Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 15:26

Le vendredi, c’était le jour de Frédo. A partir de 10 heures, il arrêtait de boire. A 16 heures précises, il quittait l’arrière du Zénith qui donnait sur les voies ferrées et qui lui tenait lieu de maison. Et c’est d’un pas presque assuré qu’il gagnait l’appartement de Franck son vieux copain de Fives. Il en ressortait lavé, rasé, récuré, vêtu d’un costume gris perle, certes fatigué mais propre, et prenait vigoureusement la direction d’Hellemmes. A 17 heures pile. Le samedi midi, il revenait avec la même exactitude méticuleuse, passait par la supérette de la place Degeyter et rentrait dans ses nippes. Le soir même, il était fin soûl.

Le vendredi, c’était son jour, et bien sûr celui de Catherine. Tout en remontant à pied la rue Pierre Legrand, Frédo essayait de chasser les images de son histoire qui l’assaillaient, comme chaque jour. Cela faisait maintenant six ans qu’il avait perdu son boulot. Une place de comptable en or. Jusqu’au jour où l’entreprise eut des difficultés de fin de mois. Et le comptable, pour ne pas avoir d’histoire avec le patron qui insistait, consentit à pousser un peu les virgules. La boîte avait quand même coulé. Viré le Fredo. Il fallait bien un lampiste. A des dizaines de portes, il frappa, abaissant ses prétentions à chacune. Mais tout se sait. Les anciennes virgules baladeuses le cernaient.

Que faire, quand ta vie bascule ? Frédo ne savait pas. Il avait bien essayé, au début, au petit déjeuner, de dire tout à Martine. Le chômage, les portes sourdes. Mais il restait muet. Elle était si claire, si transparente. Et il se sentait si sale. Et aux gamines si belles, qui lui souriaient avec les petites moustaches que leur faisait le bol de chocolat, comment dire que leur avenir…

Alors Frédo se réfugiait dans la douceur des banquettes de moleskine et des cafés arrosés. Très vire, il avait compris que, pour lui, c’était fini. Martine aussi avait fini par comprendre, quand il n’avait plus rapporté d’argent à la maison. Quand elle était partie avec les enfants et les meubles, il était descendu dans la rue. Même le bistrot n’était plus possible. Trop peu d’argent pour une trop grande soif. Alors, ici et là, il fait la manche. Avec quelques pièces, une bouteille gomme l’humiliation et la douleur. Pour bien les effacer, il boit jusqu’au bord du coma.

Lorsqu’il arrive à Hellemmes, Frédo prend à gauche juste avant la mairie. Il sent dans sa poche le trousseau de clés, rond et luisant d’être tant caressé. Il remonte la petite rue, passe devant l’école Saint Joseph. Dans la rue, on le connaît. Ca lui fait chaud, maintenant, qu’on le salue. Avant, il avait l’habitude. Mais maintenant, dans les rues piétonnes ou la tiédeur glauque des sous-sols de la gare, les civilités chavirent et sombrent.

Au deuxième, avec volupté, il passe la clé dans la serrure. Catherine a fait les courses et le ménage à fond, comme elle le fait tous les jours. Elle a une fois suggéré que peut-être, un pressing… Alors, il range son costume bien au fond du placard et enfile les pantoufles et la robe de chambre qu’elle lui a achetées.

Les légumes épluchés et la viande parée, Frédo se met au fourneau. Il aime bien cuisiner. Et Catherine adore le vendredi soir, où elle n’a rien à faire. Une perle, son homme. Un tour de main digne des grandes tables. Enfin, à ce qu’on dit, car Catherine n’a jamais fréquenté les grandes tables. Quand elle arrive, tout l’attend, au chaud. Frédo sirote son jus de tomates en regardant les infos, elle l’accompagne avec le kir qu’elle s’autorise chaque soir. Après dîner Frédo range et ils font l’amour. Au matin, en humant son café, Catherine raconte qu’elle a vu dans la semaine et parle de choses et d’autres. De temps en temps, c’est elle qui pose les questions :

-          Et le travail, Frédo ?

-          Bah, le train-train. Le patron est exigeant, les collègues envieux, on devrait m’augmenter mais pfft… !

-          Et la famille, Frédo ?

-          Les filles grandissent. L’une veut faire son droit. L’autre sera comptable, comme son père.

-          Et ta femme Frédo ?

A cette question-là, il ne répond jamais. Elle le sait, mais elle la pose quand même, juste avant de filer au boulot. Pas être en retard, surtout. Frédo reste. Il fait la vaisselle, passe l’aspirateur, récure la salle de bains. Deux heures plus tard, il est à l’arrière du Zénith.

C’est là que Catherine l’a vu, jeudi soir, en sortant d’un concert et en montant dans la voiture d’une copine, mal garée sur le trottoir. Il était fin soûl, vautré dans ses cartons. Il a levé les yeux vers elle, figée au-dessus de lui, tétanisée. Sa lèvre tremblait. Elle a dit « Frédo, Frédo… », puis elle est montée à toute vitesse dans la voiture. Comme l’auto démarrait, Frédo, en tanguant, est parvenu à se relever. Elle était sur la banquette arrière, ses paumes blanches collées à la vitre. Quand la voiture eut disparu, Frédo, cœur affolé, s’est assis. Les yeux ronds de Catherine, sous la broussaille de la frange, restaient imprimés dans sa tête.

Vendredi, un homme en costume gris perle, sans papiers, propre et rasé de frais, est tombé du pont de Fives, sous la motrice d’un train. A 17 heures, pile.

Par Guy Le Flécher
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Vendredi 1 juillet 2011 5 01 /07 /Juil /2011 14:44

On arrive à Djakarta et là, tout de suite, l'enchantement : l'hôtel, le service, les gens du pays. La journée, c'était plongée. Le soir : fête. On a rencontré un tas de gens, notamment des Anglais incroyables. C'étaient des vacances formidables.

- Nous, cette année, on s'était dit : pas l'Asie. On hésitait entre le Canada et la Centrafrique, mais maman a eu cet accident cardiaque et on a préféré rester à Aix-les-Bains avec elle. La montagne en été, on oublie trop comme ça peut être formidable. Le temps, c'était couci-couça, mais ça n'avait pas d'importance : maman était tellement contente. Les enfants aussi, bizarrement. Peut-être en ont-ils marre d'être trimballés d'un continent à l'autre chaque été. Le truc, c'est qu'ils ont été privés de plongée.

- Pour nous, ça a été l'Islande. C'est vrai, il faut se couvrir, surtout le soir, mais alors, les paysages... On a eu deux semaines formidables, pourtant ce n'était pas évident. Il y a même un endroit où on peut faire de la plongée : Raufarhöfn, sur la côte nord.

- Nous, ça a été la Corse. Comme l'année dernière, comme l'année d'avant, et tous les ans depuis qu'on est ensemble. La Corse, on n'a jamais rien trouvé de plus formidable pour les vacances. Il n'y a personne et, en même temps, il y a tout le monde. Et puis la plongée, extra.

- Les vacances les plus formidables, c'est nous qui les avons passées : le Salvador, le Honduras, le Nicaragua et le Costa-Rica en autobus. Et pas une panne. On est loin des clichés sur l'Amérique centrale véhiculés par les médias occidentaux. On a pu faire de la plongée dans les quatre pays.

- Nous, on a été enchantés par le peuple birman. On n'a qu'une envie, c'est de retourner à Rangoon. Je dis Rangoon, mais c'est surtout Pagan et Mandalay. Les temples, ça dégage une sérénité formidable. Il y a des plages inouïes sur l'île Mergui. Des kilomètres de sable pour nous tout seuls. On a regretté de ne pas avoir pris nos tenues de plongée.

- On avait pensé aux Seychelles. Mais on s'est décidés pour Hawaii. Peut-être à cause des films de Presley qu'on avait vus quand on était jeunes. Ceux où il fait de la plongée. Hawaii, c'est bien. Mieux que Tahiti. On a été déçus par Tahiti, l'année dernière. Bien que, par certains côtés, c'était aussi formidable.

- Les îles Antipodes, vous connaissez ? On a vu ça sur la carte, on s'est dit : c'est pour nous. Ça se trouve au sud de la Nouvelle-Guinée. Il n'y a pas grand-chose, mais l'idée d'être aux Antipodes, c'était formidable. Tant qu'on y était, on a visité les îles Kermadec et Loyauté et on a fait un peu de plongée à Nouméa avant de rentrer sur Lille.

- Justement, pour nous, juillet-août, c'est Lille. Ce sont les deux seuls mois où on peut profiter de la ville à 100 %. Les terrasses, les restos, le bois de Boulogne. Il y a dix fois moins de monde. C'est formidable. Il parait que , dans le cadre de Lille- Plage, ils vont ouvrir un centre de plongée dans la Deûle.

Par Guy Le Flécher
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Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 09:28

Certains piétons n'ont aucun sens des responsabilités : ils s'élancent dans la foule comme s'ils étaient seuls, à une allure incontrôlée. On en voit trop souvent franchir la barre fatidique des 7 km/h, au-delà de laquelle nul piéton, en cas d'obstacle imprévu tels une vieille dame aveugle demandant son chemin ou un chien perdu sans collier, n'a le contrôle de sa marche. Pour circuler à pied, il faudrait créer un permis obligeant le piéton, dans l'exercice de sa marche, à respecter les vitesses. Faute de quoi il lui serait dressé un procès-verbal et retiré un ou plusieurs points. Sur de vastes espaces, le piéton aurait l'autorisation de monter jusqu'à 6 km/h, à condition de ne pas faire usage de son téléphone portable qui, à cette vitesse élevée, pourrait détourner son attention d'un danger et entraîner de ce fait une collision. En ville, le piéton ne devra pas marcher à plus de 4 km/h. Dans un musée ou tout autre monument historique, sa vitesse ne dépassera pas 3 km/h. Dans les hôpitaux : 1 km/h, y compris pour le personnel soignant. Il serait évidemment interdit au piéton de boire de l’alcool. On a vu trop d'accidents provoqués par une personne titubant sur un trottoir. Le piéton surpris ivre en marchant serait aussitôt conduit (en voiture) au commissariat. En cas de récidive, son permis de marcher lui serait confisqué définitivement. Ne plus jamais, jusqu'à sa mort, avoir le droit de marcher : une perspective qui fera réfléchir, soyons-en sûr, plus d'un piéton porté sur la bouteille.

Par Guy Le Flécher
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Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 09:05

Il y a trente ans, Dominique Plancke et Guy Le Flécher pirataient la bande FM

dimanche 17.04.2011, 05:17  - La Voix du Nord

 Dominique Plancke est celui qui, poursuivi par la police, grimpe le plus vite les marches de l'ex-MNE. Dominique Plancke est celui qui, poursuivi par la police, grimpe le plus vite les marches de l'ex-MNE.

|  LES VISAGES DU DIMANCHE |

Pour défendre, avant l'arrivée de Mitterrand au pouvoir, l'idée d'ondes libres, des Lillois ont pris le maquis et fait vivre clandestinement à la MNE une radio pirate : Guy Le Flécher et Dominique Plancke étaient de ceux-là. Ils se souviennent.

 

PAR EMMANUEL CRAPET

lille@lavoixdunord.fr PHOTO PIB

« On avait le sens du symbole », dit Dominique Plancke. Ce 18 juin 1980, quand émet pour la première fois Radio Lille 1980 (entre 94.7 et 95.1 FM), il n'est pas encore conseiller municipal, mais déjà militant écolo : trois étés plus tôt, il était parti dans le Larzac de José Bové - « qui ne savait pas à ce moment-là qu'il deviendrait le José Bové qu'on connaît maintenant ». À Lille, ce n'est pas évident de porter la parole antinucléaire : « Parmi nos illusions, il y avait cette idée qu'une radio coûtait moins cher qu'un journal. Il n'y avait rien à imprimer . » Rue Gosselet, dans ce qui était l'Institut de géologie et où, entre 76 et 78, Dominique Plancke et d'autres étudiants ont suivi une formation d'éducateur spécialisé, Pierre Mauroy a donné son blanc-seing pour l'ouverture d'une Maison de la nature et de l'environnement. Après leur bon score aux municipales de 77, les écolos avaient négocié leur ralliement en échange d'un lieu dont ils assureraient, seuls, la gestion. Le 18 juin 80, depuis le dernier étage de la MNE, est diffusée la première émission de « Radio Lille ». Dominique Plancke était là. Il y avait aussi Pierre Radanne (ancien président de l'Ademe, qui a intégré le cabinet ministériel de Dominique Voynet), Brice Lalonde (qui avait lancé sa « Radio verte ») et un certain Pascal Defrance - « Écolo avant de rejoindre en 95 Alex Türk », se souvient Dominique Plancke -, qui, pour se faire le porte-drapeau des pirates de la bande FM, est allé jusqu'à valider sa candidature à l'élection cantonale partielle de Lille-Centre en 1980, le candidat des radios libres.

« Radio Lille » n'était pas la première radio pirate lilloise : les plus anciens se souviennent de Radio Lille 59 qui émettait depuis le squat du « Beau Bouquet », rue de la Barre. Pour l'une comme pour l'autre, il a fallu jouer à cache-cache avec les forces de l'ordre. Pour Radio Lille 80, la première saisie du matériel est intervenue le 18 juin 1980, le soir de la première. Ce jour-là, ce sont les policiers qui ont gagné. Ça n'a pas toujours été le cas. Pour la 100e de « Radio Lille », les animateurs se sont fait plaisir : « Les policiers ont cru qu'on émettait toujours depuis la MNE alors qu'on avait pris nos quartiers dans un appartement en face. Dans la salle, on avait juste laissé un gâteau avec des bougies.

 » Chez les anciens de Radio Lille 80, personne n'a oublié non plus la présidentielle visite à Lille de Giscard cette année-là : toute la bande avait été préventivement placée en garde à vue. « Il faut quand même reconnaître qu'il n'y a jamais eu de volonté de répression judiciaire », glisse Dominique Plancke. « On aurait pu être inculpés (c'est le terme qu'on utilisait à l'époque) pour atteinte au monopole de l'État », complète Guy Le Flécher. Cet été 80, le Lillois vient de finir une nouvelle année scolaire comme pion. « Je me suis toujours intéressé au journalisme. » Lui qui a notamment pigé pour « Libé » et Le Clampin libéré a tout de suite été séduit par ce projet de radio. « Je présentais les infos le matin. C'était la première radio qui émettait depuis un bâtiment municipal », rappelle l'actuel directeur de la rédaction de Lille Magazine.

Maoïstes et trotskistes

Le groupe de Radio Lille 80 a été élastique, pour compter jusqu'à une cinquantaine de membres. On discutait ciné avec Louisette Faréniaux, jazz avec André Joly (ancien journaliste de La Voix), le syndicat des avocats de France s'exprimait par la voix de Jean-Louis Brochen. On y a croisé Alain Krivine et Huguette Bouchardeau... « Cette radio a été quelque chose de fédérateur. On rencontrait des passionnés d'énergie solaire, l'extrême gauche, des maoïstes, des trotskistes, des écolos..., se souvient Guy Le Flécher. Je me rappelle qu'on ouvrait toujours les émissions avec l'Antisocial de Trust. » L'aventure radiophonique a duré comme ça trois ou quatre ans. « On a fait de très bonnes émissions et des trucs chiants parce que trop militants », reconnaît Dominique Plancke. Mais tout ça lui a laissé, comme à Guy Le Flécher, un délicieux souvenir. Même si ce dernier y est généreusement allé de sa poche et que le premier nommé a été obligé de revendre ses chaînes hi-fi pour, comme tous les autres, financer l'achat d'émetteurs quand ils avaient été saisis.

Par Guy Le Flécher
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Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 09:05

 

En 1976, Jean-Claude Casadesus, issu d'une tribu d'artistes, arrive à Lille au chevet d'un orchestre à la disparition annoncée. Aujourd'hui, l'Orchestre national de Lille qui fête ses 35 ans, est certainement l'ensemble musical le plus dynamique et le plus mobile de France.

 

Silhouette mince et regard pénétrant, le célèbre représentant d'une grande dynastie artistique, a fêté ses soixante-quinze ans le 7 décembre. Impensable, à le voir toujours aussi svelte et énergique. Il est pourtant né en 1935, mais cet humaniste non conformiste garde un enthousiasme d'enfant quand il parle de musique, une nourriture vitale pour lui, et surtout quand il raconte la formidable aventure de l'orchestre national de Lille.

A la tête de cet ensemble depuis sa création en 1976, il a trouvé dans le Nord, "piège affectif", la terre promise où développer un projet musical exemplaire basé sur le partage d'une même passion, la musique. C'est Lille qu'a choisi ce "russo-catalan né à Montmartre" pour transmettre ses rêves, ses ailleurs et faire naître des imaginaires. Il n'a de cesse de faire descendre la musique dite classique dans le quotidien de chacun et à la fin de chaque concert, on reste longtemps fasciné par la magie d'un orchestre capable de déchaîner des tonnerres ou d’apaiser des tempêtes.

 

Musiciens de premier plan

"Le soir du premier concert, nous étions 57 musiciens... et il y avait 51 spectateurs !" , se souvient-il en souriant. Quand le jeune Casadesus est arrivé, en 1976, dans la capitale du Nord, il héritait d'un orchestre très modeste. Il a donc passé une bonne partie des années suivantes à convaincre ses tutelles (notamment la région Nord-Pas de Calais, principal subventionneur de l'orchestre) que Lille pouvait devenir une capitale musicale. Il s'est efforcé d'attirer ou de former des solistes de premier plan. Il a mis au service de sa formation une conscience artistique forgée dans une famille de musiciens, auprès de quelques maîtres (Boulez, Dervaux) et dans un parcours personnel réfractaire aux catégories. Cet ardent défenseur du répertoire affiche son éclectisme. Il marie les styles, ne dédaigne pas le jazz ni la variété. Percussionniste de formation, Casadesus aime aussi Bernard Lavilliers, Manu Dibango ou Jacques Higelin, complices de ses aventures.

 

Devoir de transmission

Par sa longévité exceptionnelle, l'Orchestre national de Lille (ONL) incarne la réussite. Trente cinq ans en 2011. Sans pourtant pouvoir se reposer sur ses lauriers. C'est le temps de la maturité, de la récolte, d'un nouveau défi (une salle à refaire l’an prochain à neuf selon une acoustique retravaillée soigneusement) pour Jean-Claude Casadesus, dont l'ambition, intacte, est de porter à tous, sans discrimination, la meilleure musique. Un devoir de transmission pour le pilote d'une formation qui parcourt près de 10 000 kilomètres par an, rien qu'en France. Concerts de qualité, sensibilisation des jeunes, des étudiants, conquête de nouveaux publics par le maillage du territoire et des tournées, participation à des actions d'insertion : la palette est large pour un orchestre permanent au label national. La formation se flatte d'avoir visité plus de 300 communes, villes et villages du Nord-Pas de Calais, mais aussi 30 pays et 4 continents. Dans le même temps, le public du Nouveau Siècle est fidèle et les abonnements progressent.

 

 Décentralisation

Animé d'une foi de charbonnier, Jean-Claude Casadesus n'a jamais hésité à délocaliser son orchestre ni craint les lieux les plus insolites. Il fut à ce titre le champion de la plus authentique décentralisation musicale. Le chef ne s'est jamais laissé enfermer dans une tour d'ivoire, sortant dans les usines, les écoles, les prisons de Loos et Sequedin, en smoking avec la même rigueur généreuse et le même programme que dans la prestigieuse salle du Concertgebow d'Amsterdam. Dès le mois de mai 1976, il donnait un premier concert dans les locaux de l'Imprimerie nationale à Douai, bientôt suivi d'autres chez Arbel, Renault, Alsthom, etc... Dès lors, quelques années plus tard, des entreprises firent appel à l'orchestre pour des opérations de relations publiques se faisant même partenaires financiers pour l'accompagner dans des tournées internationales. Peu à peu naquit ainsi un partenariat entre l'ONL, devenu lui-même une PME, et le monde des entreprises. La fondation "Arpèges" co-finance, par exemple, chaque année en juin depuis 2004, "Pianos festival" qui attire 50.000 mélomanes en trois jours à Lille.

 

Programmes de choix

Trente cinq après, chacun reconnaît que l'identification est parfaite entre Jean-Claude Casadesus, le Nord-Pas de Calais et l'orchestre. La formation travaille avec les plus grands solistes; elle présente des programmes de choix, sortant des sentiers battus; elle se frotte à des répertoires nouveaux et contemporains. Les Lillois savent-ils qu’on s’arrache ce chef-là dans le monde entier pour lui confier les meilleures scènes ? La région ne peut que se féliciter de n’avoir pas laissé partir à l’étranger l’une des meilleures baguettes de France. Chef instinctif, mêlant l’émotion à l’analyse, il exerce incontestablement un pouvoir de fascination.

Pièce maîtresse de la vie culturelle régionale, l'orchestre n'en est pas moins aussi une entreprise dont la réussite tient beaucoup de l'impulsion de l'équipe dirigeante, pas seulement en matière musicale. Jean-Claude Casadesus est entouré de longue date d'une équipe de fidèles, à commencer par Jacqueline Brochen, administratrice déléguée générale.

 

La musique est une éthique

On le voit généralement de dos, domptant son orchestre symphonique par de mystérieux soubresauts, la baguette vive et précise, la main modelant le vide devant lui comme pour donner une forme aux sons. Une gestuelle élégante et souple en même temps que puissante et sensuelle, toujours précise et toujours généreuse, qui transcende l’écoute. La main droite indique le chemin aux musiciens, elle montre les points de repère, les temps. La main gauche est celle du coeur, du phrasé, de l'impalpable, de la suggestion. Mais avant de "conduire" une oeuvre (il préfère ce terme à celui de "diriger"), de très longues heures d'études et d'analyse lui sont nécessaires. "Il faut beaucoup de patience, de rigueur et d'humilité face à une oeuvre", reconnaît-il.

Fascinant de bout en bout, il semble avancer dans la musique avec l’inquiétude et la jouissance de qui découvre à chaque pas, à chaque note, un continent vierge. Avec tel ou tel soliste, il est, la baguette aux aguets, un fauve qui anticipe, accueille et accompagne la moindre inflexion de l’interprète. "Comme au tennis, le joueur sait, avant de frapper la balle, où elle va aller, le chef d'orchestre doit savoir comment va sortir la phrase avant qu'elle ne soit émise", dit-il. En grand professionnel, Casadesus sait exploiter les ressources de son merveilleux orchestre pour créer un univers enchanteur. Il galvanise les musiciens sans jamais forcer, fait ressortir ici ou là un détail. Il y a chez lui de l'apprenti sorcier.

A chaque concert, il donne une coloration et une dimension résolument inouïe aux partitions même les plus rebattues. Dire qu’il vit la musique serait un euphémisme : Jean-Claude Casadesus en est envoûté, possédé. Et pas seulement sur scène. Il le dit avec flamme : la musique n’est pas seulement un état d’âme. Mais également une éthique, une leçon de vie. S'il joue pour tous, autant pour des mélomanes avertis que pour des exclus, c'est qu'il est persuadé que la musique oblige à une exploration intérieure permettant à chacun de prendre conscience de son âme et de la nécessité de la nourrir.

Par Guy Le Flécher
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Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 08:56

Vingt-deux les filles, v’là vos mecs de retour aux fourneaux ! Avec les beaux jours et le soleil, le mâle se pique de cuisine  et monsieur entend soulager madame d’une partie de son fardeau domestique avec ce sens aigu qu’ont les hommes de se croire uniques et  irremplaçables. 1. L’homme sort le barbecue et le charbon de bois. 2. La femme nettoie la grille. 3. La femme va à l'épicerie. 4. La femme va chez le boucher. 5. La femme va chez le pâtissier. 6. La femme prépare la salade et les légumes. 7. La femme prépare la viande pour la cuisson. 8. La femme la place sur un plateau avec les ustensiles nécessaires, les épices et les herbes. 9. La femme apporte la grille propre et le plateau à l'homme qui est étendu à côté du barbecue en train de prendre une bière. 10. L’homme place la viande sur la grille. 11. La femme va à l'intérieur mettre la table. 12. La femme vérifie la cuisson des légumes. 13. La femme prépare le dessert. 14. La femme revient à l'extérieur pour dire à son mari que la viande est en train de brûler. 15. L’homme enlève la viande trop cuite de sur la grille et l'apporte à la femme. 16. La femme prépare les assiettes et les apporte sur la table. 17. L’homme sert à boire. 18. La femme dessert la table et prépare le café. 19. La femme sert le café et le dessert. 20. Après le repas, la femme range la table et la nappe. 21. La femme fait la vaisselle et range la cuisine. 22. L’homme laisse le barbecue en place car il y a encore des braises. 23. L'homme demande à la femme si elle a apprécié de ne pas faire la cuisine aujourd'hui. 24. Et devant son air dubitatif, l'homme conclut que les femmes ne sont jamais satisfaites.

Par Guy Le Flécher
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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 16:54

Avec la Saint Valentin qui s’annonce, voilà que trompettent à nouveau les odes à l’amour passion, à l’amour fusion. Et de célébrer la chute du multiple dans le gouffre de l’unique. Comme toute religion, le culte de « l’amour toujours » est un opium qui deale sa rasade d’éternité à qui veut bien y croire. Addiction, désintox, on y repique, on repart en rehab. Ou si vous préférez : union, séparation, retrouvailles, divorce, recomposition, et cet ennui qui saisit à nouveau.

 

Pour éviter ces montagnes russes du tout ou rien, il peut être intéressant d’aborder les choses en mécréant libidineux et en artisan paradoxal de la paix des ménages. Je propose d’instaurer une RTT du couple, autrement dit une « réduction du temps de couple » (RTC) afin de préserver la pérennité de celui-ci, à tout le moins de lui permettre d’élargir son horizon, de morceler son territoire, de reprendre son souffle.

 

Cela se passera comment ? Les partenaires conjugaux se mettront autour d’une table de cuisine égayée de chandelles et négocieront les périodes respectives qu’ils prélèveront au duo pour en doter l’individu. Ensuite, chacun gérera ses jours de RTC à sa guise, selon la durée déterminée et le calendrier stipulé par les accords de couple. Et quel usage, sera-t-il fait de ce temps ainsi libéré ? Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, l’intérêt premier sera de pouvoir vivre des amours contingentes et des sexualités nécessaires. Ou l’inverse…

Par Guy Le Flécher
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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 09:00

La très belle exposition « La Route de la Soie » au Tri postal est un nouvel événement lille3000 qui fera date et qui s’inscrit dans une actualité culturelle d’exception.

Jusqu’ici, la collection Saatchi, connue dans le monde entier, n’avait jamais été exposée en France et très peu à l’étranger (Berlin, New-York, Saint Petersbourg). En la présentant, Lille joue dans la cour des grands ! Pour l’occasion, le Tri postal est transfiguré et a aujourd’hui l’étoffe d’un centre d’art contemporain d’envergure internationale de 6000 m2.


Dans cette exposition, «la Route de la Soie» n’est plus ce passage économique et commercial entre l’Orient et l’Europe du Sud qui a marqué l’histoire à travers les siècles (du IIème siècle avant JC au XVIème siècle). Elle est ici une voie pour l’art, pour l’émotion et pour la réflexion sur notre monde contemporain.

On y découvre des œuvres d’artistes d’Inde, de Chine, du Pakistan, du Moyen-Orient. Elles incarnent des esthétiques très riches : un orientalisme entre traditions millénaires et modernité. Surtout elles abordent des problématiques contemporaines (sociales, économiques, politiques, spirituelles) avec force, parfois avec ironie, toujours sans complaisance. Il faut y voir le reflet d’un monde chaotique, en proie aux inégalités et aux affrontements, un monde avec ses paradoxes, et parfois des messages d’espoir.

Le public est attendu nombreux et un travail important est mené avec les écoles et les centres sociaux pour que les jeunes et les enfants soient sensibilisés à l'exposition mais aussi à toutes les questions qu’elle soulève.

On ne manquera pas les expositions de l’Hospice Comtesse : une rétrospective de l’œuvre de Pierre Olivier, l’un des grands artistes lillois, parmi les fondateurs de l’Atelier de la Monnaie en 1957, auquel est rendu hommage à travers 60 ans de peinture. Et l’exposition des dessins et objets scéniques du grand artiste et metteur en scène polonais Tadeusz Kantor, autour de la figure du garçon.


Le Palais des Beaux-Arts de Lille présente une exposition d’œuvres d’Eugène Leroy en regard de l’ouverture du MUba (nouvelle appellation du musée des Beaux-arts) de Tourcoing et la grande exposition pour le centenaire de ce peintre hors norme et toujours inclassable, ainsi qu’une exposition de photographies grand format sélectionnées dans la collection d’art contemporain de la banque Société Générale. Quant aux maisons Folie, elles proposent des programmations dynamiques et pluridisciplinaires : à Moulins c’est la marionnette qui est à l’honneur, tandis que Wazemmes interroge la notion du faux dans l’art.

On poussera la curiosité jusqu’à Villeneuve d’Ascq où le LaM est le seul musée d’Europe à présenter simultanément les principales composantes (moderne, contemporain, brut) de l’art des 20 ème et 21ème siècle, puis jusqu’au Fresnoy de Tourcoing qui braque actuellement ses projecteurs sur la Belgique, terre d’effervescence et de créativité culturelle, en passant par La Piscine de Roubaix qui présente un ensemble exceptionnel d’œuvres d’Edgar Degas dont la célébrissime Petite danseuse de quatorze ans.


En matière culturelle, on sait que l’offre crée la demande et que le plus amène le plus. En ajoutant aux musées cités plus haut, le musée Matisse du Cateau, les musées de Douai, Valenciennes, Arras, Dunkerque, Calais ou Boulogne et bientôt le Louvre-Lens, il existe une complémentarité des collections qui permet d’affirmer, ce qui n’était pas le cas  voici 20 ou 30 ans, que le Nord-Pas de Calais est une grande région culturelle.

Par Guy Le Flécher
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Lundi 25 octobre 2010 1 25 /10 /Oct /2010 11:19

On ne sait pas bien à quand ça remonte, mais la France s’est agrandie, elle grandit même chaque jour, à mesure que s’y multiplient les « Espaces », espèces de nouveaux territoires : Espace Santé, Espace Fleurs, Espace Clients, Espace X, Tendance, Phone, Epilation, Taxis, Détente, Parents, Espace Beauté, Espace Loisirs, Bénévolat, Coiffure, Mode, Seniors, Espace Bronzage, Voyages, Espace Forme…

 

Cette multiplication des Espaces permet de voir enfin les choses en grand. On respire. De nouvelles possibilités s’ouvrent. Chez soi, on se félicitera d’aller faire cuire ses œufs dans son Espace Cuisine, et il y a bien sûr un gain à s’envoyer en l’air dans son Espace Literie, de même qu’à voir dans sa salle de bains un Espace Hygiène et Propreté.

 

Nous sommes en Espace-land, c’est-à-dire en France, petit pays bien réglé où les tabagiques ont leurs Espace Fumeurs et les chômeurs, leur Pôle Emploi : des lieux de vie dont la vie est absente, où la convivialité disparaît dès qu’on prononce le nom.

 

Loin de faire gagner la moindre liberté, ces Espaces, ces Nouveaux Espaces qu’on voulait conquérir,  - comme au bon vieux temps de la conquête de l’Espace – définissent une réalité bien plus terre à terre : chaque chose a sa place.


Si tout a son espace, à chacun le sien, et le clos l’emporte un peu partout sur l’ouvert.

 

La monotonie de ces Espaces se répétant et se multipliant à l’infini a quelque chose de proprement glaçant, comme si le paysage urbain s’était subitement transformé en un open-space géant où il ne nous resterait plus qu’à nous surveiller les uns les autres, à nous épier, en prenant bien soin, chacun dans son espèce d’espace, de garder nos distances.

Par Guy Le Flécher
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 10:51

Pierre Mauroy est tout le contraire d’un ayatollah du marxisme. Cet homme chaleureux sait, depuis son enfance en terre ouvrière du Nord, que socialisme rime avec affectivité et bonheur, mais aussi avec humanisme.

« Mon fils, lève ta casquette devant l’ouvrier qui passe ! », lui conseillait son instituteur de père qui l’autorisa à adhérer aux Jeunesses Socialistes en récompense de son succès au baccalauréat.

 

Affable, généreux, volubile, le premier Premier ministre de l’union de la gauche incarne la première phase de septennat de François Mitterrand. Dans ses discours, Histoire et politique mêlées, défile une France en images roses, celle du Jour se lève, de La Bête humaine et de Germinal. Cet homme, grand et fort, aux belles mains fines et longues comme faites pour distribuer, s’est fait une certaine idée de la France : un peuple de petites gens, travailleurs et honnêtes, menacés par les gros. Un peuple qu’il n’a eu de cesse défendre.


Le mardi, Pierre Mauroy est au Sénat, assidu aux réunions du groupe socialiste. Il met un point d’honneur aussi à assister quelques heures aux séances, même s’il se tait la plupart du temps, réservant ses interventions pour les grandes occasions. Il est un des rares à avoir le pouvoir de tenir la majorité « en respect ». Quand il parle, le silence se fait sur les bancs et on entendrait une mouche voler.

 

A 82 ans, le père de la retraite à 60 ans, adoptée en 1982, alors qu’il était premier ministre de François Mitterrand, mène son dernier combat. Un dernier baroud d’honneur avant de tirer sa révérence : il ne se représentera pas aux sénatoriales de 2011. Ainsi, le 8 octobre pour sa première intervention dans le débat des retraites, il a pris le micro une dizaine de minutes depuis sa place n° 17, bien dans l’axe des caméras.

 

D’une voix forte, il a défendu « la retraite à 60 ans, une ligne de vie, une ligne de combat, une ligne d’espoir ! ». Sa haute silhouette s’est légèrement voûtée, le cheveu s’est blanchi, mais il n’a rien perdu de son emphase : « On n’a pas le droit d’abolir l’histoire ! La liquider de cette façon, ce n’est pas possible, ce n’est pas digne. La retraite à 60 ans a gonflé les voiles du pays. »

 

Il n’avait pas pris la peine de s’aider de notes. Tout était dans sa mémoire : « Je vois encore les ouvriers qui venaient me rencontrer. Ils me disaient : « Je ne peux plus arquer ». Quand nous avons proposé la retraite à 60 ans, ça a été un immense espoir. »

 

Il en appelle alors à la « conscience » des sénateurs de la majorité : « Certes, il faut réformer les choses, mais ce n’est pas une raison pour effacer cette ligne de vie. La retraite à 60 ans, c’est un droit !Entre vous et nous, il y a une très grande différence : vous oubliez facilement quelles ont été les attentes du peuple, ses espérances, ses luttes. Je tenais à le dire de façon solennelle. Nous ne voulons pas abandonner la retraite à 60 ans. On ne peut effacer comme ça, en passant, la loi la plus importante peut-être de la Vème République. »

 

On l’écoute avec émotion, certains en ont la larme à l’œil. Les sénateurs de gauche, d’un seul mouvement, se lèvent et l’applaudissent longuement. Eric Woerth, le ministre du Travail, lui répond.  « Monsieur le premier ministre, la retraite à 60 ans, c’était votre époque. Notre devoir, c’est de faire évoluer le système. L’âge de 60 ans, ce n’est pas parce qu’il est rond qu’il est tabou. On ne gouverne pas avec la nostalgie. » Pierre Mauroy, après l’avoir écouté debout, s’éloigne d’un pas lent.

 

Et le 21 octobre sur le coup des 3 heures du matin, il est remonté au front. « Vous n’avez rien entendu, rien voulu » a-t-il regretté, avant de quitter la salle.

Par Guy Le Flécher
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