souffre (de) sa passion. Le fanatisme peut confiner à l’aveuglement. Et pas seulement en s’enfonçant une tringle de rideau dans l’œil. « Si ce vaisselier se casse la gueule, je veux bien me les couper », me dit un jour le bricoleur familial. Deux semaines plus tard, les assiettes brisées jonchaient le sol de la cuisine. Les bijoux de famille, eux, sont restés accrochés.



Par Guy Le Flécher
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Samedi 8 mars 2008
Faire des économies pour les vacances n’a rien d’insurmontable. Tenez, commençons par de petits riens, des vétilles. Abandonnez, sur le comptoir matinal, le croissant recourbé au beurre, nimbé d’amandes tièdes. Le croissant, droit, strict, légérement rassis, fera aussi bien l’affaire. Meilleur marché et moins calorique. Caprice, c’est fini. Plus besoin d’un double-express, un seul suffira. Doucement sur le sucre. Noyez votre whisky, allongez votre vodka, imbibez votre cognac. Au besoin, remettez un peu d’eau du robinet dans votre bouteille d’alcool pour qu’elle ait toujours l’air pleine. En dépit des cliquetis sous le capot, remplacez le super par de l’ordinaire. Bannissez tout taxi, tout bus, tout métro. Marchez avec une bonne paire de pataugas, nette, sobre, tout terrain et de bon rapport. Embardo sur la chaussure italienne, coûteuse et voyante. Même souci dans le choix du lainage. Veillez à ce que figure bien une étiquette interlope, made in Taïwan ou Hongkong, au col de votre polo. Le reste est cher. Pas de nouveau pantalon, vos vieux jeans suffiront.
Plus de frais de coiffeur. Exit brushing, mini-vague et autres mignardises. La boule à zéro. Six mois de tranquillité à vous peigner avec une éponge, c’est toujours ça de pris. Corsetez-vous en matière de parfum. Lavez-vous davantage. A l’eau froide, cela s’entend. Ne jetez pas votre argent par les fenêtres avec les fleurs. Achetez un bouquet d’hortensias en plastique et présentez-le à chaque fois en peignant les pétales d’une couleur différente. Ne dilapidez pas votre capital dans les saunas, fitness et autres fantaisies musculatoires. Dix pompes matinales, les talons coincés sous le vieux buffet de l’oncle Albert et vous vous sentirez comme un sou neuf. Allez au cinoche avec un bandeau sur un œil et demandez demi-tarif. Téléphonez en groupe, repassez-vous en cercle le portable, ne dites que l’essentiel. Ecrivez le reste sur du papier recyclé, avec une plume d’oie et un timbre à petite vitesse. Combattez l’inflation de la petite douceur de 16 heures. Une barre de chocolat doit vous faire la semaine. Sucez lentement, ne croquez pas. Votre tablette de chewing-gum peut largement durer trois jours. En fin de journée, après des heures de mastication, faites-en une boule et collez-la à l’intérieur du tiroir de votre bureau. Le lendemain, c’est comme neuf. Si cela vous donne la nausée, vomissez entre les dents pour garder les gros morceaux. Ne compromettez pas votre capital de protéines, que diable !
Au lit, lisez à la bougie. Un chapitre par soir suffit. En amour, pédale douce sur la position du missionnaire. Ménagez votre compagne qui va devenir par la force des choses, votre femme de ménage, votre cuisinière, votre plongeuse, votre repasseuse. Une fois par semaine suffit largement. Pour le surplus, la main gauche reste la plus fidèle. Le contrôle d’échange, voyez-vous, mes lapins, commence par là.
Glissez au fur et à mesure le pécule économisé entre la pile de draps écrus dans l’armoire normande de la chambre. Si malgré tout, vous n’avez pas épargné suffisamment pour partir cet été, voyagez dans votre tête, revisitez votre petite enfance, c’est tout aussi fructueux que les pyramides d’Egypte. Et vous ne risquez pas les saloperies amibiennes qui occasionnent des frais inopportuns. Sinon, allez en paix mais évitez surtout de parler pour ne rien dire. Il y a des mots qui ne sont pas de rigueur.
Par Guy Le Flécher
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Vendredi 7 mars 2008
« - Dis, Gégé, le ris de veau aux morilles, c’est faisable sur mon camping gaz ? ». Elle est comme ça, Mado. Elle met les pieds dans le plat. C’est sa façon de vivre. Plus nigaude qu’ingénue. Mais pas méchante pour un sou. Ce soir, c’est même elle qui a servi le pot de départ de son chef. Tous les jours, elle vient s’accouder au comptoir de Gégé. Quand elle a un peu trop bu, Madeleine, alias Mado, dit qu’elle aurait aimé être putain. Mais la nature ne l’ayant pas gâté, elle opta avec ses 80 kg pour La Poste. Une autre façon de rendre service. Une autre manière de longer les trottoirs. Ayant le mollet plutôt vigoureux, Mado distribue tous les jours le courrier aux bonnes gens. Mais la vraie vie de cette lectrice assidue de la presse pipole, la très profonde existence de cette préposée souvent en goguette est intérieure. D’abord Mado cherche un homme à marier. Quelqu’un avec qui partager les soirées et les dimanches. Au besoin, les nuits. Jean-Marc qui boit sa bière, là-bas au fond ? Non, il a des visées sur Annie. En désespoir de cause, un jour au cours d’une de ses tournées, elle a placardé sur quelques troncs d’arbre son annonce matrimoniale. A défaut de trouver l’âme sœur, Mado est tombée sur des flics, ébahis par l’innocence tapageuse de cette Bécassine maladroite. Mado s’est vite remise. Elle poursuit sa vie par procuration à coups de cartes, à travers des réussites, des patiences. Avec ses cartes, Mado se sent forte, elle brasse, elle coupe, elle donne, le valet sur la dame, la dame sur le roi, le roi sur… Si elle perd, elle recommence un nouveau jeu pour effacer l’échec. Elle se fait son cinéma sur les piques, vagabonde sur les trèfles, s’invente des rencontres magiques avec les cœurs. Reine du monde, elle commande à ses petits cartons, ce sont ses amours chimériques, ses espoirs bafoués, les enfants qu’elle n’aura jamais. « Des mercenaires ont fouillé mon intime », dit-elle. Mado se faufile comme une voleuse entre des appels de phare et des rencontres de hasard.
Dans la vie de Mado, il y a maintenant le grand Paulo, un mastard en blouson noir, « sans profession ». Mais une vie bien à lui, entre bistrot, copains, télé, grosse baise et petit casse. Une espèce de bloc entre schisme et olivier, moitié minéral, moitié végétal, et comme les légendes courent à son sujet, asocial, frustre, sauvage, ours mal léché, et tout le saint frusquin. De prime abord, on y croit comme on dit, pour de vrai. Mais la voix dément, rature, gomme l’a priori. Elle n’est même pas bourrue. C’est ce qui a séduit Mado. Les circonstances étaient favorables. Il lui fit donc l’amour. Mais comprit vite qu’elle était plus proche de la concession que du partage. Alors, il se pressa. Pour en finir. Vite. Même chez les très mâles, très brutes, chez ces salauds de mecs si basiques, si limités, éjaculer n’est pas forcément jouir. Quand Gégé fermera son café, ils partiront ensemble, elle le soutenant, lui l’enlaçant. Ils s’enfonceront dans la nuit. Ils vieilliront peut-être ensemble. Ils sont déjà en train de vieillir.

Par Guy Le Flécher
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Vendredi 7 mars 2008
Les salauds m’ont emmené dans une salle où il n’y avait qu’une chaise. Ils m’ont ligoté dessus. « Parle !», ils m’ont dit. Ils voulaient que je leur raconte le festival de Cannes 1974, celui de l’année de mes 18 ans. « Ca ne vous regarde pas », je leur ai dit. Un des gars a sorti une chaussette remplie de sable et m’a donné un coup sur la tête. Ca ne faisait pas de marque. « Tu vas parler, oui ? » Ils feignaient la fureur, je pense. Mais ça m’était difficile d’être certain. Qu’est-ce que ça pouvait bien leur foutre au fond, ce que je pensais de Cannes 74 ?  C’était absurde. J’avais l’impression de participer à un mauvais jeu télévisé. J’arrivais même plus à me souvenir qui avait obtenu la Palme d’or. Ils étaient arrivés chez moi deux heures auparavant, m’avait embarqué d’autorité sous le regard paniqué de ma femme et de mes amis. J’avais dit : « C’est rien, chérie,  une erreur », puis ils m’avaient entraîné dans la rue, les voisins gueulant au raffut, puis on était grimpé dans une bagnole gris métallisé, deux gars à l’avant, et moi à l’arrière, entre deux autres dont les pardessus sentaient la honte d’être portés. Ils m’avaient bandé les yeux le temps du trajet.
Un autre coup de chaussette. : « Tu te souviens de 74 ? » Oui, bien sûr que je m’en souvenais. Pompidou bouffi, Giscard à la barre, mon petit frère à L’Ecole des Fans, mes copains au Larzac. Je ne sais pas pourquoi, je leur ai fredonné : « And now/The end is near/And so I face/The final curtain » Le plus gros des types visiblement bien renseigné a hurlé : « Tu te fous de nous ! Ca c’est « My Way », Paul Anka, 1968, adaptation en anglais de Comme d’habitude créé un an plus tôt par Claude François… Nous, on te parle de 1974 ! » Alors, j’ai raconté : minuit vingt, 25 avril 74, la radio diffuse la Grândola Vila Morena. C’est un signal.  La « révolution des œillets » va balayer en quelques heures le régime salazariste au pouvoir au Portugal depuis 48 ans. Je leur ai dit en édulcorant un peu parce que je ne savais pas de quel bord ils étaient. Celui qui avait l’air le plus gentil a allumé une cigarette : « T’es communiste, toi ? T’as pas la gueule. De toute façon, on s’en fout, on ne t’interroge pas sur la politique, mais sur le cinéma.
- Le cinéma, c’est de la politique », j’ai articulé.
- «  Putain, mais c’est pas vrai ! Mais il nous prend vraiment pour des cons, celui-là », a hurlé celui qui tenait la chaussette, avant de m’en redonner un coup. Il m’a tapé comme un sourd. Il gueulait des noms et me donnait des coups : « Francis ! » Un coup. « Ford ! » Un coup. « Coppola ! » Un coup. « Le peuple n’a plus de mémoire, hein ? » Un coup. Il hurlait, il tapait. « Nous lui rappellerons les belles choses de force ! » Un coup. « Le cinéma est l’opium du peuple ! Palme d’or 1974 :  Conversation secrète de Francis Ford Coppola. Répète ! » Un coup.
« Coppo…Coppo », ai-je murmuré.
Ma femme, mes amis, ils ne m’auront pas. Je vous aime.



Par Guy Le Flécher
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Vendredi 7 mars 2008
Des visages tristes ruminent leurs souffrances en silence. Ceux-là ont des difficultés à respirer, à manger, à uriner. Ils se sont brûlé, tordu un doigt, ouvert la main, luxé l’épaule, cassé la cheville. Ils ont mal, à la gorge, au dos, aux oreilles. Ils s’inquiétent. D’autres ont surtout besoin de parler, comme Marthe. Tantôt, elle a même liquidé la bouteille d’apéritif. Elle voudrait qu’on s’occupe d’elle. Son compagnon aussi, arrivé plus ivre qu’elle, mais debout. Il interpelle les uns, les autres.  Personne ne panique : l’équipe de nuit, dont certains réclament un poste de surveillance à proximité, a appris à gérer la violence qui envahit parfois les urgences. Des caméras ont été installées. Cela rassure. S’il le faut, la police viendra chercher le rebelle pour un séjour en salle de dégrisement. Ce ne sera pas nécessaire. Le turbulent finit par se calmer et par s’en aller.
Il est 21 h 30 à l’hôpital Roger-Salengro. Les urgences ont déjà accueilli plus de 200 personnes aujourd’hui, et ne désemplissent pas. « Nous aurons certainement encore entre 50 et 70 admissions cette nuit », prévoit Christian, vingt ans de nuit. L’activité dépend aussi du régulateur du SAMU. A l’accueil administratif, Pascale enregistre l’arrivée avec sa maman d’une ado qui a fait une chute de trampoling l’après-midi. Le menton gonfle de manière inquiétante. Direction, le service de radio. Prise en charge immédiate par les aide-soignants, les infirmières et les internes. Passé l’entrée, trois orientations possibles : les urgences médicales, les chirugicales ou la pédiatrie pour les enfants « jusqu’à 15 ans et trois mois », précise Mme Mir, l’infirmière-cadre.
Déjà, à l’accueil, la valse des pompiers s’accélère. Ils amènent, un à un, les malades. Voilà un agent de sécurité, victime d’un accident du travail. Bientôt suivi d’un patient placé sous monitoring tensionnel suite à un malaise cardiaque. Puis un blessé. Puis une dame âgée, sur une civière. Grave problème pulmonaire. Plus loin, un autre brancard transporte un homme d’une soixantaine d’années qui vient de passer deux heures dans un box des médicales. On appelle une ambulance pour le transporter à Calmette. Au comptoir d’accueil, cet éclopé à la jambe bandée râle un peu : il doit téléphoner à un taxi pour retourner chez lui à ses frais. Un aide-soignant conduit un malade au 5ème. Lui ne rentrera pas à la maison cette nuit. Il est anxieux. Ses affaires, ses papiers, sa sacoche, ses chaussures…
« -On va gérer, Monsieur », le rassure l’aide-soignant, « Couvrez-vous, surtout ne prenez pas froid… »
- Ouais, y’a beaucoup à gérer ! », grommelle le patient. Sourires entendus du personnel qui a appris la patience, contrairement à ceux qui viennent ici et ne comprennent pas toujours qu’il leur faudra attendre. Attendre, si d’autres cas plus graves se présentent. Attendre le résultat des examens, des prises de sang, des radios… Attendre comme ce sportif qui s’est blessé à la cuisse à 15 h 45 et sort tout juste de l’hôpital. Il est 23 h. « Oui, mais il a été très bien soigné ! », affirme sa compagne.

« V’là du bleu ! »

Un moment de calme. Les urgences médicales se sont vidées, personne n’attend plus dans le couloir. Mais les box sont tous occupés. Le hall d’accueil des urgences plonge dans un silence inhabituel qu’il en devient presque pesant. La lumière blafarde des lieux renforce cette étrange ambiance, parfois troublée par un cri, un râle… Minuit passé de quelques minutes, nouvelle arrivée des pompiers. David, agent de prévention Transpole, a été agressé par un rouleur de joint sur la ligne 12 « clair de lune », à l’arrêt de la rue d’Isly. Pris en charge, il laisse ses collègues faire leur rapport au téléphone depuis la petite cafétaria équipée de distributeurs de boissons et de sandwiches. Dans un recoin de la pièce, près d’un paravent, un habitué des lieux est là, seul. Il n’est pas SDF, il habite Fives, mais vient régulièrement aux urgences, se réchauffer, boire un café. Il sait qu’ici on ne lui demandera rien. Il a son coin à lui. Il repartira tout à l’heure. Et reviendra demain ou après-demain.
La nuit qui tombe alimente toujours les craintes et les angoisses. Et l’on sait ici que tous les paumés, les marginaux, les alcoolos, les toxicos peuvent à tout moment débarquer à l’hôpital. Entre les angoissés et les accros de la bouteille, la nuit est plutôt calme ce soir. Parfois, on peut se demander si les urgences ne sont pas devenues, simplement, le dernier lieu d’accueil de la misère ordinaire. Certains soirs, l’équipe passe sans doute plus de temps à réparer les accidents de l’âme que ceux du corps. « On est là pour tout soigner » assure cet interne. « Car à partir du moment où les gens viennent ici, c’est qu’ils considérent qu’il y a urgence pour eux ».
Les « blouses blanches » ne se plaignent pas, car elles l’aiment leur métier, cette impression d’être toujours utiles, parfois indispensables, de sauver des vies  et ces moments de  pause, dans la petite salle de repos, entre café, cigarettes et biscuits pour lutter contre le sommeil, où elles échangent leurs expériences et se racontent les histoires loufoques de la journée.
 « V’là du bleu ! », lance soudain Pascale depuis l’accueil. En effet, à travers la vitre, la lueur bleue des ambulances annonce l’arrivée d’autres malades. Il est 1h 20, les pompiers de Denain et le SMUR de Valenciennes accompagnent un blessé, immédiatement conduit en salle de déchocage. Accident de la route. Nouveau drame, nouvelle souffrance. La nuit n’est pas finie.


Par Guy Le Flécher
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Vendredi 7 mars 2008

Jean-Patrick Costard laissa échapper pour la cinquième fois sur la moquette frisée, le dossier import-export de la société Rourdannet à Sainghin-en-Baroeul. Il y a des jours où on ferait mieux de rester couché. Il ressentait chaque partie de son corps comme un colis piégé. Des termites lui bouffaient les méninges, un peloton d’exécution tambourinait contre ses tempes.
Toc, toc. Mathilde Latristez, la secrétaire du patron, s’encadra dans le chambranle de la porte. « Conférence, Monsieur ! ». Il la regarda machinalement, la lèvre goguenarde. Depuis sept ans qu’il travaillait là, Mathilde Latristez portait le chignon à droite. Depuis sept ans qu’il pointait chaque matin à 8 h 45, qu’il émargeait à 4000 euros mensuels, Mathilde Latristez portait des robes qui lui boudinaient la taille. Il articula : « Non, je n’irai pas ! Ni aujourd’hui, ni jamais. Je me casse ! ». Cette légère entorse à son vocabulaire d’habitude si châtié, le combla d’aise. Il avait été suffisamment gentil comme ça. Obligeant avec le patron, attentionné avec la directrice financière, gracieux avec le DRH. Basta ! Ras-le-bol ! Aujourd’hui,  c’était le point de rupture, le break, la syncope, le grand schisme. Jean-Patrick se leva, saisit son attaché-case, enfila le couloir à grandes enjambées, dribbla le standard. Une voix aigrelette le saisit au vol :
« - Un appel pour vous, Monsieur Jean-Patrick !
- Dites que Monsieur Jean-Patrick n’est pas là, qu’il ne sera plus jamais là pour personne…Qu’il met les bouts, qu’il tire sa révérence ! Dites que Monsieur Jean-Patrick décanille, dévisse… Enfin, dites ce que vous voulez, j’m’en fous !
».
Décidément son langage se dégradait. La rue était ensoleillée. Il s’engouffra dans sa béhèm. Il prit la direction de Lille Grand Palais, puis du périphérique, chantant à tue-tête, abasourdi par cette subite liberté. Il ne repasserait même pas chez lui, c’était décidé. Trop de risque de tomber nez à
nez avec sa belle-mère. A la hauteur de Ronchin, il jeta par la vitre son carnet d’adresses. A Phalempin, il s’arrêta sur l’aire de repos et abandonna son attaché-case contenant disquettes, organigrammes et graphiques, résultats d’audit et dossiers de contentieux. Au péage d’Arras, Jean-Patrick Costard se sentit pleinement mûr pour l’aventure solitaire. Dakar ? Hongkong ? Marrakech ? « Tu iras loin », se dit-il. Il se mit alors à klaxonner, en proie à une immense allégresse intérieure. Cadre, 38 ans, marié, deux enfants, cartes de crédit de toutes sortes, Rotary-club et un quinté plus, le dimanche seulement, il était passé bien près de l’irrémédiable. Devant lui s’étalait un no man’s land, sans contrainte, sans horaire, sans hiérarchie. Il appuya un peu plus sur l’accélérateur.
Par Guy Le Flécher
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Vendredi 7 mars 2008
Aimé de Vosgelaere, vous connaissez ? Accrochez-vous, le personnage n’est pas banal ! Il aurait pu s’appeler Pierre Maroclan de Rabat, Louis Aragabon de Libreville, José-Maria de Herrefa de Bonn… Non, Frézin, Slinckaert, Vallois, Parsy, Olivier et les autres de l’Atelier de la Monnaie (1) fondé en 1957 ont préféré baptiser ce personnage sorti de leur imaginaire : Aimé-Désiré-Fortuné-Honoré (puis ses variantes : Modeste, Prosper, Bienvenu et Constant) de Vosgelaere. C’est kitch, non ? Et même kitch et net. Notre homme se moque bien du Kant-dira-t-on, joue les marchands de quatre raisons, apprend les malheurs de sophiste. Sa philosophie est simple : « Halte à l’immobilisme », crie-t-il du sommet du Mont Cassel. Et quelques années Plutarque, « Bois ton rouge avant qu’il ne passe au vert ». Avant de constater que « Là où il y a de la bordure, il y a du trottoir ». Aimé, il est comme ça. Il n’y est (niais ?) pour Bergson, par ici Lamennais, à la Nietszche tous les pisse-froid ! Qu’importe les Aristote, on les pendra ! On savait les Flamands rosses, et les Wallons, donc ! Vosgelaere s’avère le géant Rictus de nos peintres de la Monnaie, le délirium très mince du groupuscule génial de l’Atelier, un homme qui a de la cuite dans les idées, taquin comme un étudiant de Poméranie. Aimé de Vosgealeare, c’est bacchique (de sa part) !
Rue la Monnaie donc, dans le courant des années 46-50, la vénérable Ecole des Beaux-Arts de Lille accueille une pépinière d’artistes de grand talent. Collectionnant premiers prix, médailles et distinctions diverses, Roger Frézin, Claude Vallois et Pierre Olivier (19 et 18 ans en 1946) emmagasinent techniques et connaissances, mais rongent leur frein face aux contraintes formelles de l’enseignement officiel. La rupture est bientôt inévitable entre l’institution et les jeunes peintres. En 1955-56, Roger Frézin fonde le Groupement de défense des lignes et des formes (G.D.L.F.), dont le siège est symboliquement situé presqu’en face de l’Ecole des Beaux-Arts. En novembre, 1957, se tient dans les combles au 61 de la rue de la Monnaie, une première expo. 25 peintres, sculpteurs et céramistes y participent. Et en 1958, le Palais Rihour accueille l’expo officielle de ce que l’on appelle dès lors, l’Atelier de la Monnaie. L’objectif est clair : créer un lieu extra-institutionnel, libre de toute contrainte académique et formelle, montrer les tendances nouvelles, provoquer la réflexion sur un art en mouvement.
Entre 1958 et 1976, une vingtaine de grandes expos s’ouvre aux grands mouvements de l’art contemporain. Des concerts, des semaines de cinéma à thème, des débats enrichissent les accrochages. 498 peintres, sculpteurs et plasticiens exposent au cours de ces années fertiles. Beaucoup sont devenus célèbres. Qui parlait alors de Balthus, Permèke, Bertini, Télémaque, Fautrier, Baj, Dumitresco ou Gillet ?
Depuis, le paysage régional de l’art contemporain a vu la création de nouveaux musées à Villeneuve d’Ascq ou à Dunkerque, de très grandes expositions (Matisse, Picasso, Miro, Fernand Léger) ont été organisées, le FRAC a secoué les conforts intellectuels et  l’art est descendu dans la rue : à Wazemmes place de la Solidarité avec Marco Slinckaert), place de la République (Dodeigne), sur les pavés du Paris-Roubaix (Ben Bella) ou sous le beffroi de Lille (Kijno, Messagier, Erro, Klasen). Tout cela a été possible grâce à l’activisme précurseur de Frézin et de ses copains de l’Atelier.

(1) Outre ses fondateurs (Frézin, Olivier, Vallois, Brisy, Dutour et Lyse Oudoire), on trouve les amis et les compagnons de route : Serge Comtesse, Droulers, Dodin, Himpens, Jouannaud, Roulland, Van Hecke, Debisschop, Delporte, Van Steelandt, Deronne, un certain… mime Marceau.





Par Guy Le Flécher
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Jeudi 6 mars 2008
Les chiffres affichés par « Bienvenue chez les Ch’tis » donnent le tournis : 97% de taux de satisfaction du public et 15 millions d’entrées prévues, selon l’hebdomadaire spécialisé « Ecran Total ».  Mais au CRRAV, (centre régional de ressources audiovisuelles), on garde la tête froide. Il n’est pas question de changer le cocktail d’une politique qui marche : un doigt d’artistique, un doigt d’économique et un doigt d’Europe.
Marie-France Berthet, Conseillère régionale et Présidente du CRRAV, se réjouit du succès d’un film qui joue pleinement la carte régionale. « Dans des genres très différents, Joyeux Noël, Flandres et Le Scaphandre et le Papillon sont, eux aussi, très ancrés dans notre région. Incontestablement, les films qui choisissent de se tourner en région, chez nous ou ailleurs, ont une saveur à laquelle le public est sensible. Et ce n’est qu’un début…», pronostique-t-elle.
Car, au-delà de « Bienvenue chez les Ch’tis », le Nord-Pas de Calais s’est imposé, en quatre ans, comme une des régions qui compte dans le monde du cinéma et de la télévision. En dehors des prix remportés à Paris, Cannes, La Rochelle et Los Angeles, les films tournés en région ont eu un impact très positif sur l’emploi régional. En quatre ans, les retombées économiques des tournages des films cofinancés par le CRRAV sont passées de 4 à 12 millions d’euros. Pour les 600 techniciens et comédiens régionaux, les temps ont changé…
Rien qu’au premier trimestre 2008, six longs métrages et téléfilms seront tournés dans la région. « Je suis parti de rien » de Xavier Giannoli a ouvert le bal à Cambrai, suivi par « Hadewjich » de Bruno Dumont au Mont des Cats. Philippe Lioret et Diego Martinez-Vignatti ont commencé leur tournage fin février 2008, le premier à Calais avec « Welcome », le second à Wimereux avec « La chanteuse de tango ».  Parallèlement, « A corps perdu » de Alain Brunard (France 3) et « Am stram gram » de Stéphane Kappes (France 2) ont choisi comme décor la métropole lilloise et les Sept Vallées. Ces six films devraient induire 6,2 millions d’euros de retombées économiques.
« Le succès commercial du film de Dany Boon  tombe à pic au moment où nous sommes en train de réfléchir au lancement d’un pôle image régional», confirme Vincent Leclercq, directeur général du CRRAV. « Les recettes générées par Bienvenue chez les Ch’tis devraient nous permettre de renforcer notre soutien à la fiction et au documentaire, mais aussi d’investir dans des secteurs comme l’animation ou les nouveaux formats pour Internet et téléphone portable, où nous étions peu présents jusqu’ici ».
Comme le prévoit le contrat signé avec Pathé, ce n’est cependant que fin 2008 que le CRRAV pourra commencer à mobiliser les recettes de « Bienvenue chez les Ch’tis ». En 2007, les recettes générées par les films soutenus  par le CRRAV avaient atteint près de 100.000 euros, réinvestis essentiellement dans l’écriture et le développement de documentaires et d’œuvres de fiction.
Par Guy Le Flécher
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